Poids de la culture locale sur la compétition scolaire et universitaire au Togo, Partie 2
Résultats partiels de
Source: Ressources personnelles.
Introduction
L’éducation
formelle est une question d’ordre existentiel et de survie. Beaucoup ne l’ont
pas encore compris. Les compétitions et concurrences humaines ne se produisent pas
seulement à partir du fonctionnement de l’économie, de la politique, des
activités physiques et sportives, etc… mais de la dynamique sociale dans toute
sa dimension, y compris l’éducation formelle. En réalité, elles commencent plus
ou moins discrètement dans les espaces éducatifs que certains pays savent
transformer en arène de rivalités positives et de surpassement de soi entre
écoliers, élèves et étudiants en vue de booster les performances scolaires ou
universitaires globales. Dans un but précis de constituer les meilleures
ressources humaines indispensables à la protection de la patrie et à
l’organisation de l’œuvre du développement au service du peuple. De l’école
déjà, le phénomène humain de la compétition éducative semble ancré dans
certaines sociétés comme la Chine, la Corée du Sud, le Japon, Singapour, etc.
Il se présente comme un jeu à somme nulle en ce qui concerne les rangs
éducatifs à occuper par les apprenants afin de pousser au développement
personnel sans limite, donc se transcender. La course intellectuelle
entre écoliers, élèves, étudiants, bref apprenants aux meilleurs positions
académiques en termes de résultats d’apprentissage constitue un enjeu majeur
dans l’impulsion de la qualité des systèmes éducatifs. Si l’égalité d’accès à
l’éducation reste acquise aujourd’hui pour tous, l’égalité des capacités
d’apprentissage entre écoliers, élèves et étudiants ne peut se garantir.
L’école se structure autour d’une promesse de justice basée le mérite cérébral
et la transcendation. Démocratiser l’accès à l’éducation se trouve érigée en
dogme (F. Dubet, 2002), cependant l’excellence des apprentissages des uns et
des autres, l’emporte moins, c’est-à-dire il revient à comprendre que
l’excellence de l’apprentissage ne peut être partagé par tous les agents
éducatifs. Au nom de la survie d’une nation, l’expérience de la compétition
scolaire et universitaire s’exerce de manière discrète et rigoureuse pour une
cause hautement politique dont l’enjeu se mesure stratégique dans la
transformation continue d’un pays. Sa construction civilisationnelle et historique
apparaît façonnée par les représentations sociales propres à chaque peuple et société.
Selon la perspective de B. Sia (2019), les systèmes de valeurs et d'idées
agissent comme des grilles de lecture orientant les conduites des acteurs. Dans
le champ de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, les valeurs du
mérite et du succès éducatif fonctionnent comme des vecteurs invisibles d’une
hiérarchisation héritée des réalités culturelle. L’école moderne au sens de
structure d’instruction formelle, ne répond pas comme cas d’assistance sociale
généralisée, mais fonctionne comme une entreprise sportive, militaire, économique
ou politique. De ce principe, la vision doctrinale provoque des dégâts sociaux provisoires
que l’Etat s’oblige à assumer pour sa survie dans le concert des confrontations
des nations. Parmi les dommages figure d'une part, l'intériorisation de la
légitimité des qualifications éducatives qui accentue la violence symbolique
subie par les apprenants issus des milieux populaires, et se perçoivent souvent
à travers le prisme de la relégation ou de l'auto-exclusion (P. Bourdieu & P.
Champagne, 1992). D'autre part, les stéréotypes et représentations implicites de
l’aristo-éducation[1]
modulent de manière précoce le sentiment de compétence, avec un biais sur la
projection des étudiants vers les filières d’excellence (Y. Mieyaa et al.,
2012). Le tri social en éducation, quand bien même formellement indexé sur des
critères impersonnels, semble véhiculer le poids subjectif des construits culturels
des catégories historiquement favorisées ou non favorisées. La sélection
naturelle longtemps théorisée par l’Anglais Charles Darwin depuis 1859
s’applique toujours aujourd’hui à l’observation de l’environnement éducatif
pour comprendre les mécanismes dictant l’évolution individuelle, sociale et
politique. L’analyse des représentations identitaires de la performance et du
mérite en éducation permet de convertir la compétition académique entre
apprenants à travers une reproduction profonde des inégalités. L’objectif exécutif ici consiste à
identifier les images sociales et culturelles influençant les attitudes qui
retardent la compétition académique entre apprenants dans les institutions
éducatives. La recherche part du fait que le phénomène éducatif de faiblesse de
la concurrence scolaire et universitaire suggère qu’elle résulte principalement
des facteurs identitaires et des pesanteurs d’une société tendant vers le
traditionalisme complet et l’obscurantisme. En effet, les causes critiques affectant
les activités éducatives d’essence catalyseuses de motivation, d’émulation, de
performances des masses adolescentes, juvéniles des écoles, collèges, lycées et
universités du pays, une fois connues, contribueront à l’essor de la qualité de
l’éducation propice au processus du développement. Les données de terrain nécessaires
à collecter, apporteront forcément de l’éclairage au sujet des défis que pose
l’identité culturelle sur la concurrence éducative dans les établissements
scolaires et universitaires.
1 - Cadres conceptuel et
méthodologique du travail
Avant
d’établir une méthodologie de recherche en vue de la collecte et de l’analyse
des données, le périmètre du problème éducatif revient à être délimité.
1.1 -
Problématique
D’après le site
d’information https://togoactualite.com
du 17 juillet 2026, au « Togo, les enseignants et universitaires dénoncent
un système qui ne valorise plus les diplômes ». Le système éducatif local actuel
rayonne de moins en moins à partir d’un autre constat commun d’un panel regroupant
les spécialistes de l’éducation. Les principaux indicateurs du tableau de bord
de l’éducation nationale connaissent des régressions massives, à savoir la
baisse du niveau général des apprentissages des élèves et étudiants, les taux
de redoublement élevés dont 15% au collège, les taux d’abandon au sommet dont 17%
dans certaines régions éducatives, les taux de succès aux examens nationaux parfois
arbitrairement fixés, les taux faibles d’insertion dans le marché du travail. Un
fort taux de sous-emploi grimpant jusqu’à 25% de la population active, la participation
de la jeunesse instruite et
active au
processus de développement paraît critique. Le taux élevé d’activités
informelles, indique que la contribution de l’éducation à l’amélioration de
l’environnement et de la croissance apparaît négligeable, selon la majorité écrasante d’un panel d’analystes sur
la question rencontrés, etc. Le système éducatif national n’est
pas compétitif pour créer une société de production économique. L’observation
empirique des interactions sociales relève que dès le départ, il manque de
concurrence d’une part entre écoliers, élèves, étudiants et d’autre part entre
établissements d’enseignement publics. La massification des données brutes
éducatives, principalement les taux de réussite scolaires et universitaires au
détriment de la qualité de l’éducation à fonder sur l’efficacité externe des
produits du système sur le marché du travail, constitue l’objectif numéro un de
l’Etat. L’autosatisfaction des principaux acteurs publics de l’éducation
nationale, le contentement général des parents d’apprenants et la carence d’une
méthode d’évaluation ex put des diplômés du système éducatif du pays, jette une
pénombre noire sur la direction que prend le futur national collectif.
La concurrence scolaire
et universitaire importe peu dans les débats publics et le dispositif du
fonctionnement des systèmes d’enseignement, d’évaluation, etc. En dépit des
politiques éducatives déclaratives favorables à la qualité de l’éducation, les
acteurs publics de la gouvernance du secteur, accordent peu d’importance aux
enjeux de mise en compétition réelle comme moyen d’émulation intellectuelle
entre écoliers, élèves et étudiants. Le système éducatif local demeure en panne
face à ce qu’il faut entreprendre pour lancer la dynamique des rivalités constructives
entre apprenants dans la course à l’armement scientifique qui se profile à
l’horizon dans le nouveau monde.
Devient urgente, somme toute,
la recherche des causes fondamentales de l’effondrement silencieux et
progressif du système éducatif national. Un focus sur l’identification du poids
des représentations culturelles sur la compétition scolaire et universitaire
s’inscrit au croisement des questionnements sociologiques sur le comment
rehausser la qualité de l’éducation locale en traitant ses causes. Au Togo, les
débats de société ne s’organisent presque pas tout autour du sujet de la
compétition académique comme moteur d’émulation entre apprenants d’une part et
entre établissements d’enseignement public d’autre part. Les travaux de P. Bourdieu
et J-C. Passeron (1970) sur la reproduction sociale, prolongés par B. Lahire (2021)
et F. Dubet (2014), démontrent que l’Etat, l’héritage familial, culturel et
social orientent les rapports des individus au savoir, au succès scolaire et
plus loin universitaire. Toutefois, les représentations parentales de
l’éducation oscillant entre moyen d’ascension sociale, suivisme moral et effet
de la conjecture culturelle, façonnent des attitudes variables vis-à-vis de la
performance éducative. La recherche en action part du fait que les traditions,
les us, coutumes et pratiques ancestrales induisent la carence de la concurrence
scolaire et universitaire jusqu’à l’affaiblissement de la qualité de
l’éducation nationale. Réservant la compétition académique entre établissements
d’enseignement publics pour une autre opportunité de recherche, il s’agit ici
de mesurer l’impact des valeurs culturelles sur la dynamique de la compétition
éducative entre écoliers, élèves et étudiants du Togo.
1.2 –
Méthodologie du travail
L’univers de recherche se
situe dans le district du Grand-Lomé au Togo en raison de sa forte
concentration d’établissements scolaires et universitaires ainsi que de la
diversité civilisationnelle des populations qu’il rassemble. Pour mesurer le poids des
représentations locales sur la compétition scolaire et universitaire, une
démarche méthodologique de collecte des données s’avère indispensable. Celle-ci adopte une méthode
mixte combinant techniques quantitative et qualitative. L’enquête quantitative
a été réalisée auprès de 346 enquêtés répartis entre élèves, étudiants,
enseignants, administrateurs et parents d’élèves. L’échantillonnage
probabiliste aléatoire simple a été privilégié. Parallèlement, à partir de
l’observation empirique et une revue critique de la littérature sur la
question, 36 entretiens de groupe ont été réalisés afin de recueillir des
opinions approfondies des personnes-ressources sur les représentations sociales
liées à la compétition scolaire et universitaire. Les données quantitatives ont
été traitées à l’aide du logiciel SPSS[2]
tandis que celles qualitatives ont fait l’objet d’une analyse thématique. La
collecte des données s’est déroulée récemment à travers l’utilisation de
questionnaires programmés sur l’application kobotoolbox et de guides d’entretien
physiques. L’ensemble des techniques de recherche a permis d’aboutir aux
résultats dignes d’intérêt scientifique pour tenter d’éclairer la question des
pesanteurs traditionnelles sur l’efficacité interne du système éducatif local.
2 - Résultats : Le
reniement[3]
de la récompense des meilleurs dans le système éducatif local
En contradiction avec la
littérature admise sur les pratiques éducatives, ceux qui voulaient que le
système éducatif devienne un long fleuve en écoulement tranquille ont atteint
leur sombre objectif final, à savoir l’affaiblissement complet de la patrie, de
la discipline et de l’économie du pays. Aujourd’hui le débat public sur la
compétition éducative est clos à la victoire des obscurantistes. Cependant la
question de la qualité de l’éducation demeure inséparable de la concurrence
scolaire et universitaire, bien comprise.
2.1
– Compétition
scolaire et universitaire en jeu : avancées
théoriques sur la question
La
littérature scientifique acquise sur la concurrence scolaire et universitaire
met ainsi en évidence l’impact de plusieurs facteurs sur le fonctionnement d’un
système éducatif. Plusieurs auteurs actionnent la compétition académique comme
moteur de performance éducative. A l’affiche, C. Maroy et A. Van Zanten (2007)
s’entendent pour établir que la concurrence entre établissements peut favoriser
l’amélioration de la qualité pédagogique d’apprentissage et l’innovation
éducative individuelle et collective. De même, P. Meirieu (1991) considère que
le développement de l’émulation intellectuelle contribue au développement des
compétences critiques et à la responsabilisation des écoliers, élèves,
étudiants et autres apprenants. Cependant, les derniers travaux de recherche
soulignent les risques liés aux conséquences d’une compétition éducative
excessive entre usagers des établissements d’enseignement publics.
Particulièrement édifiante, l’intervention de G. Felouzis (2000) selon laquelle,
la concurrence scolaire et universitaire peut accentuer les inégalités sociales
et territoriales. Dans les sociétés africaines fortement marquées par des
valeurs communautaires, la compétition individuelle peut être perçue comme
contraire aux logiques de solidarité collective. Quant aux travaux respectifs
de G. Hofstede (1980, 1991) et de H. Triandis (1989), ils permettent
d’expliquer les différences de résultats éducatifs sur une base culturelle.
Alors que les sociétés individualistes valorisent l’autonomie et la performance
personnelle, les sociétés traditionnelles collectivistes privilégient davantage
l’harmonie sociale et la cohésion communautaire. Chaque trait culturel d’un
milieu de vie humaine impacte directement les attitudes à l’égard de la performance
éducative. Dans un autre registre contextuel tenu par A. Ngom (2019), l’auteur
articule que les représentations culturelles africaines parfois figées,
persuadent du maintien des comportements éducatifs statiques. Une gamme plus
acéré de chercheurs relève que les difficultés d’insertion professionnelle des
diplômés participent à donner raison aux partisans de l’éducation
traditionnelle autosuffisante basée sur les travaux manuels de production
souvent de subsistance.
2.2 – Compétition
scolaire et universitaire en jeu : acquis théoriques en confluence avec
les pratiques éducatives traditionnalistes
Plusieurs
acquis théoriques les plus pertinents issues des travaux de recherche
antécédents sur la question de la concurrence éducative pourront éclairer
l’actuelle investigation scientifique. Il s’agit de la théorie sociocognitive
particulièrement féconde de A. Bandura (1997). Le chercheur postule que le
sentiment d’efficacité personnelle fanatise fortement l’engagement des
individus dans les activités nécessitant effort et persévérance. Dans un
environnement traditionnel où les apprenants vivent moins les enjeux
d’efficacité individuelle, les classes, salles de cours et amphithéâtres se
déroulent dans les processus pédagogiques atones. A l’approche par reproduction
sociale développée par P. Bourdieu et J-C. Passeron (1970), les inégalités
éducatives apparaissent comme effets des conditionnements culturels et sociaux
des familiaux. La manière de penser et d’agir des parents d’élèves et
d’étudiants reproduit symétriquement les ambitions éducatives de leur
progéniture. La théorie de l’anomie de R. K. Merton (1938) permet de comprendre
le désengagement progressif des apprenants de la maison à l’école ou au campus
pour briser l’espoir d’une société de développement et de croissance.
2.3
– Avantage intra-comparatif d’un système éducatif fondé sur la compétition
académique entre apprenants
Les résultats techniques,
technologiques et scientifiques qui impulsent le développement socio-économique
d’une nation se basent sur la qualité de l’éducation nationale, elle-même liée
à la compétition académique claire entre écoliers, élèves et étudiants d’une
part et entre établissements scolaires et universitaires d’autre part.
Toutefois la présente investigation s’intéresse à la première partie du
problème éducatif. Ainsi, la compétition éducative entre apprenants pousse au
tri des meilleurs écoliers, élèves et étudiants à former et préparer pour
occuper les postes stratégiques de l’Etat. L’éducation a été toujours
sélective, mais depuis un certain temps, par l’influence des forces obscurantistes
internes et externes, elle tend à devenir une passoire générale des éléments
qui entrent le système et passent de classes en classes, de degrés
d’enseignement en degrés d’enseignement, de parcours universitaires en années
universitaires sans réels apprentissages et qualifications. L’on se demande, à
ce rythme de désapprentissage général, cependant succès éducatif quand même dans
les écoles, collèges, lycées et universités, quel serait l’avenir de la
nation ? A la recherche des facteurs ayant favorisé l’état-d’esprit
partisan de moindre effort intellectuel contre diplômes nationaux inadaptés au
marché du travail et à la préparation pour la confrontation stratégique avec
d’autres peuples du monde, la cause première de la catastrophe de l’éducation
nationale se situe dans d’autres phénomènes sociaux de nature statique et traditionnaliste.
Si les activités socio-économiques se déroulent naturellement dans les rapports
de concurrence, celles de l’éducation formelle qui les engendre, peine à se reproduire
à l’image des premières. Et l’on ne comprend pas pourquoi de vastes espaces
sociaux comme le secteur de l’éducation nationale considéré comme facteur
causal de toute croissance dans un domaine n’intègre pas stratégiquement le
phénomène de la compétition académique entre usagers dans le système éducatif. L’analyse
du poids des représentations locales sur la dynamique de la concurrence
académique en milieu scolaire et universitaire ne saurait se limiter à l’examen
isolé des structures publiques de l’éducation nationale. Même si les dimensions
institutionnelles interagissent étroitement et se renforcent mutuellement avec
les valeurs culturelles locales dans la construction des réalités d’apprentissage
dans les écoles, collèges, lycées et universités.
L’intérêt des parents et
de la société pour la réussite éducative demeure largement conditionné par
leurs représentations du coût-avantage de l’éducation formelle en tant
qu’institution de promotion de tous. Depuis que l’investissement dans
l’instruction publique se traduit mal dans l’amélioration tangible des
conditions de vie des populations actives marquées par le chômage structurel
des diplômés, le prix de l’excellence académique n’a pas de sens auprès des communautés
de base. Si les parents, reconnaît un panéliste de l’enquête, « encouragent
leurs enfants à fréquenter les établissements d’enseignement, ils ne suivent
guère les résultats scolaires et universitaires de leur progéniture. Encore
moins manager les écoliers, élèves et étudiants à occuper les meilleurs rangs
dans les classes scolaires, amphithéâtres et promotions universitaires ».
Ensuite les représentations socioculturelles locales renforcent la tendance à sous-estimer
la valeur de la compétition académique entre apprenants. Dans les sociétés où
la cohésion communautaire, la solidarité mécanique (E. Durkheim, 1893), les
soumissions aux hiérarchies traditionnelles, constituent des valeurs
cardinales, l’individu compétitif comme modèle éducatif occidental et importé
peut être perçu comme une menace sociale symbolique. Ainsi, la quête
d’excellence scolaire et universitaire, si elle devient trop visible, peut
générer des tensions dans la communauté traditionnelle et conduire à une forme
d’ambition individualiste négative. Les qualités humaines « se
prédestinent à se fondre dans la masse ethnique au bénéfice de tous et non au
bénéfice individuel », d’après un chef coutumier. L’institution éducative
doit rester à l’image de son environnement social et culturel fait de
transhumance collective de classes d’âge en classes d’âges sans pression ni
stress sociaux. Chaque transhumance d’hommes et de femmes se dirige vers une même
condition humaine générale égale pour tous, souvent indigente, pleine d’inégalités
individuelles, familiales et économique face à la classe dirigeante isolée. Un
instituteur d’école, paneliste de l’enquête, qualifie de nivellement, d’égalisation,
d’aplanissement et d’uniformisation sociaux par le bas. Le chômage et le
sous-emploi des diplômés frappant dans le pays les produits du système éducatif
sans distinction de rang scolaire ou universitaire occupé par les diplômés, pousse
à la banalisation de l’excellence académique à distribuer à l’école, au
collège, au lycée et à l’université en fonction du mérite individuel, du summum
des résultats éducatifs des apprenants et du rayonnement des établissements
d’enseignement. Les signaux, indices et critères d’une société éducative en
route vers le progrès se trouvent rabaissés par les pesanteurs traditionnelles
faites d’us et coutumes bannissant la division des classes éducatives sur les
valeurs de performances individuelles. D’ailleurs, l’absence de débouchés
professionnels crédibles délégitime le discours sur l’investissement dans les
compétences par un travail scolaire et universitaire menant à l’épuisement,
comme d’ailleurs vecteur intrinsèque et incontournable de la mobilité sociale
ascendante. La situation décrite réduit considérablement l’investissement familial
dans le suivi des résultats d’apprentissage des écoliers, élèves et étudiants.
L’atmosphère traditionnelle dissuade négativement les jeunes à apprendre pour
réussir convenablement leurs études, conclut un interviewé. Une vision
contre-productive de la scolarité brillante s’installe et se trouve
actuellement centrée, beaucoup plus sur le diplôme en poche, plutôt que l’éducation-apprentissage
pour résoudre les problèmes et surtout survivre dans le monde réel semé
d’embûches ; cela par développement des compétences palpables à acquérir
nécessairement pour la survie. La faiblesse de la concurrence scolaire et
universitaire tend vers la gestion des écoliers, élèves et étudiants sur un
critère éducatif sans classement et hiérarchisation des apprenants et sans
rangs à occuper selon les résultats des apprentissages individuels. Il se manifeste
dans le quotidien du développement personnel des effets sociaux complexes où
interagissent : les représentations citoyennes et parentales passives
envers les performances éducatives, les valeurs culturelles et réalités communautaires
sans considération des meilleurs écoliers, élèves et étudiants.
2.4 – Impact dévastateur
des représentations socio-culturelles sur la compétition éducative
Le
principal graphique met en évidence la perception des parents d’élèves et
autres acteurs éducatifs quant aux principaux freins à la compétition
académique entre apprenants dans les écoles, collèges, lycées et universités du
Togo. Les données révèlent une hiérarchisation nette des facteurs mettant en
cause l’importance de la concurrence d’apprentissage entre apprenants dans les
établissements d’enseignement publics du pays. Les défis à l’encontre des
rivalités positives et de l’émulation dans les classes et amphithéâtres, semblent
enracinés dans le fonctionnement structurel de la société éducative.
Graphique démonstratif :
Facteurs limitant la compétition académique dans les établissements scolaires
et universitaires
Source :
enquête de terrain.
D’abord, les inégalités
sociales issues de la séparation entre nouveaux riches du pays et les laissés-pour-compte,
héritiers des traditions, rites, us et coutumes du passé, apparaissent comme contraintes
majeures au développement de l’émulation éducative, avec une charge de
corrélation d’environ 36 % des répondants du questionnaire d’enquête. Cela
souligne en détail que le poids des conditions socio-économiques difficiles des
familles faibles et démunies, souvent rattachées par conséquent aux
valeurs-refuges traditionnelles, détruise la dynamique du développement de la potentialité
des apprenants au moyen de la concurrence académique à travers les
établissements scolaires et universitaires. Le renversement des attitudes et
penchants causant préjudice à l’excellence de l’éducation nationale se trouve au
cœur mental des populations dans les œuvres classiques d’auteurs majeurs comme
E. Durkheim. D’après lui la modification de la manière de sentir, de penser et
d’agir de ces populations, détermine le préalable indispensable pour instaurer
une compétition éducative saine, vraiment prodigieuse pour la nation togolaise.
Ensuite la société traditionnelle
fauchée par ses coutumes en plus des inégalités subies, préfère rendre hommage
et honneur aux morts au cours de longues veillées funèbres, enterrements et
funérailles pendant que les défunts ne sont plus là de leur vivant pour
apprécier le geste social de leurs prochains ; la conséquence en temps normal
conduirait tous à l’effort pour servir davantage l’Humanité. Vraiment, ce type
de société n’a intrinsèquement pas l’habitus de reconnaissance envers les
meilleures hommes et femmes, par exemple à l’issue : des activités
champêtres, artisanales, des productions dans les terroirs, des prestations de chants
et danses traditionnelles, des jeux de combats physiques, de genre luttes
romaines, etc. La communauté humaine locale fonctionne ainsi hors d’un système de méritocratie[4],
donc sans distinction, sans prix et sans honneurs aux plus
méritants. En éducation formelle, à la proportion de 30 % des enquêtés, le
déficit général de reconnaissance se positionne comme facteur déterminant de la
perpétuation d’une
société de masse sans classes avec pour effet miroir une école, un collège, un
lycée, une université dont les fréquentants devraient évoluer par transhumance,
donc sans rangs fondés sur les résultats éducatifs individuels d’apprentissage.
Puis
l’absence notoire d’organisations publiques ou formelles à but de valorisation
ou mieux d’olympisation régulière des mérites individuels scolaires et
universitaires par les prix académiques, les bourses aux méritants, les stages, les distinctions honorifiques
aux meilleurs ou, les trophées aux majors de promotion, tend à banaliser l’importance
des rivalités positives, de la motivation et de l’émulation chez les écoliers,
élèves et étudiants. Le déficit de reconnaissance envers les personnes
performantes dans la société de la recherche et de la construction du savoir en
plus de la valeur, affaiblit profondément l’adhésion collective à une
civilisation nationale d’excellence éducative à travers le rayonnement des
établissements scolaires et universitaires évoluant en concurrence.
Si les méthodes
d’enseignement enregistrent 20 % des contributeurs à l’enquête servent d’obstacles
significatifs contre les rivalités positives, l’émulation et la concurrence
éducatives dans les classes et amphithéâtre, cela met en lumière les pratiques
pédagogiques des enseignants sans formation initiale, alors sous influence
traditionnelle et finalement terrassés par des difficultés du terrain éducatif
qu’ils ne comprennent pas. En effet, ils exercent leur métier hors des
principes centrés sur la performance et l’évaluation des apprenants avec
résultats d’apprentissage classés toujours par ordre de mérite des candidats
aux divers tests ou examens, et publiés au su de tous. Les effets engendrés sur
les écoliers, élèves et étudiants tirent la promotion d’individus vers le haut
et favorisent l’amélioration générale des formations dans les écoles, collèges,
lycées et universités. L’insuffisance d’intrants décisifs d’excellence dans les
processus d’enseignement appelle à une refonte des approches pédagogiques
fondées sur des méthodes interactives, compétitives, comparatives et focalisés
sur la reconnaissance des meilleurs écoliers, élèves et étudiants.
Enfin, les autres
facteurs mentionnés, bien que moins fréquemment cités, comme la corruption dans
le système éducatif ou le chômage des diplômés ou encore le manque de valeur
accordée à l’éducation formelle, témoignent d’un ensemble de contraintes non
négligeables sur la chaîne du développement d’un système éducatif concurrentiel
et du rayonnement des établissements d’enseignement publics, nécessaires à la
croissance du pays.
3 - Discussions: Limites d’interprétation des facteurs traditionnels contre l’excellence académique
La
compétition académique dans les établissements scolaires et universitaires
semble difficile à organiser pour engendrer le rayonnement du système éducatif
national. Tandis que le maintien du statu quo s’impose par purs relents
obscurantistes volontaires dans la mesure où les pratiques éducatives se
reconduisent chaque année sans questionnement.
3.1 – L’excellence
académique structurellement attaquée
Si les résultats
analytiques susmentionnés confirment la place des facteurs socioculturels dans
la corrélation avec le faible chalenge du système scolaire et universitaire au
Togo, la prise en compte d’autres dimensions macrosociologique dans l’évolution
de l’éducation nationale complètera le registre factoriel qui mine le
développement de la qualité de l’enseignement public. Les acquis critiques
actuels mettent en évidence l’existence des pesanteurs mentales et des pratiques
traditionnelles nocives à l’encontre de l’émancipation intellectuelle totale des
écoliers, élèves et étudiants. Toutefois des facteurs structurels tels les
choix politiques et institutionnels n’en demeurent pas moins responsables de la
catastrophe de la baisse du niveau général des écoliers, élèves et étudiants
dans le pays, contrevenant ainsi au nécessaire rayonnement des écoles, collèges,
lycées et universités. La mise en perspective des données de terrain avec la
littérature contemporaine appropriée permet d’approfondir la compréhension des
freins à la compétition académique au plan local. Sur un front scientifique
explicatif chez P. Bourdieu et J-C
Passeron (1970), la société reste inégalitaire au profit toujours des
catégories socio-professionnelles supérieures souvent politiques et économiques.
La sélection scolaire et universitaire par compétition académique douteuse au
sein d’un système éducatif, résulte d’une conduite culturelle arbitraire
conforme à l’habitus des catégories privilégiées de la classe sociale dominante.
Les enfants des catégories socio-professionnelles défavorisées subissent non
seulement la pesanteur des forces centrifuges traditionnelles à l’éducation
compétitive, mais supportent une violence symbolique pas moins écrasante venant
des groupes sociaux historiquement favorisés. Ces derniers selon un paneliste,
se réjouissent de la comédie quotidienne ou pire de
la tragédie de leurs victimes dirigées
uniquement par les besoins primaires. L’école d’essence capitaliste de C.
Baudelot et R. Establet (1972) se reproduit à partir de la division sans pitié de la société en classes. Un réseau d’enseignement
primaire et professionnel pour les enfants des ouvriers et employés
subalternes, un autre d’enseignement secondaire et supérieur pour la
descendance de la bourgeoisie nationale. Néanmoins l’agrégation des
comportements des acteurs sociaux de R. Boudon (1979) considère que la
faiblesse d’un système éducatif dérive de l’agrégation des comportements
individuels rationnels ou traditionnels. Pour F. Dubet (2004), la
justice éducative, l'égalité des chances se trouvent être une fiction sociale
destinées à masquer l’éternelle disparité en amont social entre apprenants
figés et condamnés depuis leurs classes sociales originelles.
3.2
– L’ombre indéniable des valeurs traditionnalistes sur la compétition éducative
Les valeurs
traditionnelles concordent bien avec le manque de reconnaissance sociale envers
les meilleurs écoliers, élèves et étudiants, cela cité dans un pourcentage de
30 % des répondants. En absence de dispositifs formels et réglementaires de
valorisation du mérite scolaire et universitaire aux yeux des acteurs
communautaires, sociaux et des parents d’apprenants, la motivation et
l’émulation ne constituent pas une quelconque thématique au menu des débats
publics sur la question. La conséquence théorique rejoint parfaitement la
sociologie de la reconnaissance d’obédience honnethienne[5] adaptée
au champ d’observation des faits éducatifs de P. Périer (2014). L'institution
scolaire et universitaire, en omettant de ritualiser et de gratifier l'effort
académique, fragilise l'adhésion des écoliers, élèves et étudiants à une «
culture de l'excellence ». Même si 20 % d’autres acteurs du champ éducatif pointent
du doigt l'inadéquation des méthodes d'enseignement dans les écoles, collèges
et universités. En effet, les méthodes pédagogiques apparaissent calibrées sur
les valeurs traditionnelles du milieu social local beaucoup plus passifs
qu’actifs. La contribution de M. Romainville (2000) relative à l'échec dans
l'enseignement supérieur par exemple, démontre que les pratiques transmissivistes
et magistrales des enseignants-chercheurs pendant leurs cours, rendent beaucoup
plus passifs les étudiants vis-à-vis des processus pédagogiques dans les
amphithéâtres. L'insistance des enquêtés sur ce point, conformément aux
orientations des recherches en pédagogie universitaire (M. Poumay, 2014), rappelle les manifestations d’un
pouvoir gérontocratique lui aussi omniprésent dans les communautés
traditionnelles en imposant le silence aux masses de jeunesses et femmes. L'illusion
magistrale venant de M. Poumay ressemble à l’impact des phénomènes obscurantistes
sur les populations locales sous l’emprise métaphysique bien détaillée dans la
loi des trois états d’Auguste Comte (réédition 2001). D’autres facteurs
marginaux évoqués par une cohorte d’enquêtés notamment la corruption dans le
système éducatif, le chômage endémique des diplômés, la dévalorisation sociale du
diplôme, annoncent les contours d'une crise systémique du contrat de confiance
entre la nation et ses institutions éducatives. Les tâches scientifiques de M.
Duru-Bellat (2006) sur « l'inflation des diplômes » permettent
d'éclairer la désorganisation scolaire et universitaire, lorsque le marché du
travail ne garantit plus l'insertion professionnelle des produits du système
éducatif formel. Le rendement social du diplôme s'effondre aux yeux de tous,
meilleurs ou pas meilleurs. Ailleurs, les représentations collectives de
l'éducation formelle comme providence de tous, la légitiment. Par contre, elle
devient ici un espace saturé d'incertitudes où le découragement, le doute et le
scepticisme l'emportent parfois sur l'optimisme, grippant définitivement les
rouages d'une saine compétition académique entre écoliers, élèves et étudiants,
susceptible de secréter la qualité de l’éducation qu’il faut sur la trajectoire
de l’édification des sociétés de production économique.
Conclusion
L’écart persistant entre idéal
éducatif national et ses véritables résultats scolaires et universitaires
s’explique par la prédominance de la culture traditionnelle chez les principaux
acteurs du système éducatif. Les parents d’apprenants, les espaces ruraux, les
villages et les populations à 80% d’origine paysanne, ne comprennent pas
l’enjeu de la performance des écoliers, élèves et étudiants à travers
rayonnement des établissements scolaires et universitaires sur la voie
souveraine du décollage d’une société instruite, maîtresse de son propre destin
de développement. Déjà les inégalités socio-économiques entre villes et
campagnes rappellent que les conditions éducatives différenciées de départ tournent
toujours en
la défaveur des masses silencieuses sous le poids de leurs traditions, us et coutumes.
L’absence de reconnaissance sociale, culturelle et institutionnelle à l’endroit
des meilleurs écoliers, élèves et étudiants provient de l’emprise des états
métaphysique et théologique sur les populations locales et par ricochet provoque
la perte de la bataille favorable à l’excellence académique et au rayonnement
des établissements scolaires et universitaires. Il apparaît évident que pour
restaurer la valeur de la compétition éducative, l’Etat se retrouverait dans
l’obligation de changer ses politiques sectorielles de l’éducation (A.
Amouzou-Glikpa, 2018) sur l’ensemble du territoire national.
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[1] L’éducation selon l’aristocratie
et l’élite profitante dans un pays.
[2] Statistical package for social sciences, Paquet statistique pour les
sciences sociales.
[3] Le reniement ici consiste à
abandonner, voire rejeter publiquement l’engagement ou le contrat social de la
concurrence positive historiquement ancrée dans le système éducatif au
lendemain de l’indépendance du pays.
[4]
La méritocratie désigne une société qui récompense le travail, les compétences,
les talents et les efforts de ses membres.
[5] Le terme « honnethienne » se réfère à la morale d'Axel Honneth,
figure majeure de l'École de Francfort. Sa théorie centrale repose sur l'idée
que le moteur de l'histoire et de l'émancipation humaine reste la lutte pour la
reconnaissance.
ALEZA Sohou, Université de Lomé

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