Conclusion générale : La gouvernance du paraître en irruption dans le secteur de l’éducation nationale
Résultats de l'étude sur la compétition académique dans les établissements scolaires et universitaires au Togo
( SUITE ET FIN)
Photo : L'auteur dans son université d'attache
Trois épisodes thématiques ont marqué l’étude sur la compétition académique dans les
établissements scolaires et universitaires au Togo : le poids de la culture
locale sur la compétition éducative ; l’impact des politiques éducatives sur
les performances scolaires et universitaires et enfin les pratiques éducatives
comme freins à la concurrence et à l’excellence sous prisme d’analyse systémique
du modèle en présence. Toutefois l’Etat conserve la lourde responsabilité de
l’échec du système éducatif local dont les repères ont été volontairement
sapés pour une cause à rechercher plus tard. Oui la négligence, l’imprudence et
l’ignorance volontaire ont infecté la méthode de s’instruire et de s’éduquer
dans le pays. En logique chrétienne, la crucifixion précède la résurrection et
la gloire, jamais avant ; aucune condition humaine ne peut faire
abstraction de l’avertissement. Cela revient à tirer une conclusion selon
laquelle : tout système éducatif sérieux quelque part dans un coin du monde
ne véhicule que de la douleur, au passage seul maître de l’homme, et au bout de la
joie complète.
C’est
pourquoi à partir du local au global, j’annonce aujourd’hui au monde que la
structure de la concurrence éducative se constitue comme le facteur causal
fondamental permettant à tout pays de rattraper en un temps record son retard
dans tous les domaines stratégiques du développement. Impossible d’étudier le
miracle économique des pays développés ou actuellement émergents, que je n’ai
pas besoin de citer ici au point de rallonger la présente conclusion, sans
croiser la constitution en leur sein sociétal la concurrence éducative comme
véritable providence de tous les membres de la société. L’anéantissement de
tout système féodal, en réalité bien encore en vigueur dans plusieurs régions
de la Planète surtout en Afrique, passe non pas par la distribution des aides,
mais par la mise en place d’un système éducatif basé sur la concurrence
intégrale, systématique et absolue comme seule stratégie de sélection naturelle
et sociale attirant tous les enfants d’un pays du monde vers le sens de la
gravité utile. À part la concurrence éducative, il n’y a pas d’autres moyens
humains d’amélioration des apprentissages, des métiers, des professions, des
responsabilités, des productions, des créations et des réalisations. L’Etat, la
société, le ménage, l’école, le collège, le lycée, l’université, l’entreprise, s’ils
veulent atteindre le rendement, la performance, le rayonnement et l’excellence
de ses membres, ont pour boussole la concurrence comme seul paramètre forgeant
l’humain dans sa plénitude pour sa survie puis rendre service à l’Humanité. Les
déterminismes et avantages toujours tirés de la condition historique voulue
aussi longtemps intangible que possible, les causalités génétiques ou autres ne composent
que des absurdités humaines condamnées à disparaître tôt ou tard. Il ne restera
que la résilience intrinsèque individuelle puis collective incarnée par la
concurrence pour le maintien de la vie et de la survie.
S’il
faut le rappeler, en matière de l’Instruction publique, la
concurrence et l’excellence scolaire puis universitaire représentent un
mécanisme éducatif et social dans lequel les écoliers, élèves, étudiants et
même stagiaires sont incités à performer davantage en raison de la présence
d'objectifs-cadres exprimés et hiérarchisés dans les écoles, collèges, lycées
et universités au moyen de classement, de mentions, d’olympiades, de prix,
d’examens, etc. La concurrence scolaire et universitaire constitue des
dynamiques par lesquelles les apprenants se confrontent, se bravent et se mettent
en rivalité positive pour obtenir des notes, des places, des rangs, des
bourses, du prestige social au moyen de leurs meilleurs résultats
d’apprentissage. Au plan local, l’écart persistant entre idéal éducatif
national et ses factuels résultats scolaires et universitaires semble se lier
aux politiques et pratiques éducatives infécondes en plus de la prédominance de
la culture traditionnelle chez les principaux acteurs du système éducatif.
Douloureux de constater que dans plusieurs systèmes éducatifs
africains comme celui du Togo, la culture de la concurrence et de l’excellence
éducative ne se trouve pas stratégiquement valorisé en apparaissant comme une
administration générale de transhumance humaine de degré d’enseignement en
degré d’enseignement. A la fin, c’est le marché du travail qui siffle la fin de
la comédie sinon de la tragédie nationale.
L’éducation
n’est pas un agent communiste ou socialiste ou encore conservateur en vue de
l’égalisation des conditions humaines favorisant les transhumances d'hommes et
de femmes dans la même direction. Elle demeure un vecteur de sélection local et
global patronnant l’évolution. Forcer l’éducation à devenir égalitaire revient
à détruire la société, l’Etat et l’Humanité. L’observation froide des sociétés
qui avancent permet de détecter leur secret : la concurrence éducative au cœur
du système, rendue très dure pour la sélection des meilleurs. Cela ne veut pas
dire qu’on ne peut pas corriger les inégalités éducatives qui jonchent
l’évolution des effectifs scolaires et universitaires, inégalités faites de
défaut d’apprentissages, de redoublements, d’abandons, etc. Là intervient le
rôle de la planification de l’éducation par projet pour s’occuper des
écoliers, élèves et étudiants en difficultés, projets d’éducation commençant
par l’observation scientifique des bassins d’emplois potentiels, puis un bon programme
d’orientation scolaire, universitaire et professionnel. Si par exemple
l’agriculture constitue au Togo un bassin d’emplois, alors au lieu de continuer
par créer des établissements d’enseignement généraux, techniques, scientifiques
et autres, au passage initiatives dynamisantes, on crée parallèlement dans le pays
un nombre raisonnable d’écoles, de collèges, de lycées et d’universités
d’agriculture, d’élevage, de pêche, d’aquaculture pour orienter les élèves
valides, mais en difficultés d’apprentissage théorique. Le bassin d’emplois
agricoles au départ virtuel et potentiel devient réel dans l’économie du
développement nationale. Pour gommer non pas seulement les inégalités en
éducation, mais toutes les inégalités sociales multipliantes dans la nation.
Dans
le pilotage du système éducatif national actuel, communiquer remplace agir dans
le secteur complexe. Et cela devient extrêmement inquiétant pour la continuité de la nation
qui dépend forcément de la qualité
de l’éducation. De nos jours, la tendance qui traverse de nombreuses
institutions éducatives, scolaires et universitaires, ressemble à une
gouvernance éducative investissant massivement dans sa propre visibilité
médiatique, en s'exonérant de rendre compte des résultats concrets de son
action publique dont les conséquences catastrophiques au fil des années
s’accumulent silencieusement. Le phénomène pourrait s’appeler la « gouvernance du paraître dans le
secteur de l’éducation nationale » qui a réussi en une génération à
introduire dans les faits éducatifs, le pouvoir, l’autorité et les apparences à
place du travail, de la douleur et de la vérité propres à l’action éducative
pure. L’éducation a été et demeure un domaine de souffrance puis de réconfort
pour les écoliers, élèves, étudiants et leurs enseignants loin des apparences,
de l’artifice de communication, du pouvoir, de l’autorité que voudraient capter
les dirigeants du secteur. Dans l’œuvre de l’Instruction publique, le pouvoir
de la communication ne se substitue pas
à l'action et à l’effort des usagers. Traditionnellement, les politiques officielles
en éducation se jugent
à ses effets sur les apprentissages, les productions et le développement
continu. Dans le modèle
en présence, les annonces politiques elles-mêmes deviennent tout le temps
l'unité de mesure du succès
de l’éducation nationale. Finalement, ces dirigeants du secteur éducatif
multiplient les prises de parole, les faits de médiatisation, les visites de
terrain mises en scène,
les éléments de langage soigneusement calibrés pour obtenir une reconnaissance publique
indépendamment de ce que leurs actes produisent réellement pour le pays. La
communication n'accompagne plus l'action : elle est l’action elle-même puis se
limite là et disparaît. Quand les intrants, processus, résultats scolaires et
universitaires déclinent chaque année. En définitive, l'opacité des résultats
éducatifs nationaux constitue une stratégie savamment orchestrée et entretenue.
En face des évaluations
publiques rigoureuses des politiques éducatives qui tardent à s’accomplir.
Alors, les rapports d'activité privilégient la communication et le vocabulaire
de l'intention. La faiblesse des institutions de contrôle du système éducatif
comme les tests nationaux indépendants et internationaux, la presse spécialisée
d'investigation, les enquêtes nationales du Parlement, les organisations de
contre-pouvoirs chargés d'évaluer l'action publique dans le domaine, etc…
favorisent la nouvelle tendance à la démagogie dans le secteur de l’éducation.
La concurrence éducative finalement sans acteurs
véritables de performance réelle, se trouve remplacée par la course entre zélés et agents de performance démagogique pour le prix de récompense politicienne.
Ce qu’il faut savoir à la fin, les effets de la gouvernance éducative n’ont
jamais toujours été immédiatement visibles pour mettre en éveil la nation plus tôt.
C’est cela qui constitue précisément
la dangerosité
du secteur éducatif national. Enfin la régression de la concurrence éducative
provoquée par l’Etat se remplace de nos jours par la privatisation avancée de l’excellence
éducative uniquement réservée aux enfants des agents économiques nantis comprenant
la valeur des performances scolaires et universitaires au moyen du soutien
éducatif privé de leur progéniture.
ALEZA Sohou, Université de Lomé


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