La montée de la violence dans le monde

 


Photo de famille: de gauche à droite, Kcodgoh L. Edgeweblime, Yao Bagnabana et Sohou Aléza



Source: Ressources personnelles, 2002.


Introduction


La société locale et globale a accumulé trop d’injustices sociales, d’inégalités de toutes sortes et de corruption généralisée. L’homme du XXIème siècle souffre intensément en dépit de ses accumulations de succès dans tous les domaines. L’observation empirique laisse découvrir qu’apparemment tout se passe comme si le premier réflexe de l’humain envers son prochain semble être la haine. Emballée dans les jeux lisses d’apparence sociable. Il suffit de rien, le principe de la violence humaine fait surface. Tous s’infligent l’effort de diluer la haine dans un semblant d’amour du prochain, de respect ou clairement l’hypocrisie s’affiche. L’amour du semblable, l’empathie, la solidarité, le civisme, ne s’exercent plus de manière générale dans les rapports humains. Plus près de nous ou loin de nous. À la place du cœur, de la raison et de l’esprit sain, règnent selon les milieux sociaux la peur, la violence, l’agressivité, la corruption, le terrorisme privé, le terrorisme d’Etat et la guerre. Pourquoi ce début du nouveau siècle sape ouvertement les bases du vivre ensemble et de l’interdépendance sociétale. J’ai l’habitude de mise au point de niveau stratégique avec mon grand frère, le professeur d’économie internationale à l’Université de Lomé, Kcodgoh L. Edgeweblime. Lors de notre dernière mise au point à l’Université privée American Institute of Africa de Lomé sur la situation actuelle du monde, le grand frère a attiré mon attention sur la baisse inquiétante aujourdhui de l’affection naturelle entre humains. D’où le présent posting, après avoir longuement réfléchi sur la question posée par le professeur Edgeweblime. La chute de l’affection naturelle entre humains constituerait le mobile probable de la désorganisation avancée de la civilisation sur Terre. L’analyse du postulat de l’économiste togolais m’a poussé à la détection de l’ampleur de la manifestation de la cruauté humaine latente ou saignante. Ses causes profondes apparaissent multiples avec pour dénominateur commun la baisse de la qualité des systèmes éducatifs au XXIème siècle. Toutefois, j’avoue que je n’ai pas de solutions à proposer ici sans une recherche scientifique systémique.

 

1 - Les manifestations des violences isolées, numériques, sociales et politiques

 

En ce début du XXIème, l’égoïsme de l’homme et sa tendance a accumulé le pouvoir, l’argent et les biens matériels au détriment de ses semblables, a atteint un point culminant frôlant même la barbarie. Cela jamais enregistré dans l’évolution historique des sociétés. Si rien n’est fait, la sauvagerie humaine savamment cachée dans les apparences lisses constituera la cause de la fin de la civilisation sur Terre. Elle touche aussi bien les riches que les pauvres, les lettrés comme les illettrés, les analphabètes comme les instruits, les plus instruits comme les moins instruits, les femmes comme les hommes, les hommes d’Etat comme les gens sans pouvoir. Presque tous les humains d’aujourd’hui se comportent de la même manière sans distinction d’une qualité particulière.

L'absence réelle d'empathie dans le monde actuel se manifeste de plusieurs manières préoccupantes. Exemples. La concurrence entre hommes et femmes sur le marché du travail a transposé la violence de lespace public au milieu du foyer, de la maison et de la famille. A d’autres endroits, les vieux et les enfants n’ont plus leur place dans la société. L’indifférence envers les personnes âgées, les enfants ou les personnes en situation de handicap devient flagrante. Les micro-agressions quotidiennes dans lespace public et même privé, sur les lieux de travail, dans la circulation, sur les voies publiques deviennent monnaies courantes. Comme reflet de la violence sociale diffuse, les incivilités, les agressions verbales et physiques dans le champ quotidien, limpolitesse, les violences routières, les atteintes ordinaires, le mépris de classe, le favoritisme, le népotisme, le tribalisme, le racisme, etc. La suite tout le monde la connaît, à savoir l’épuisement mental de lhomme du XXIème siècle en coagulation avancée dans une sorte de saturation médiatique qui le rend bizarre. Alors s’explose la violence sociale et interpersonnelle. Entre autres, les violences basées sur le genre, les violences conjugales, les viols comme arme de vengeance, les crimes dhonneur, les mutilations génitales féminines, les violence envers les enfants, la maltraitance, les mariages précoces, la formation des milices, le recrutement d’enfants-soldats, la violence domestique, les abus physiques et psychologiques au sein du foyer, la pédophilie, les discriminations violentes, les crimes racistes, la xénophobie, les agressions physiques, les meurtres, les vols à mains armées même en plein jour, les harcèlements et agressions sexuels dans l’espace public, sur le lieu du travail, les agressions sexuelles en milieu scolaire, professionnel et universitaire. Difficile d’épuiser les traits actuels du tableau noir de la violence sociale: l’exploitation des enfants, le travail forcé des enfants notamment dans l'agriculture, le commerce informel, le travail domestique, la traite intérieure ou transfrontalière des enfants, les châtiments corporels disproportionnés, les violences liées aux croyances traditionnelles comme les accusations de sorcellerie visant principalement des femmes âgées et même des enfants, les infanticides rituels, les meurtres rituels, les vindictes populaires, les lynchages et exécutions extrajudiciaires par des foules, etc.

Sur les réseaux sociaux, l’on observe la banalisation de la violence verbale, du harcèlement numérique, du cyber-harcèlement et du lynchage public. La multiplication des discours de haine entre personnes, la traque en ligne, la diffusion non consentie dimages ou vidéos privées, les raids numériques coordonnés, la désinformation en ligne orchestrée pour inciter à la haine menant parfois à la violence dans le monde réel, bref la haine par la cybernétique, n’augure rien de bon à l’avenir.

La haine humaine culmine au sommet lorsqu’on utilise les moyens publics pour exercer le mal sur autrui. La violence d'État se mesure par la répression politique sauvage. La polarisation politique et la diabolisation de l'autre camp entre personnes ayant fréquenté les mêmes écoles prouvent que l’éducation formelle ne suffit pas pour espérer le bien. Le refus d'écouter les arguments adverses de l’opposition dans l’Etat, finit par la déshumanisation, la déformation et la dénaturation institutionnelle. Résultats : répression brutale des manifestations pacifiques par les forces de l'ordre, avec usage excessif de la puissance publique, arrestations et détentions arbitraires d'opposants politiques, de militants de la société civile et de journalistes, tortures, exécutions extrajudiciaires et disparitions des personnes orchestrées par des milices privées, etc. Les conditions de détention des personnes arrêtées sont scandaleuses. Il s’agit de la surpopulation carcérale, le manque d'hygiène et de soins, les détentions prolongées sans jugement. L’impunité concernant les exactions commises par les forces de sécurité et parfois les milices affiliées au pouvoir dominant démontre largement que la notion des droits de l’homme n’est que débat théorique entre intellectuels naïfs. Des rapports d'organisations comme Human Rights Watch et Amnesty International ont largement documenté des cas d'arrestations arbitraires, de tortures, d’exécutions sommaires, de violences post-électorales, de heurts violents entre partisans et opposants sans oublier les violences ethniques, les conflits fonciers souvent meurtriers.

L’indifférence face à la détresse généralisée caractérise notre nouveau monde au point que l’homme et ses institutions sont devenus ensemble des spectateurs passifs du mal. La montée de la violence dans le monde se camoufle dans un silence caractérisé face aux crises humanitaires, aux crises environnementales comme les inondations, les incendies, les feux de brousses spectaculaires. Les souffrances humaines, les souffrances des frères, des sœurs, des pauvres, des réfugiés, des victimes de famine, les victimes de guerres n’émeuvent plus.

Au plan économique, la course aux gros profits entre petites, moyennes et grandes entreprises au détriment des travailleurs, ignore souvent les impacts humains et environnementaux. La violence structurelle, économique et la misère extrême en ce début du XXIème siècle renseignent que la paix n’est pas pour maintenant. La pauvreté systémique inflige une mort lente aux populations presqu’en conditions de travaux forcés, d’esclavage moderne, de traite des êtres humains, d’exploitation partout dans les usines, sur les chantiers, dans le domestique, dans les hôtels, etc. La violence économique se décide au moyen de la complicité publique pour l’accaparement des terres d’autrui, les déplacements forcés de populations en vue de l’exécution des projets industriels.

Enfin les violences armées, les conflits, les guerres injustes et non existentiels, les guerres civiles, les conflits internes, les terrorismes, les gangs et criminalités organisées, les cartels darmes, de drogues, les violences de masse, les crimes contre lhumanité, les génocides, les tentatives dextermination des groupes ethniques, religieux, les nettoyages ethniques, les expulsions forcées, les meurtres de populations à des fins d’homogénéisation du territoire viennent avertir que l’humain a basculé dans l’ère de la cruauté.

 

2 - Les causes de l’involution sociale, économique, politique et stratégique

 

À part l’ignorance volontaire et involontaire des dirigeants et des acteurs majeurs, l’urbanisation sauvage sans planification stratégique semble être la première cause. La vie en ville exposée aux limites de ressources pour tous peut entraîner la nécessité de survie économique par tous les moyens. Les changements éducatifs dans certains systèmes scolaires et universitaire priment le diplôme sur la compétition, la qualité des apprentissages et les résultats objectivement mesurables. Les sociétés deviennent plus tolérables à l’ignorance, à la corruption, aux inégalités et à la violence. La chute clinique de la capacité empathique fondamentale dans le monde dérive de la fin des apprentissages réels dans les institutions éducatives. Parce que les études en profondeur des disciplines d’enseignement aiguisent dans une certaine mesure le sens empathique des apprenants. La baisse perçue de l'empathie dans le monde peut sexpliquer aussi par plusieurs autres facteurs interdépendants comme la surcharge informationnelle actuelle pour le cerveau humain. C’est possible, et je pense que les neurologues pourront le démontrer si actuellement le cerveau humain ne se préserve pas par réduction de sa charge empathique naturelle. Pour se consacrer au succès personnel, car l’individualisme d’aujourd’hui beaucoup plus pathétique célèbre trop la réussite personnelle au détriment du succès de groupe. Plusieurs auteurs ont déjà démontré une corrélation entre hausse des inégalités et baisse de lempathie collective. Le stress et l’épuisement personnel des travailleurs tendent à épuiser les ressources mentales des masses lorsqu’on sait que lempathie nécessite un certain confort psychologique.

 

Conclusion


La baisse locale et globale de laffection humaine dépend de nombreux facteurs culturels, sociaux, économiques et politiques. La hausse de lindividualisme soutenue par la corruption généralisée dans les sociétés où la réussite personnelle est valorisée au détriment du succès de groupe, a détruit l’empathie comme religion de survie de l’Humanité. Les faits constants de violences, de guerres, de catastrophes, de crises dans le monde ont émoussé substantiellement la compassion humaine qui se trouve remplacée par l’arrogance, l’orgueil et le mépris servant de derniers indicateurs de la chute de l’humanité. Les inégalités, les ambitions sauvages, les tensions politiques et stratégiques réduisent la confiance dans la société locale et globale qui s’étonne de sa perdition. Impossible que le temps et l’espace numérisés d’aujourd’hui et détruisant tout sur son passage, sauvent le monde. Le grand altruisme de nos pères est terminé.

 

ALEZA Sohou, Université de Lomé


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