Impact des systèmes éducatifs nationaux administrés par les enseignants

 

Photo : L'auteur à une soutenance de mémoire de Master en mai 2026 à l’Université de Lomé



Source: Photo prise par un étudiant et offerte ce 22 mai 2026.


Titre long : La crise du développement en Afrique par l’impact des systèmes éducatifs nationaux gouvernés par les enseignants


Un jour le président Vladimir Poutine, me semble-t-il, a interrogé un professeur qui voulait candidater à la tête je pense d’une commune russe, comme quoi un enseignant est-il plus efficace à enseigner ou à administrer une collectivité territoriale ? Parfois les questions sont plus importantes que les réponses, parce que justement, elles permettent de fondamentaliser une doctrine dans un domaine précis de connaissance scientifique. La question pour savoir si l’enseignant engagé comme fonctionnaire pour enseigner, devient-il plus efficace en changeant de carrière dans l’administration d’une structure publique quelconque, fait découvrir l’épaisseur du leadership encyclopédique du président Poutine. Son leadership s’étend de la politique à la guerre en passant par le renseignement, la stratégie, l’économie, les relations internationales et à un autre aspect encore plus stratégique : l’Education. La profondeur de la question de départ m’a poussé à l’observation empirique plus avancée des faits éducatifs en Afrique. L’échec des systèmes éducatifs africains, finalement sans impact sur le processus du développement du continent, n’est pas étranger au pouvoir du corps enseignant dans l’Etat.


1 - Nécessité d’une étude sur l’impact du corps enseignant actif sur l’administration de l’éducation 

L’administration bien organisée et assurée d’un système éducatif national représente une chance et un moyen d’atteindre la qualité de l’éducation, reconnue condition sine qua non pour le développement socio-économique d’un pays. En Afrique, la conception des politiques, programmes et projets du secteur de l’éducation se retrouve presqu’exclusivement entre les mains du corps des enseignants, du fait de leur nomination massive à travers les postes de responsabilité de la bureaucratie des systèmes éducatifs nationaux. Ces enseignants bien que qualifiés dans leur discipline d’enseignement, n’ont pas la maîtrise de l’outil de gouvernance, d’administration et de gestion de l’éducation dans ses composantes primaire, secondaire et supérieure stratégiques à la croissance multidimensionnelle des pays. Le niveau économique du développement du continent, deux générations déjà après les indépendances politiques, n’est pas satisfaisant. Alors l’analyse des causes du retard du pays torche actuellement sur la faiblesse de l’efficacité interne et de l’efficacité externe de l’éducation en Afrique, double efficacité qui dérive elle-même de la cause faisant des enseignants des titulaires de postes décisionnels, conceptuels et exécutoires du secteur éducatif. Il va falloir s’appuyer sur une approche méthodologique combinant des enquêtes quantitatives et qualitatives, à mener auprès des acteurs des systèmes éducatifs locaux et globaux dans l’objectif de mettre en évidence les conséquences de la coutume ancienne de responsabilisation des enseignants hors de leur domaine de qualification, à savoir former pour enseigner et non pour gouverner, administrer et gérer l’éducation formelle.

Les investigations objectives démontreront après inventaire des postes de responsabilité relatifs au fonctionnement des ministères en charge de l’enseignement primaire, secondaire, supérieur, technique, technologique et professionnel dans les pays africains, presque tous ces postes stratégiques, supérieurs et moyens sont tenus par les membres du corps enseignant. Pendant l’exercice des activités de responsabilité, un manque d’ouverture des décideurs du secteur de l’éducation aux autres disciplines scientifiques que les leurs respectives, plongent les pays du continent dans la crise socio-économique du développement et de l’environnement. Pour que les pays se relèvent, l’exigence de la formation des responsables stratégiques, des cadres supérieurs et moyens de la gouvernance et de l’administration de l’éducation s’avère indispensable pour espérer renverser la double courbe descendante de la qualité du système éducatif continental et du taux de croissance du produit africain brut.

 

2 - Les résultats escomptés de l’analyse approfondie sur la question

Les enseignants se retrouvent partout à occuper les postes de responsabilité publics, non seulement au sein du gouvernement, mais de la gouvernance, de l’administration, de la planification et de la gestion des ministères en charge de l’éducation nationale, de la formation technique, technologique et professionnelle. Si les enseignants sont qualifiés dans leur discipline d’enseignement, une question les dépasse, à savoir aligner le système éducatif sur les besoins en main-d’œuvre, la demande socio-économique et le principe coût-avantage de la formation. Beaucoup d’enseignants occupent des postes clés de l’éducation en Afrique sans une formation stratégique en politiques éducatives, leadership, gouvernance, administration, planification et gestion de l’éducation.

Nul ne rentre dans le système de santé publique, s’il n’est médecin, assistant, infirmier d’Etat, sage-femme, infirmier, garde-malade, etc…, par analogie il devrait être ainsi dans le secteur de l’éducation en Afrique. Ce secteur clé des Etats, malheureusement ne dispose qu’un seul métier, en l’occurrence celui de l’enseignant. Alors qu’au moins trois composantes majeures s’imbriquent dans la dynamique du fonctionnement harmonieux d’un système éducatif national à savoir: l’enseignement, la recherche et l’administration de l’éducation elle-même. Donc l’enseignement aux enseignants. La recherche aux chercheurs. L’administration de l’éducation aux administrateurs de l’éducation. Un seul corps de métier ne peut tenir le fonctionnement général d’un système éducatif, à savoir celui exclusif de l’enseignant. La pauvreté, la misère et le retard économique qui frappent dangereusement plusieurs pays africains dérivent probablement de l’échec des systèmes éducatifs nationaux devenus de véritables usines à chômeurs et sous-employés. Les enseignants au pouvoir des systèmes scolaires et universitaires ne savent pas très bien aligner l’Education sur les besoins sociétaux des pays africains.

L’expérience de deux générations historiques conduit à comprendre que les postes stratégiques, supérieurs et moyens dans le fonctionnement des systèmes éducatifs africains occupés par les enseignants comporte une conséquence douloureuse : la reconduction des mêmes modèles éducatifs hérités du passé sans capacité de réformes majeures des systèmes scolaires et universitaires. Cela dure depuis l’accession des pays africains à l’indépendance politique. Les systèmes éducatifs nationaux actuels demeurent des vieux héritages de modèles éducatifs des anciennes puissances coloniales. Alors que ces dernières, à la suite de réguliers DSE - diagnostics du système éducatif, modifient régulièrement leurs propres systèmes d’éducation en fonction de l’évolution du marché du travail.

L’éducation en Afrique souffre alors des impacts et effets d’une carence généralisée de compétences en conception de politiques éducatives efficaces, de programmes et de projets éducatifs pertinents, de montage des données réelles sur l’éducation, d’analyse sans concession des données, etc. Les divers menaces et risques qui pèsent sur l’efficacité interne et l’efficacité externe des systèmes éducatifs nationaux semblent clairement liés à la pratique pérenne de responsabilisation massive des enseignants à travers les différentes structures des écoles, collèges, lycées et universités. Depuis l’indépendance des pays africains, peu de décisions vraiment meilleures a été pris dans le domaine de l’éducation à cause de l’absence d’éclairage scientifique objectif des analystes sur la question. Et cela continue au détriment du continent africain en demande de ressources humaines de plus en plus pointues. Débaucher les enseignants de leur poste d’enseignement des disciplines, pour diriger des structures dans le paysage stratégique de l’éducation constitue une mauvaise option managériale publique. Alors que ces enseignants d’abord en déficit dans les établissements scolaires et universitaires, ensuite manquent souvent de compétences en gestion, administration, planification, gouvernance, budget, ressources humaines, logistique, infrastructures, structures et superstructures en lien avec le pilotage efficace et efficient des systèmes éducatifs. Les administrations de l’éducation africaines ont toujours été catastrophiques parce que justement tenues par les enseignants, sans capacité en prospective stratégique, sans vision macroéconomique dans un lien général entre système éducatif, marché du travail et innovation technologique. La vision stratégique en focus dans les sciences de l’administration de l’éducation apparaît essentielle pour le succès du développement économique toujours en genèse uniquement dans un cas, à savoir un système éducatif national effectivement performant, productif, excellent et rayonnant. L’affaiblissement des postes stratégiques et de direction d’un système éducatif, car tenus par les enseignants au lieu des administrateurs professionnels avérés de l’éducation, des économistes de l’éducation spécialisés, des statisticiens et architectes de données de l’éducation, a privé l’Afrique de moyen de reproduction des ressources humaines qu’il faut pour l’entreprise du développement économique sur le continent. En clair, la formation des spécialistes de l’administration de l’éducation reste le facteur différenciant un enseignant quelconque qualifié dans une discipline et un administrateur scolaire et universitaire spécialisé. 


Conclusion

Depuis l’indépendance des pays africains, les gouvernements successifs ont démembré le corps enseignant pour cantonner une première catégorie dans la carrière de l’enseignement et une autre dirigée vers l’administration de l’éducation, cela sur le tas. Le schéma a provoqué un système scolaire, universitaire, bref éducatif en déconnexion totale des finalités sociétales du développement des pays. Les enseignants sans performance stratégique dans les structures publiques de l’éducation, raisonnent souvent en termes propres de leur discipline d’origine ou de pédagogie ou encore de style de classe, encore et encore d'élévation du niveau général des écoliers, élèves et étudiants. En oubliant les besoins de l’Etat lui-même, des entreprises, de l'évolution du marché du travail, de l'insertion professionnelle, d’innovation technologique, bref l’impact systémique de l’appareil éducatif sur les nations.

 


ALEZA Sohou, Université de Lomé

 

 

 


Commentaires

  1. Cet article met en lumière une problématique cruciale : la confusion entre le métier d’enseignant et celui d’administrateur de l’éducation en Afrique. Vous soulignez que la nomination massive des enseignants à des postes stratégiques dans les ministères et structures éducatives a conduit à une gouvernance déficiente, incapable d’aligner l’éducation sur les besoins socio-économiques et le marché du travail.

    Points clés de l’article:

    • Constat initial : Les enseignants, bien que compétents dans leur discipline, manquent de formation en gouvernance, administration et planification éducative.
    • Consequence : Les systèmes éducatifs africains reproduisent des modèles hérités de la colonisation, sans réforme majeure, ce qui alimente homage et sous-emploi.
    • Analogie forte : Comme dans la santé où seuls les médecins et infirmiers administrent, l’éducation devrait avoir ses propres administrateurs spécialisés.
    • Proposition : Former des administrateurs professionnels de l’éducation (économistes de l’éducation, statisticiens, planificateurs) pour rompre avec l’improvisation actuelle.
    • Impact politique : Depuis les années 1990, la priorité des pouvoirs publics s’est déplacée vers leur survie électorale, aggravant la crise éducative.
    Un passage résume bien cette analyse :

    « Un seul corps de métier ne peut tenir le fonctionnement général d’un système éducatif, à savoir celui exclusif de l’enseignant. »

    Analyse critique

    Ce texte s’inscrit dans une réflexion stratégique sur la gouvernance éducative. Il met en évidence une carence structurelle : l’absence d’une professionnalisation de l’administration de l’éducation. Vous proposez une séparation nette des rôles — enseignants pour enseigner, chercheurs pour produire la connaissance, administrateurs pour gérer — ce qui rejoint les standards internationaux où l’éducation est pilotée par des spécialistes en politiques publiques et en économie de l’éducation.

    Pistes de prolongement

    • Étudier des cas comparatifs (ex. Rwanda, Ghana, Chine) où la gouvernance éducative a été professionnalisée.
    • Développer un cadre méthodologique pour mesurer l’efficacité interne (qualité des apprentissages) et externe (adéquation au marché du travail).
    • Proposer un modèle institutionnel africain qui intègre la multidimensionnalité de l’éducation (enseignement, recherche, administration) et qui rompe avec la dépendance aux modèles coloniaux.

    En somme, votre document plaide pour une révolution managériale dans l’éducation africaine : sortir de la logique de l’enseignant-administrateur pour instaurer une gouvernance scientifique et stratégique.

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  2. Véritable instruction de l’article-blog, vos appréciations, analyses et commentaires non seulement encouragent le projet derrière l’article, mais le nourrissent et le renforcent par les propositions constructives, par exemple rendre la présente recherche un peu comparative. J’avoue qu’au début, j’avais peur de jeter un pavé dans la mare! Votre intervention me rassure et cela me conduit à exploiter vos additions adroites et vos pistes d’enrichissement du projet pour convaincre davantage d’analystes. En vous remerciant de votre temps donné pour la lecture de l’article-blog et surtout pour l’écriture de la longue intervention.

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