Pratiques éducatives : freins à la concurrence et à l’excellence. Une analyse systémique du modèle togolais, Partie 2
Résultats partiels de l'étude sur la compétition académique dans les établissements scolaires et universitaires au Togo
( SUITE)
Photo : L'auteur dans son université d'attache
Source : Ressources personnelles.
Introduction
La concurrence et l’excellence scolaire puis
universitaire, même si elles ne captent pas directement l’attention de tous les
partenaires des systèmes éducatifs nationaux en Afrique, elles n’en demeurent
pas moins des conditions de rayonnement des institutions éducatives en lien
avec le vaste programme d’émergence économique des Etats du continent. En
effet, la mondialisation de l’éducation, la mobilité croissante des étudiants
et l’universalisation de plus en plus des diplômes de formation, voudraient que
tous les systèmes éducatifs des régions se valent. Si la concurrence éducative
se définit comme une rivalité positive entre les élèves, les étudiants, les
classes, les niveaux de formation, les établissements d’enseignement, etc… en
vue de meilleurs résultats d’apprentissage, de notes d’évaluation, de rangs, de
classement, de prestige, bref d’assurance efficacité interne, externe, elle coopère
et se complète par l’excellence éducative qui vise l’atteinte d’un haut niveau
de maîtrise des connaissances, des savoirs, des compétences, des valeurs et du
développement personnel des apprenants en course vers les carrières nationales
ou internationales. L’excellence éducative se comprend ainsi, non pas seulement
par la satisfaction des besoins du marché interne, mais ceux du marché global. Voilà
que dans plusieurs systèmes éducatifs africains comme celui du Togo, la culture
de concurrence et d’excellence scolaire puis universitaire, d’une part entre
élèves et d’autre part entre étudiants régresse substantiellement en raison de
certains facteurs structurels. La compétition scolaire
et universitaire qui véhicule un mécanisme social et éducatif incitant les
apprenants à performer dans les unités d’enseignement scolaires puis
universitaire, n’est plus en vigueur dans le pays. Après avoir tout essayer
pour résoudre les crises que traverse le Togo, certains prônent le retour d’une
société éducative à hiérarchiser en fonction réellement du mérite intellectuel de
ses usagers pour garantir l’avènement de la qualité de l’éducation, puis par
celle-ci l’économie du développement national. Sachant qu’au niveau non
seulement du système éducatif togolais, mais de ceux des différents pays
francophones, le défi de la qualité des formations par la recherche de
l'excellence dans l’instruction publique se pose actuellement (L. B. Ngouo,
1995). Les statistiques
du Groupe de la Banque Mondiale (2025), établissent que l’Afrique subsaharienne
a réalisé une poussée quantitative et rapide en matière d’élargissement de
l’accès à l’éducation, toutefois elle reste à la traîne par rapport aux autres
régions du monde. Et là n’est pas la problématique éducative. Celle-ci se situe
au niveau des apprentissages scolaires et universitaires réels, en effet les
plus faibles de la Planète. D’après les estimations, 80% des enfants âgés de 10
ans dans la région souffrent de la pauvreté des apprentissages, c’est-à-dire
d’une incapacité à lire et à comprendre un texte simple (Groupe de la Banque
Mondiale, 2025, p. 2).
Au Togo, malgré les réformes éducatives engagées depuis plusieurs années et les efforts consentis par les pouvoirs publics, de nombreux établissements scolaires et universitaires continuent de faire face à des difficultés structurelles et pédagogiques souvent critiques lorsqu’il s’agit des acquis d’apprentissage. Les performances éducatives des apprenants ne correspondent pas toujours aux standards internationaux ni aux attentes du marché du travail. La situation soulève de profondes interrogations relatives aux pratiques éducatives, aux méthodes d’enseignement, aux conditions d’apprentissage, à l’encadrement des apprenants et aux comportements des différents acteurs du système éducatif. Des études existantes et bien abondantes se focalisent sur l’accès à l’éducation avec ses forts taux de scolarisation primaire, secondaire, voire supérieur et sur l’exhibition des infrastructures scolaires et universitaires comme preuves du succès du système éducatif local. A l’inverse l’observation empirique des faits éducatifs et les analyses sérieuses démontrent une baisse continue de l’effectivité des apprentissages dans le système éducatif national. En effet, le système éducatif togolais bien qu’en expansion quantitative peine à instaurer une culture de concurrence et d’excellence éducative saine, rationnelle au sein des établissements scolaires puis universitaires. Au bénéfice de la maîtrise nationale de la course à l’armement scientifique, technique et technologique discrètement déclarée entre les pays du monde. Cependant les performances et rendements académiques stagnent ; les décrochages scolaires et universitaires s’accroissent avec un taux général de 37% dans le secondaire en Afrique subsaharienne (UNESCO, 2022) où se situe le Togo. Dans la même zone commune, l’inadéquation entre formation-emploi se manifeste seulement par 28% des diplômés africains jugés « employables » (BAD, 2021). Alors que la concurrence et l’excellence académique entre les élève et les étudiants sont souvent considérées comme motrices des meilleurs résultats éducatifs associés au rayonnement scolaire puis universitaire dans certaines régions du monde, elles demeurent institutionnellement écartées au Togo avec des conséquences observables sur la baisse continuelle du niveau d’apprentissage des élèves et étudiants. La compétition intra-établissement d’enseignement à savoir entre les collèges, les lycées et les universités du pays n’existant pas malgré son potentiel transformateur, elle semble séparée de notre préoccupation actuelle en faisant uniquement focus sur les pratiques socio-éducatives hostiles à la concurrence et à l’excellence éducative. Pour résoudre l’équation scientifique ainsi définie, la recherche fait appel, dans un premier temps, à un cadre méthodologique précisant les méthodes et instruments de collecte et de traitement des données. Dans un second temps, l’analyse des données de terrain identifient les causes de la faiblesse de la concurrence et de l’excellence scolaire puis universitaire. Enfin une discussion s’implantera pour comparer les résultats de l’actuelle étude et ceux des travaux antérieurs.
1
- Méthodologie de recherche
Pour se lancer dans une aventure scientifique
comme celle-ci, il vaut mieux rendre précis dès le départ les outils de
recherche propres à cerner la place de la concurrence et de l’excellence
scolaire puis universitaire dans le rayonnement des institutions éducatives et
la reproduction des ressources humaines compétentes. À part l’approche
documentaire, les méthodes
quantitative et qualitative s’unissent
pour rassembler des données pertinentes existantes sur les
causes de la faiblesse de la culture de l’excellence académique
au Togo en vue de leur analyse
et interprétation en relation avec les interrogations du
travail. La recherche est menée dans les établissements scolaires et
universitaires du Grand-Lomé. Les élèves, les étudiants, les enseignants
des écoles, collèges, lycées publics et privés, les proviseurs, les professeurs
d’université de Lomé, les administrateurs de l’éducation, les parents d’élèves
et d’étudiants composent le groupe-cible de la recherche. Alors sur la base
d’un échantillonnage probabiliste, notamment aléatoire simple, l’enquête
quantitative s’est faite auprès 346 élèves, étudiants, enseignants,
administrateurs et parents comme l’indique le tableau ci-dessous.
Tableau 1 : Taille de l’échantillon quantitatif
|
Profil des enquêtés |
Effectif |
Pourcentage |
|
Élève/Étudiant |
157 |
45% |
|
Parent |
50 |
14% |
|
Enseignant |
125 |
36% |
|
Administrateur |
14 |
5% |
|
Total |
346 |
100% |
Source : Travaux de terrain, 2025.
Dans le but de pouvoir récolter une diversité d’opinions pour une meilleure triangulation de données, trente-six (36) entretiens ont été réalisés dont vingt-cinq (25) individuels, puis onze (11) de groupe avec les différents acteurs concernés. Le tableau ci-après montre clairement les entretiens effectués.
Tableau 2 : Entretiens individuels et de groupe réalisés
|
Entretiens individuels (EI) |
Discussion de groupe (DG) |
|
|
Élèves du collège
public |
2 |
1 |
|
Élèves du collège
privé |
2 |
1 |
|
Élèves du lycée public |
2 |
1 |
|
Élèves du lycée privé |
2 |
1 |
|
Enseignants du collège |
2 |
1 |
|
Enseignants du lycée |
2 |
1 |
|
Étudiants |
3 |
2 |
|
Parents |
3 |
2 |
|
Administrateurs |
4 |
1 |
|
Enseignants
d’université |
3 |
0 |
|
Total |
25 |
11 |
Source : Travaux de terrain, 2025.
Des grilles d’observation, des occasions de visites de classes, d’observation directe et participative de certaines séances de cours ont été utilisées pour se rendre compte des réalités de pratiques éducatives, pédagogiques et administratives venant des apprenants que des partenaires du système éducatif. En vue de traiter l’ensemble des données quantitatives, l’étude a fait recours au logiciel SPSS pour le traitement et la tabulation. Le logiciel Excel a permis la conception de graphiques et tableaux. Les données qualitatives collectées, transcrites, apurées, recoupées ont subi une analyse par intérêt thématique avec valorisation des verbatimes issus des participants aux divers panels de l’enquête de terrain.
2 – Résultats : Carence
de la culture de concurrence et d’excellence
éducative en dépit de son potentiel transformateur
L’excellence
académique, non seulement rend ceux qui la possèdent attractifs dans
la société, mais elle dépend d’une valeur, la concurrence entre les élèves et
les étudiants dans les établissements scolaires puis universitaires.
Plusieurs positions scientifiques l’attestent à l’issue d’une fouille
documentaire avancée.
2.1 – Pratiques nuisibles à la concurrence et à
l’excellence éducative : étalons scientifiques de références
A la recherche de la définition du concept de
l’excellence dans le domaine de l’éducation, G. Éthier avance qu’elle existe
lorsque l'institution « est capable d'amener chaque étudiant à atteindre
les objectifs d'apprentissage du programme d'éducation à un niveau approprié et
réaliste de réussite, mais aussi aux limites de ses capacités personnelles »
(G. Éthier, 1989, p. 20). Cependant le moteur de la réalisation des
performances éducative revient aux processus de confrontation
intellectuelle constructives entre les élèves, les étudiants, les classes, les
niveaux, les établissements d’enseignement en vue de meilleurs résultats,
notes, classements et prestige social. Dans une contribution conceptuelle,
la collaboration de M. Azizoun illustre
que l’intérêt à l’excellence éducative répond au changement que connaissent les
politiques éducatives qui glissent d’une logique macro-scolaire visant en
premier lieu la démocratisation de l’éducation par la généralisation de l’accès
à l’école, en l’occurrence l’enseignement secondaire et supérieur, à une
logique de formation d’un capital humain hautement qualifié, susceptible de
relever de nouveaux défis, d’affronter les contraintes des environnements local
et international, et de bénéficier des opportunités qu’ils offrent (M. Azizoun
et al, 2024, p. 330). Parce que le XXIe siècle tel qu’illustré par le sociologue
marocain Mohamed Cherkaoui « sera celui d’une société et d’une économie
fondées sur le savoir et portées par une nouvelle classe douée d’un style de
vie et d’un ethos inédits » (M. Cherkaoui, 2010 p. 10). Les gouvernements de certains pays d’Afrique
comprennent bien l’importance des récompenses individuelles à accorder aux meilleurs
élèves et étudiants. L’étude de cas du Royaume du Maroc illustre la réalité de
la culture de la concurrence et de l’excellence éducative. Au Maroc, nombreuses
sources affirment que si les étudiants marocains obtiennent de prestigieuses
bourses d’études, c’est grâce à l’excellence scolaire et universitaire instaurée
dans le système éducatif national. Le pays accepte dans ses institutions
éducatives, les meilleurs étudiants étrangers pour la simple raison de la conformité
du geste avec la culture de l’excellence éducative fortement enracinée dans le
système éducatif du pays. Les analyses des auteurs mentionnent que cette
culture paraît acquise au prix de la participation des élèves et étudiants
marocains à des compétitions académiques aussi bien nationales qu’internationales.
D’après M. Azizoun (2020) et ses collègues, depuis plusieurs décennies, la
présence des étudiants marocains devient régulière dans la concurrence
éducative locale, régionale et globale. En effet, ces dernières années, les
étudiants marocains ont une fois de plus prouvé leur excellence sur la scène
internationale en maîtrisant le concours d'entrée à la prestigieuse école
d'ingénieurs française "Polytechnique", devançant les étudiants
d'autres nationalités. Fondée pendant la Révolution française en 1794, l’objectif
principal de l’Ecole Polytechnique consiste à former des ingénieurs et scientifiques
pour la nation. Tout au long de son histoire, cette école a joué un rôle clé
dans l'évolution des domaines de la science, de l'ingénierie et de la
technologie à l'échelle mondiale. L’institution attire les meilleurs étudiants
des quatre coins du monde qui recherchent l'excellence académique, et elle
propose un large éventail de formation, notamment en mathématiques, physique et
informatique. Alors, parmi les 60 étudiants étrangers ayant réussi au concours
d’entrée, 41 Marocains ont obtenu une place dans cette école d’élite réputée
pour la qualité de son enseignement et son excellence académique. Les
résultats marocains soulignent non seulement les capacités exceptionnelles des
étudiants du Maroc, mais aussi leur aptitude à exceller à l'échelle
internationale. Outre les étudiants marocains, 10 étudiants tunisiens ont
également réussi l'examen d'entrée à l’Ecole Polytechnique. Les 9 autres
étudiants viennent d'Algérie, d'Autriche, du Canada, du Chili, de Chine, du
Congo, du Liban, de Roumanie et de la République tchèque. En 2022, selon
Morocco World News, 24 diplômés de l'institut scientifique du Maroc ont été
admis dans des écoles d'ingénieurs françaises, consolidant ainsi la réputation
du système d'enseignement marocain. L’exemple des jeunes Marocains admis à
l'École Polytechnique de Paris a sa source dans la concurrence et l’excellence
éducative faites de pratiques formelles positives en lien avec l’objectif
central d’amélioration régulière des performances individuelles et collectives
dans les établissements d’enseignement (https://www.atalayar.com/fr/articulo/societe/lexcellence-academique-marocaine-triomphe-france/20230803154702189152.html).
D’autres sources d’auteurs complètent la concurrence et les olympiades
inter-établissements très agissantes dans la production de l’excellence
académique conforme au désir de la société de disposer d’un système éducatif performant.
Les systèmes éducatifs de référence
priorisent ainsi la culture de la compétition et de l’excellence scolaire puis universitaire.
A l’instar du Maroc, pourquoi le système éducatif togolais se perd dans les
réformes de massification et de l’égalitarisme éducatif des élèves et des étudiants.
Par refus institutionnel d’instaurer l’excellence éducative, par la concurrence
scolaire puis universitaire le pays remet en cause son potentiel transformateur
dans la formation rationnelle du capital humain effectivement compétent pour
l’œuvre du développement.
2.2- Faiblesse de l’excellence scolaire et universitaire par déficience
de pratiques éducatives de concurrence
Au Togo, plusieurs facteurs conduisent à freiner
l’émergence de la culture de concurrence et de l’excellence en milieu scolaire
puis universitaire. A part le manque pur et simple de plan ou programme formel
pour la promotion de la performance éducative, figurent l’absence de pratiques
pédagogiques promouvant rivalités positives dans les salles de cours et
d’évaluation, les pratiques de corruption en généralisation dans le système
éducatif, les conditions d’apprentissage défavorables et la faible
employabilité des diplômés.
2.2.1 - Défaillance
de la formation initiale des enseignants
embauchés et recours massif aux enseignants volontaires sans qualifications
pédagogiques
Depuis bien longtemps, le système éducatif national s’est
appuyé considérablement sur les enseignants volontaires n’ayant pas eu de
formation pédagogique encore moins une formation initiale complète avant leur
affectation dans les établissements d’enseignement. Non reconnus par l’Etat,
ils se rémunèrent symboliquement par dons des communautés locales. Bien que
l’Etat togolais mène des concours de recrutement pour résorber le déficit en
ressources humaines enseignantes, le manque de formation initiale et continue
des vagues successives d’enseignants fonctionnaires recrutés constitue un frein
majeur direct à la qualité globale de l’enseignement et à la valorisation de
l’excellence éducative par concurrence éducative. L’une des conditions de la
qualité de l’enseignement scolaire répandant l’excellence éducative, repose sur
un programme systématique de formation initiale de tout le corps enseignant. A
cause du fait que la reproduction des ressources compétentes du pays, se base
sur la catégorie socioprofessionnelle enseignante. Les données quantitatives et
qualitatives mises à la disposition de l’enquête identifient principalement la
carence de la formation initiale des enseignants, surtout en matière de
pratiques éducatives favorisant la concurrence et l’excellence éducative entre
les élèves.
Graphique 1 : Accès des enseignants de l’enseignement primaire et secondaire à la formation pédagogique initiale
Source : Travaux de terrain, 2025.
Les données du graphique pointent du doigt une proportion démonstrative de 56,8% d’enseignants, tous ordres confondus de niveaux d’enseignement, déclarant n’avoir jamais bénéficié d’une formation initiale avant la prise de service public dans un établissement d’enseignement, encore moins d’un programme pédagogique particulier de formation en concurrence et excellence éducative entre élèves. Une prise de parole d’un premier responsable d’établissement scolaire a suffisamment éclairé la situation pédagogique générale du corps enseignant :
« Plusieurs
enseignants de notre collège n’ont pas été formés dans une école normale avant
leur prise de fonction. Ils enseignent avec leurs compétences académiques.
Avant de connaître les astuces pertinentes pour promouvoir l’émulation et
l’excellence en classe, il faut nécessairement passer par une école normale de
formation des enseignants » (propos d’un directeur d’un CEG à Lomé).
Les pratiques éducatives promouvant la compétition et
l’excellence scolaire font cruellement défaut dans les prestations enseignantes
en classes. La question de l’excellence académique préoccupe faiblement les
décideurs éducatifs publics pour développer des plans, programmes et projets
pédagogiques de développement des performances des élèves, confient plusieurs participants
à l’actuelle enquête. Dans la mesure où le pays n’arrive pas à offrir une
formation initiale classique à tous les enseignants avant leur prise de
fonction dans les établissements d’enseignement. L’auto-formation pédagogique
sur le tas et l’effet d’ancienneté des enseignants du primaire et du secondaire
restent discrètement l’arrangement informel que l’État applique sur ses
ressources humaines dans les établissements d’enseignement et même dans
l’administration et la gestion du système éducatif (S. Aléza, 2021, p. 261). Suspendu de longues années, la reprise du programme
de formation initiale de la nouvelle génération de candidats à la carrière
enseignante semble être une réponse aux persistantes recommandations des études
faites sur le système éducatif local. Toutefois, l’on ne comprend pas pourquoi
les acteurs publics recrutent encore des enseignants du primaire et secondaire sur
la base seulement du diplôme académique. Alors que plusieurs élèves-professeurs
diplômés de l’École Normale Supérieure (ENS) d’Atakpamé et des Écoles Normales
de Formation des Professeurs d’Ecoles (ENFPE) du pays se retrouvent abandonnés
en chômage. Auparavant, les diplômés de l’ENS et des ENFPE gagnaient automatiquement
les postes de fonctionnaires-stagiaires dans les établissements d’enseignement
publics. Une autre barrière se dresse aujourd’hui sur le parcours des diplômés
des écoles pédagogiques l’obligation de passer un concours national de
recrutement dans la fonction publique de l’éducation nationale, nonobstant les
besoins immenses en ressources humaines qualifiées pour le secteur éducatif. Si
l’État manque de moyens financiers pour recruter tous les élèves-professeurs
diplômés des écoles pédagogiques, compte tenu de leur profile disponible sur le
marché du travail éducateur, il vaut mieux organiser des concours d’entrée dans
la carrière enseignante uniquement pour les diplômés des écoles de formation
initiale du corps enseignant. Dans l’objectif de maintenir la qualité de
l’éducation nationale actuellement en chute libre, et avec elle toutes les
pratiques éducatives favorables à la concurrence et à l’excellence éducative.
Parce que les élèves-professeurs diplômés disposent de compétences pédagogiques
et des stratégies de promotion des rivalités positives dans les salles de cours
et d’évaluation. D’après S. Aléza (2021), la demande de formation initiale en
pédagogie pour les enseignants du primaire et du secondaire reste primordiale lorsqu’on
vise la qualité de l’enseignement, des apprentissages et des acquisitions
cognitives dans les écoles, collèges et lycées du pays. Seuls les enseignants
formés, donc outillés de pratiques éducatives modernes reçues dans les écoles
normales, ont la puissance de produire des résultats palpables dans les
établissements primaire et secondaire rassemblant écoliers, collégiens et
lycéens. Les pratiques éducatives pertinentes permettront aux apprenants de
connaître un développement psychologique, cognitif et socioaffectif digne d’une
société en modernisation. Sinon le recrutement des enseignants par concours
publics sur la base unique de diplôme académique, contient un biais dans la
constitution d’un corps enseignant qualifié, expérimenté pour le poste
d’enseignement national. Toute stratégie de formation sur le tas des
enseignants retarde le développement de l’éducation et de l’excellence en milieu
scolaire. Le manque de formation initiale des enseignants représente une
catastrophe pour l’éducation nationale. Une panéliste de l’enquête sur le sujet
tient une position éloquente sur le paysage éducatif local : « Plusieurs
enseignants ne disposent pas de compétences pédagogiques solides. Le rôle de la
plupart se limite de nos jours à la transmission des enseignements. La création
d’une atmosphère de concurrence entre les apprenants échappe aux enseignants »
(propos d’une administratrice de l’éducation).
2.2.2 - Défaillance de la formation initiale des
enseignants-chercheurs de l’enseignement supérieur
À l’image des enseignants de l’enseignement primaire et secondaire,
la question de la formation initiale des enseignants-chercheurs de
l’enseignement supérieur devient autant préoccupante. En réalité, les
enseignants-chercheurs des universités ne reçoivent aucune formation initiale
avant leur prise de fonction à travers facultés, écoles, instituts, etc… même
si pour certaines formalités liées à la gestion de leur carrière, ils suivent
maintenant un séminaire de quelques jours de formation dans l’objectif de disposer
d’une attestation formelle de baptême au feu à la pédagogie de l’enseignement universitaire.
Tous sont recrutés dans les universités sur la base de leurs diplômes
académiques reçus à travers les premier, deuxième et troisième cycles ou le
système LMD, Licence-Master-Doctorat. Lorsqu’il s’agit des questions cruciales
relatives aux pratiques éducatives promouvant la compétition et l’excellence
universitaire, elles sont inconnues presque de la majorité du corps enseignant
de l’enseignement supérieur. Si les professeurs d’université ont des diplômes
académiques requis pour enseigner dans les structures universitaires, la
formation initiale, pédagogique et continue en plus les nécessaires voyages
d’études et de découvertes manquent atrocement à la catégorie socioprofessionnelle
universitaire. L’absence de la formation initiale et continue prive les
enseignants-chercheurs des pratiques éducatives innovantes favorisant
consciemment la concurrence et l’excellence universitaire entre les étudiants.
Les effets de la carence de formation initiale à l’endroit des professeurs
d’université transparaissent dans les propos d’un responsable du Centre de
pédagogie universitaire (CEPU) récemment créé : « plusieurs enseignants
d’université ne savent pas formuler les objectifs de leurs unités d’enseignement.
Ils manquent également de stratégies pour gérer les étudiants dans les
amphithéâtres afin de les amener à s’intéresser et participer aux cours
dispensés ». Alors, intervient un enseignant-chercheur à juste
titre :
Beaucoup
des enseignants du supérieur n’ont pas la vocation d’enseigner. Donc pour
qu’ils soient efficaces dans la fonction, ils ont besoin d’une formation
initiale. Avoir le diplôme de Doctorat ne veut pas dire qu’on est prêt pour
enseigner dans les universités parce que gérer un amphi, mettre les étudiants
en confiance, motiver les étudiants pour mieux assimiler les cours afin de bien
valider les unités d’enseignement ne s’acquièrent que par la formation initiale
et pédagogique des enseignants du supérieur (propos d’un enseignant-chercheur).
Si J. Marchand (2000, p. 204) exige que « les
compétences lacunaires des enseignants doivent être renforcées, pour donner une
assise professionnelle à leur expérience », c’est parce que la
formation initiale demeure une étape nécessaire d’acquisition des techniques de
la pédagogie pour permettre de mieux transmettre les connaissances, les savoirs
et les valeurs aux étudiants en vue de leur croissance intellectuelle, scientifique
et technique. La
défaillance de la formation initiale des enseignants du supérieur conduit ce
corps à se prendre lui-même en charge par ses propres pratiques éducatives, souvent
subjectives. Ce qui impacte négativement les préparations des cours à dispenser,
la qualité de la transmission
des apprentissages pendant l’enseignement puis la gestion de la
compétition et de l’excellence universitaire entre les étudiants. Au cours des
entretiens individuels et de groupe, une proportion édifiante d’étudiants de
l’Université de Lomé exprime que la plupart des enseignants-chercheurs ne les
motivent pas à être excellents dans leur carrière universitaire. Pour certains
étudiants : « La préoccupation première de nos enseignants, c’est
de vite terminer le programme pour passer à autre chose. Qu’un étudiant valide
brillamment ses unités d’enseignement ou pas, ce n’est pas leur problème »
(propos d’un étudiant du Département de Chimie, Université de Lomé). Un autre
étudiant atteste les propos des prédécesseurs :
Nos
enseignants n’ont pas notre temps. Rares sont ceux qui nous motivent et nous
encouragent à valider brillamment les matières et exceller dans les études.
C’est seulement deux professeurs de notre Département qui nous expliquent
souvent les conditions de sélection pour les études ultérieures de grades de Master
et Doctorat. Les autres viennent seulement pour dispenser les cours, puis partir »
(propos d’un étudiant du Département de Sociologie).
Par ailleurs, il manque d’activités autour des exercices sous
forme de travaux dirigés, des examens blancs préparant les étudiants aux
conditions réelles des examens semestriels ; cela pouvait aider les enseignants
à identifier les lacunes des étudiants puis les corriger. Les moments
d’évaluation répétée de connaissances acquises par chaque étudiant, peuvent
servir de signal d’alerte pour intensifier la préparation aux évaluations
finales. A entendre les opinions venant des étudiants, elles lèvent le voile
sur le fait que plusieurs enseignants-chercheurs n’organisent pas des examens
d’essai à l’endroit des étudiants, occasion pour ces derniers de se préparer
aux évaluations dans un contexte réel. Après la période de Covid-19, les travaux dirigés tendent à disparaître carrément dans le
dispositif de formation universitaire. Ces travaux dirigés assurent les
étudiants de traiter des sujets et des exercices, de participer aux séances de
questions-réponses sous la direction de l’enseignant-chercheur, cela pour mieux
se préparer aux examens finaux des fins de semestres. Les pratiques éducatives
préparatoires aux examens se réduisent d’année en année et les étudiants se
retrouvent seuls face à leurs cours magistraux sans exercices d’application.
2.2.3
- Conditions défavorables d’apprentissage bannissant la concurrence et l’excellence
académique
A part l’importance de la formation initiale du corps
enseignant dans le système éducatif, plusieurs autres facteurs minent le
progrès de la qualité de l’éducation. Il s’agit d’effectifs pléthoriques
d’élèves et d’étudiants dans les salles de cours et dans les amphithéâtres à
cause du déficit en ressources éducative : capital humain compétent,
ressources matérielles, financières, infrastructures, structures,
superstructures, nouvelles technologies de l’information et de la communication
(NITIC), intelligence artificielle (IA), etc.
Tableau 3: Opinion des enseignants à propos des obstacles minant la concurrence et l’excellence éducative
|
Freins |
Effectif |
Pourcentage |
|
Classes à effectifs pléthoriques |
40 |
32% |
|
Manque de ressources éducatives et accès
aux NTIC et à l’IA |
29 |
23,2% |
|
Système d’évaluation hors de la competition
de la stimulation entre les élèves et
les étudiants |
26 |
20,8% |
|
Activités et processus d’apprentissage
faibles en termes de concurrence et d’excellence éducative |
11 |
8,8% |
|
Autres |
19 |
15,2% |
|
Total |
125 |
100% |
Source : Travaux de terrain,
2025.
Le degré de dénuement des établissements scolaires et universitaires entame nettement les motivations, les émulations venant des enseignants vers les élèves et étudiants. Alors le mental des apprenants ne peut se concentrer sur les
activités et processus d’apprentissage encore moins l’expression des challenges du milieu scolaire et universitaire, à savoir la concurrence et l’excellence éducative. Pour les enseignants enquêtés, la majorité relative de 32% évoquent les classes à effectifs
pléthoriques difficiles à gérer, suivies du manque de ressources
éducatives et d’accès aux NTIC et à l’IA avec un pourcentage
de 23,2% des enseignants. Le système d’évaluation hors de la competition, de la stimulation des élèves et étudiants, occupe une proportion de 20,8%, tandis que 11% du taux des enquêtés relève la faiblesse des activités et processus d’apprentissage, en termes de
concurrence et d’excellence éducative. En détail, il
s’agit du manque d’infrastructures scolaires et universitaires adéquates, de la carence de livres, manuels scolaires et universitaires, du défaut d’apprentissage des NTIC, de l’IA, etc. En conséquence, cette longue liste de facteurs préjudiciables à la qualité de l’éducation dans le pays, conduit à la crise générale d’apprentissage d’une part et l’affaiblissent de la concurrence et de l’excellence éducative d’autre part. Avec la mesure de la gratuité des frais scolaires dans l’enseignement primaire et secondaire public, les effectifs des apprenants ont augmenté à tous les niveaux éducatifs donnant lieu aux classes et amphithéâtre pléthoriques impossibles à administrer. Malgré cela, la quantification des effectifs éducatifs dans le pays donne l’illusion de la démocratisation à tous les niveaux de l’accès à l’éducation. Les effectifs pléthoriques dans les salles de cours non
seulement bloquent les initiatives à la performance des apprenants, mais
n’encouragent pas les enseignants à tester périodiquement les compétences
acquises par les élèves et étudiants. En principe suivant plusieurs
enseignants, les élèves doivent être soumis à un test à la fin de chaque
chapitre d’enseignement afin d’évaluer le niveau d’acquisition de chaque
apprenant. Malheureusement les classes souvent surchargées découragent les
enseignants à organiser des tests de vérification d’acquis des apprenants.
L’élément transparaît dans la déclaration d’un enseignant de mathématiques :
« Au-delà des exercices d’application, l’enseignant doit soumettre les
élèves à une interrogation à la fin de chaque chapitre, mais cela n’est pas le
cas. Parce que corriger les copies de tous les élèves à chaque contrôle de
connaissances épuise l’enseignant » (propos d’un enseignant). À
l’unanimité des panélistes participant à l’enquête sur le sujet, ils avouent
que l’absence de tests réguliers des élèves ne les motivent pas à progresser, encore
moins à vivre le concret de la concurrence, de la rivalité positive, du surpassement
de soi dans les activités et processus d’apprentissage impliquant les élèves et
étudiants. Personne ne recherche dans ce contexte une compétition éducative
débouchant sur les meilleures positions en termes de résultats de formation. Cependant
certains rares devoirs et compositions trimestrielles ou semestrielles servent généralement
de canaux de concurrence scolaire entre apprenants.
En raison des conditions d’apprentissage défavorables, les élèves
natifs de milieux populaires ou modestes réussissent moins bien que ceux issus
de milieux sociaux aisés. Les enfants des catégories socioprofessionnelles
supérieures ont souvent le bénéfice des activités éducatives et des ressources
compensatoires, du genre cours particuliers, encadrement familial rigoureux.
C’est là que l’analyste découvre que parfois la concurrence et l’excellence
scolaire puis universitaire devient un capital culturel qui s’achète en dehors
du système officiel de l’école, du collège, du lycée et de l’université. Le
refus de l’Etat d’édifier un vrai système de concurrence et d’excellence
éducative par les moyens publics dès le commencement de l’accès des pupilles de
la nation à l’éducation pour la détection précoce des excellences, se retourne
contre les classes populaires, ouvrières, paysannes et pauvres. Une vraie
ségrégation académique et sociale imprègne discrètement les parcours des élèves
et étudiants du Togo. Dans la mesure où la dégradation générale du climat
d’apprentissage ne frappe pas de la même douleur les
élèves et étudiants de toutes les classes socioéconomiques du pays. La politique
de l’éducation nationale met en évidence un décalage entre l’absence de
compétition claire dans le système éducatif national et la violence de la
concurrence cachée qui tombe sur la tête des enfants des pauvres de la
République. Les acteurs publics à force de freiner la concurrence et
l’excellence éducative authentique instaure une compétition scolaire et
universitaire injuste entre les enfants d’une même nation. La concurrence et
l’excellence éducative semblent récompenser davantage encore les privilèges
sociaux que le mérite intellectuel pur et dur entre les élèves puis entre les
étudiants. Même si plusieurs travaux scientifiques, notamment ceux de H. Matari
(2018) et B. K. O. Kouakou (2012) s’inscrivent dans une déconstruction de la
thèse du déterminisme social pour envisager un double ancrage théorique du fait
des réussites paradoxales des enfants de familles historiquement défavorisés observées
dans les établissements scolaires puis universitaires.
Aujourd’hui, ce
n’est plus un mystère pour personne que les établissements privés d’enseignement
prennent de l’ascendance sur les établissements publics d’enseignement. Le nombre en
croissance régulière d’institutions éducatives privées et la forte demande
sociale d’inscription dans celles-ci justifient cette ascendance. Bien que les
frais de scolarité soient augmentés dans les établissements privés, les classes
moyennes développent une résilience pour supporter les coûts de la
privatisation hâtive de l’éducation au Togo au détriment des enfants des
ouvriers, paysans, bref des classes populaires. L’intérêt de nombreux ménages pour
les établissements d’enseignement privés s’expliquent généralement par la
recherche d’un meilleur résultat éducatif de leurs enfants. Si la concurrence
et l’excellence académique ne se promeuvent pas dans les établissements
d’enseignement privés, pourquoi les ménages modestes ne disposant pas de revenus
conséquents se ruineraient-ils par endettement pour inscrire eux aussi, leurs
enfants dans les établissements d’enseignement privés ?
Contrairement aux témoignages obtenus sur les établissements d’enseignement
publics, ceux privés développent des pratiques éducatives promouvant la
compétition et l’excellence éducative. Les bâtiments scolaires présentables
permettent de poursuivre agréablement les activités scolaires en temps plein
contrairement aux élèves de plusieurs écoles primaires publiques qui cessent
les cours dès que les grandes pluies et autres intempéries s’annoncent en
raison de l’état de leurs bâtiments scolaires vétustes. La mesure de promotion
automatique, par exemple à l’école primaire ne s’applique pas manifestement
dans les écoles primaires privées, ce qui contraint les enseignants et les
élèves à jouer leur rôle pour espérer un meilleur rendement éducatif à la fin
de chaque trimestre. Les évaluations mensuelles systématiques dans les établissements d’enseignement privés, offrent
la possibilité aux apprenants de s’engager dans une véritable rivalité
académique positive avec leurs pairs pour plus de performance et d’excellence
éducative. Le fonctionnement du système éducatif privé s’inscrit fortement dans
la théorie « effet maître, effet établissement » largement
développée en sociologie de l’éducation par M. Duru-Bellat (1972) et A. Van
Zanten (2012). Pour ces experts en éducation, « l’effet maître, effet établissement » explique le choix conséquent de l’établissement
d’enseignement par les parents et leurs enfants. Les variables sur lesquelles se
structure la théorie invoquée reposent sur les éléments suivants : la
bonne réputation de l’établissement d’enseignement, la concurrence et
l’excellence éducative recherchées par les dirigeants des établissements
d’enseignement, la pression des parents, du collège d’enseignants et de la
direction de l’établissement pour les meilleurs résultats. En conséquence et dans la logique du système de performance
instauré, les élèves et étudiants s’investissent davantage dans leur rôle
d’apprenants, en face du corps professoral exigent lorsqu’il s’agit des
activités et processus d’apprentissage.
2.2.4 - Dévastation de la concurrence et de excellence éducative par les pratiques de corruption
La corruption est définie comme « un abus d’une position publique en vue d’un intérêt privé » (Petit guide du PNUD sur la corruption et
le développement, 2008). D’après le même organisme international, la corruption
dans le secteur de l’éducation prend de nombreuses formes à travers tous les
pays du monde. Dans la ceinture de l’instruction publique, la corruption doit se
mesurer par ses faits et enchaînements lorsque « l’usage systématique d’une
charge publique pour un avantage privé [a] un impact important sur l’accès, la qualité ou l’équité de l’éducation » (J. Hallak et al, 2007). Les exemples dramatiques de pratiques de
corruption dans le domaine de la gouvernance de l’éducation, répertoriés par la collaboration de J. Hallak (2007) au
moyen du tableau 4 hypothèquent dangereusement le futur de l’enfance, de l’adolescence
et de la jeunesse de nombreux pays comme
le Togo.
Tableau 4 : Pratiques de la corruption dans le secteur de l’éducation
|
Domaines |
Pratiques de corruption |
|
Finance |
- Transgression des règles et procédures ; - Inflation des coûts et activités dans les
prévisions budgétaires ; - Prévarication |
|
Allocations spécifiques (bourses, subventions) |
- Favoritisme, népotisme ; - Pots-de-vin ; - Non-respect des critères ; - Discrimination (politique, sociale, ethnique) |
|
Construction, entretien et réparation des
bâtiments scolaires |
- Fraude dans la passation de marchés
publics ; - Collusion entre fournisseurs ; - Prévarication ; - Manipulation des données ; - Non-respect de la carte scolaire ; - Fournitures fantômes |
|
Distribution d’équipements et de matériel (y
compris le transport, l’hébergement, les manuels scolaires, les cantines et
les repas scolaires) |
- Fraude dans la passation de marchés
publics ; - Collusion entre fournisseurs ; - Vol de fournitures scolaires ; - Achat d’équipement inutile ; - Non-respect des critères d’affectation ; - Manipulation des données ; - Fournitures fantômes |
|
Rédaction et choix de manuels |
- Fraude dans la sélection des auteurs
(favoritisme, pots-de-vin, cadeaux) ; - Non-respect des droits d’auteur ; - Élèves obligés d’acheter des supports
pédagogiques dont les droits d’auteurs reviennent aux enseignants |
|
Nomination, gestion, salaires et formation des
enseignants |
- Fraude dans la nomination et l’affectation des
enseignants (favoritisme, pots-de-vin, cadeaux) ; - Discrimination (politique, sociale,
ethnique) ; - Falsification des qualifications et usage de
faux diplômes ; - Non-respect des critères ; - Retard dans le paiement des salaires, assorti
parfois de déductions non autorisées |
|
Comportement des enseignants (fautes
professionnelles) |
- Enseignants fantômes ; - Absentéisme Frais illicites (pour l’accès à
l’école, les examens, les évaluations, les cours particuliers, etc.) ; - Favoritisme/népotisme/acceptation de
cadeaux ; - Discrimination (politique, sociale,
ethnique) ; - Cours de soutien privés (y compris l’utilisation
de l’école à des fins privées) ; - Harcèlement ou exploitation sexuels ; - Pots-de-vin ou faveurs pendant les visites des
inspecteurs |
|
Systèmes d’information |
- Manipulation de données pour
falsification ; - Sélection/suppression d’informations ; - Irrégularité dans la production et la
publication d’informations ; - Paiement
d’informations qui devraient être gratuites |
|
Examens et diplômes, accès à l’université |
- Vente d’informations sur les examens ; - Fraude aux examens (échange de personnes,
tricherie, favoritisme, cadeaux) ; - Pots-de-vin (pour des bonnes notes, l’admission
à un programme spécialisé, des diplômes, l’entrée à l’université) ; - Usine à diplômes et faux certificats ; - Recherche
frauduleuse, plagiat |
|
Accréditation des institutions |
-
Fraude durant le processus d’accréditation (favoritisme, pots-de-vin,
cadeaux) |
Source : J. Hallak et al, (2007).
Tout l’écosystème d’une potentielle expansion d’un système éducatif, à savoir
structures, infrastructures et superstructures se trouve gangréné par les actes
de corruption. Le fonctionnement efficace et efficient des institutions
éducatives surtout publiques est mis sous haute tension. La multiplication des
faits de corruption dans le système éducatif togolais bloque le développement d’un
plan conscient de concurrence et de l’excellence scolaire puis universitaire,
plan obligatoire au programme de reproduction progressive des ressources
humaines réellement compétentes pour le pays.
Les responsables togolais de la Haute Autorité de Prévention et de la Lutte
contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HAPLUCIA) rapportent que
« 25% des crédits du marché public sont absorbés par le fléau de la
corruption » impactant cruellement le secteur de l’éducation. Un relevé de
renseignements percutant juge de la crédibilité d’un pays sur l’échiquier
international : les rapports mondiaux d’experts sur chaque Etat dans tous
les domaines d’activités, coupent court les tendances aux spéculations
démagogiques des dirigeants publics défendant leur régime politique. Celui de Transparancy
International représente une mine d’informations expliquant pourquoi les
investisseurs, les humanistes, les acteurs d’organismes sans but lucratif
aidant les gens dans le besoin, protégeant la nature, soutenant l’éducation, la
science, la culture, etc… et même les touristes ne se bousculent pas pour frapper
à la porte de certains pays. Et seuls les organismes internationaux privés
prêteurs d’argent, c’est-à-dire les créanciers, les bailleurs de fonds aux noms
déguisés en anges, courent en direction de ces pays corrompus. La position du
Togo sur l’échiquier du classement de Transparancy International en 2026 choque
tout lecteur des rapports internationaux. Elle se situe à la 120ème
place mondiale sur 182 pays. Quelques années plus tôt en 2020, c’était pire. La
même source signala que le Togo occupât le 130ème
rang mondial en matière de la transparence dans les affaires publiques. Alors
que les pays voisins notamment, le Sénégal, le Ghana, le Bénin, le Burkina-Faso
et la Côte d’Ivoire occupèrent respectivement des rangs plus encourageants sur
le plan mondial : 66ème, 80ème, 80ème, 85ème
et 106ème (Transparency International, 2020, p. 3). La corruption en
amplification pour toucher le système éducatif, affaiblit l’esprit naturel de
concurrence et d’excellence éducative qui sommeille dans l’enfance,
l’adolescence et la jeunesse togolaise. Les citoyens du pays sont conscients du
phénomène de la corruption à telle enseigne qu’un parent d’élève depuis le
quartier périphérique Légbassito à Lomé réagit en ces termes : « Quel
est l’intérêt pour un élève ou un étudiant d’être excellent sur son parcours de
formation si les bourses d’études et les postes administratifs sont souvent
réservés aux enfants de la classe dirigeante du pays ? » (Propos
d’un parent d’élève). D’autres sources d’information provenant des enseignants
et administrateurs de l’éducation attestent la liste des pratiques de
corruption dans le secteur de l’éducation dressée hardiment par J. Hallak et sa
collaboratrice en 2007. Pour les panélistes réunis sur le supplice de pratiques
de corruption au Togo, les détournements de fonds publics, les fraudes, la
transgression des normes éducatives, les abus de pouvoir, le favoritisme et
l’achat de conscience entourant la gouvernance de l’éduction, ramène le pays au
stade de la période de colonisation par pays tiers, mais ici par les propres
concitoyens.
Les pénalistes vont en détail des faits de corruption pour évoquer les
concours d’entrée dans les grandes écoles supérieures du pays accompagnés
d’octroi de bourses d’études, découragent les étudiants des classes sociales
populaires à se transcender dans l’effort à fournir pour un luisant succès
éducatif. Parfois les conditions d’appel à candidature pour les bourses
d’études ne sont même pas diffusées publiquement, juste pour limiter les
candidatures des brillants élèves et étudiants issus des catégories
socioprofessionnelles ouvrières, paysannes, populaires, bref défavorisées. C’est
alors que l’immense majorité des enseignants relève que les concours d’entrée
aux lycées scientifiques du pays sont souvent entachés d’irrégularités
massives. A propos d’octroi de bourses d’études, il manque de transparence,
explique un panéliste sur le sujet : « L’octroi des bourses
d’études ne se fonde plus sur le mérite dans le pays. Tu peux être très
brillant, mais si tu n’as pas un membre de ta famille ou une relation dans
l’institution publique qui gère les bourses, tu ne passeras pas »
(Propos d’un administrateur de l’éducation). Un autre panéliste de profession enseignante
atteste le renseignement précédent : « Ne pense même pas à gagner
une bourse d’études si tu ne disposes pas de relations sociales puissantes.
Dans ce pays, sans être proche du pouvoir, tu n’auras rien comme bourse
d’études, succès aux études, emploi, promotion dans la carrière quel que soit
ton intelligence » (propos d’un enseignant). Le témoignage encore d’un
instituteur de l’enseignement primaire établit le niveau élevé de corruption
dans le système éducatif local :
En année scolaire 2021-2022, mon neveu a eu son
BEPC avec 18 de moyenne. Lors du dépôt de candidature pour le concours d’entrée
au lycée scientifique de Lomé, plusieurs personnes disaient que le petit est
déjà admis d’emblée au concours parce que ses résultats scolaires sont plus que
meilleurs. Je te jure que mon neveu a échoué à ce concours. Cela a étonné
beaucoup de personnes y compris ses propres amis et enseignants (propos d’un
enseignant).
L’analyse des données bien sourcées et documentées montre que la majorité des
membres de la classe dirigeante emploie trop souvent « l’arme de la
corruption dans tous les sens de l’usage », en un domaine clé détenant la vie
et survie d’une nation. Il s’agit du secteur de l’éducation à garder et
sauvegarder loin des mains sales, des mains corrompues.
En effet, le dernier conseil technique à donner à un prince dans la composition
de son gouvernement et de ses équipes, consiste à le persuader scientifiquement
qu’il peut nommer ses amis et neveux à tous les postes du gouvernement et de la
hiérarchie de la fonction publique de l’Etat, excepté le ministre en charge de
l’éducation nationale, de la recherche scientifique, de la formation technique,
technologique et professionnelle. Cela en partant de la pyramide haute de la
gouvernance de l’Education, jusqu’à la base de la pyramide relative à la
gestion même d’une école primaire, en passant par les collèges, les lycées, les
universités, les structures locales, municipales, préfectorales, régionales et
centrales en lien avec le secteur éducatif. L’effondrement des grands empires
et royaumes ont toujours commencé par leur système éducatif. Le prince d’un
royaume peut nommer alors tous les incompétents à tous les postes possibles,
sauf dans l’Instruction publique. En effet, l’Education est une géante de
dimension cosmique à source inépuisable que personne n’a pu exploiter et
épuiser ses ressources. Elle reste le commencement et la fin de toute civilisation.
Rien dans celle-ci n’existe ou n’existe pas sans l’Education. Aujourd’hui, la
faiblesse de l’excellence éducative qui se couple nécessairement à la
concurrence scolaire puis universitaire pour plus de performances dans les
formations, dérive de la dévastation inconsciente des bases fonctionnelles des
activités et processus d’instruction publique, par certains acteurs officiels
ayant beaucoup de pouvoir, mais en abuse pour multiplier des actes de corruption
démolissant le futur de l’enfance, de l’adolescence et de la jeunesse togolaise.
Les conséquences sautent aux yeux de tous, en particulier des panélistes de
l’enquête peignant avec courage les problèmes de fond qui détruisent en
lambeaux l’éducation nationale. L’équation sociale se complique lorsque la
corruption demeure ignorée par le procureur de la République puis reste finalement
impunie par le juge pour se dégénérer en effondrement stratégique d’une nation silencieuse
face à la douleur, à ses propres fautes d’imprudence, de négligence
individuelle et collective dans la conduite des affaires de l’Etat. C’est à cet
effet que S. Aléza (2021) recommande qu’un dispositif de lutte anti-corruption
s’initie et s’applique immédiatement dans le système éducatif togolais. Pour
l’auteur, le renouvellement des normes et leur application draconienne réduirait
le degré actuel de corruption dans l’éducation nationale. Les nouveaux outils
de coercition, qu’ils soient d’ordre constitutionnel, légal, réglementaire ou
d’ordre intérieur, doivent être justes, applicables et toujours motivés par
l’intérêt général de tous au service de la protection de l’Etat et de la nation.
Sans une politique anti-corruption, les détournements de fonds publics destinés
au programme de développement de l’éducation, démobiliseraient les élèves et
étudiants alors sans capital global, pour s’investir véritablement dans le
« métier d’apprenant » en vue de s’assurer une mobilité sociale
ascendante au moyen de leurs compétences acquises. La corruption en
généralisation dans le système éducatif local constitue un obstacle à l’action
publique destinée à gommer les inégalités en éducation. Parce qu’« il
n’est pas désirable qu’une certaine élite soit réservée ipso facto à certaines
catégories d’activités sociales » (R. Gal, 1946, p. 28) au préjudice
des autres.
2.2.5 - Système éducatif national en décalage patent avec l’employabilité de ses
produits
Le système éducatif en dégénérescence avancée et sans débouchés pour ses
diplômés conduit ses propres usagers au doute, à la lassitude et l’indigence. En
dépit des déclarations officielles des acteurs publics dans l’intention de
masquer la crise socio-économique, politique et éducative du pays, le phénomène
massif de la pauvreté, du chômage, du sous-emploi et de l’exode de la jeunesse vers
l’extérieur du pays servent de marqueurs rouges vifs décisifs. Comme quoi le
système éducatif, source classique de reproduction des ressources humaines
qualifiés pour l’œuvre du développement et du renouvellement social, semble
s’écrouler définitivement. La volonté manifeste d’un grand nombre de diplômés
pour l’aventure à la cause économique vers les pays du Nord, prouve que le
système de formation du capital humain fonctionne mal avec ses pièces motrices,
à savoir la concurrence et l’excellence scolaire puis universitaire totalement
en panne. L’inefficacité externe du système de
l’éducation nationale, visible maintenant par la masse, démotive le peuple des
élèves, des étudiants puis des parents d’apprenants à développer les stratégies
d’apprentissage. En effet, pour S. Aléza (2021), si la qualité des produits de
l’éducation primaire et secondaire passe par les examens nationaux, tests
standardisés évaluant les connaissances et compétences acquises par les élèves,
celle complexe de la qualité des universités et des centres de formation
supérieurs s’analyse autrement. Par compatibilité institutionnelle
universitaire logique avec le marché du travail, l’insertion des diplômés dans
le système de production des valeurs et actifs. L’évaluation des aptitudes et
compétences réelles des étudiants diplômés se vérifie au moyen de la qualité
des services rendus à l’Etat, aux entreprises publiques, privées et aux
ménages. La contribution globale des produits universitaires au développement
socio-économique de la nation, résume bien l’efficacité du système
d’enseignement supérieur. La puissance d’auto-employabilité ou d’insertion sur
le marché de l’emploi privé ou public des diplômés universitaires en vue de la
production des richesses, caractérise en fin de compte le rayonnement des
universités.
Au Togo, les jeunes diplômés du tertiaire obtiennent leur premier emploi en moyenne 35 mois après la fin de leurs études universitaires (OCDE, 2016). Ils font ainsi face au déséquilibre entre l'offre et la demande de travail et n’ont souvent de choix que de subir une extrême précarité de l'emploi dans le secteur informel (N. Yabouri, 2015). Le pays dénombre 3,5 millions de travailleurs du secteur informel sur une population totale d’environ 8 millions d’habitants (A. Atitsogbé et collaborateurs, 2022). Le marché national du travail et la structure de l’éducation nationale se ressemblent dans la mesure où chaque entité comporte une incompatibilité institutionnel logique vis-à-vis de l’autre. En d’autres termes, le terrain restreint d’activités de production économique n’est pas en mesure d’absorber la population active diplômée dont les cerveaux se retrouvent finalement en exode permanent vers l’extérieur, cela directement en miroir avec la structure de l’éducation nationale qui n’arrive pas au fait à qualifier formellement ses apprenants, toutefois organise leur transhumance à travers degrés d’enseignement primaire, secondaire et supérieur. Pour ceux qui n'ont pas pu partir en aventure, leur situation critique fatale les conduit au chômage ou à l’occupation de sous-emplois ou encore d’emplois précaires tels que la conduite de taxi-moto, la vente illicite des produits pétroliers, la sécurité du patrimoine des classes nanties, la gérance des petits bistrots, de kiosques de sous-traitance de transaction financière, etc. La saturation prématurée du marché du travail formel, pour un jeune Etat comme le Togo reste incompréhensible dans la mesure où il demeure dominé à plus de deux tiers, environ 75,4 % par le secteur public très rigide, encore peu compétitif, n’employant que 9,7 % de la population active bien que les entreprises privées aient tendance à recruter sur ce marché (PNE, 2012). La même source divulgue une note sur les difficultés d’insertion des jeunes au fur et à mesure qu’ils atteignent paradoxalement des niveaux d’éducation/formation plus élevés. Les diplômés de l’enseignement professionnel et du supérieur se retrouvent étrangement beaucoup plus au chômage que les jeunes sans formation avérée. Parce que l’analyse « des données sur l’emploi montre que le chômage des diplômés est massif et qu’aucune catégorie n'est épargnée désormais du fait que le diplôme scientifique ne constitue plus une assurance contre le chômage » (F. Caillods, et al, 1998, p.199). Par conséquent, le marché du travail local, très réduit démobilise le degré d’engagement des parents d’élèves et d’étudiants pour des études scolaires puis universitaires sérieuses. Au Togo, presque tous les acteurs publics et privés finalement s’investissent peu dans l’éducation nationale dans la mesure où les réussites semblent facilitées institutionnellement, souvent par les promotions automatiques réelles ou déguisées toutefois sans issue sociale, économique puis de carrières. Attendu que la majorité écrasante de diplômés du système s’arrête à la porte du marché du travail et de production. Ainsi les parents n’encouragent plus leurs enfants à se lancer dans un programme ambitieux de concurrence et d’excellence académique qui ne rapporte rien au bout d’un quelconque sacrifice. Le tableau 5 affiche le niveau de démobilisation des parents pour le programme de compétition et d’excellence scolaire puis universitaire de leurs enfants.
Tableau 5 : Niveau d’intérêt des parents pour la concurrence et l’excellence des élèves et étudiants
|
Opinion des parents d’élèves et d’étudiants |
Effectif |
Pourcentage |
|
Doute sur le programme de concurrence et
d’excellence éducative |
32 |
64% |
|
Adhésion au programme de concurrence et
d’excellence éducative |
12 |
24% |
|
Refus du programme de concurrence et
d’excellence éducative |
6 |
12% |
|
Total |
50 |
100% |
Le tableau 5 aux 50 enquêtés nous apprend que 32 parents d’apprenants soit
un taux de 64% ont un doute sur le programme de concurrence et d’excellence
éducative contre 12 parents, soit un pourcentage de 24% qui se déclarent
favorables à ce programme scolaire et universitaire. Seulement 6 enquêtés, soit
un taux de 12% complètement déconnectés du programme de compétition et
d’excellence éducative pour leurs enfants. Les résultats mettent en lumière que
la compétition et l’excellence scolaire puis universitaire n’est pas une
priorité culturelle pour la plupart des parents d’élèves et d’étudiants. Ce défaut
d’intérêt des parents pour l’excellence académique par la compétition se
raccorde au manque d’issue et de débouchés qu’offre l’actuel système éducatif
local. Des renseignements qualitatifs obtenus lors de l’organisation des divers
panels d’échange sur les différentes thématiques avec les parents d’élèves,
d’étudiants, les enseignants et les administrateurs de l’éducation concordent
pour confirmer les positions du tableau 5 : « Pourquoi vais-je
continuer par gêner mes enfants à se donner à fond dans leurs études pendant
que leur grand-frère, titulaire d’une Licence en Anglais depuis 2018, est sans
emploi jusqu’à ce jour ? » (Propos d’un parent d’élève résidant
dans la préfecture d’Agoè-nyivé). Un deuxième parent de déclarer : « Beaucoup
de jeunes diplômés sont au chômage. Parmi ces diplômés sans emploi, je connais
plusieurs ayant été brillants dans leur cursus scolaire et universitaire ».
Encore un troisième d’appuyer que le désintérêt général pour la concurrence et
l’excellence éducative se rattache au phénomènes massif du chômage frappant les
titulaires de Master et de Doctorat : « Nombreux sont des
conducteurs de taxi-moto nantis de diplômes de l’enseignement supérieur. Des
jeunes titulaires des diplômes de Master et Doctorat sont sans emplois décents. Cela n’encourage pas du tout nous les
parents d’élèves et d’étudiants à
donner une appréciation positive du système éducatif national » (Propos
d’un parent d’étudiant). Il apparaît franchement que les difficultés
d’insertion professionnelle des diplômés fragilisent l’option des parents pour
toute adhésion au programme quelconque de concurrence et d’excellence éducative
en faveur des élèves et étudiants. La crise structurelle que traverse le
système éducatif national risque de compromettre le futur commun de toutes les
populations du pays.
3 – Discussions :
Concurrence et excellence éducative comme facteurs de
rayonnement des institutions éducatives
La compétition et l’excellence académique proviennent pas
uniquement des pratiques éducatives orthodoxes, mais aussi du rayonnement des
institutions éducatives à l’origine. La bonne réputation des établissements
d’enseignement publics et privés imprime de soi le caractère concurrentiel dans
la production des phénomènes éducatifs très favorables aux performances des
élèves puis des étudiants pour influer finalement sur le développement des ressources
humaines compétentes dont a besoin le pays pour sa croissance.
3.1- Concurrence
et excellence académique comme facteurs du rayonnement des établissements
d’enseignement
En s’appuyant
sur l’exemple de la Chine, R. Normand aidé de son collaborateur (2022) dévoilent
ensemble que l’engagement des décideurs publics de l’éducation nationale
chinoise pour le rayonnement des institutions et établissements d’enseignement,
a contribué immensément à l’émergence d’une compétition et d’une excellence
éducative ayant bâti un système éducatif de référence mondiale. D’après ces
auteurs, aujourd’hui encore les examens et tests nationaux sous haute
surveillance des établissements scolaires puis universitaires, apparaissent délibérément
sélectifs dans l’éducation nationale, et très importants pour le gouvernement
chinois. Le modèle éducatif de ce pays se définit par évaluations, examens et
tests permanents des élèves et étudiants. Il existe plusieurs types de tests,
comprenant des jeux-questionnaires, le matin ou à midi, des tests par unité
d’enseignement par mois, par trimestre, etc. Les examens nationaux rendus
intentionnellement élitistes, exercent une forte influence sur l’enfance,
l’adolescence et la jeunesse chinoise qui travaillent très dur et sous pression
pour s’adapter en conséquence. Les jeux-questionnaires pleuvent généralement de
partout pour évaluer fréquemment les effets d’un enseignement, et peuvent être
donnés à tout moment. Les auteurs divulguent aussi qu’à travers les établissements scolaires bien rayonnants, le système éducatif chinois voulant promouvoir « la compétition entre les classes, a mis en
place un système de devoirs à la semaine, principalement à l’école primaire et
au collège » (R. Normand et al, p.48). De sa part, X. Wu
(2013) scrutant l’intérêt des dirigeants chinois pour l’excellence académique,
celle-ci se mesure par les compétitions entre apprenants, entre classes, entre
établissements scolaires, à partir des résultats aux tests et aux examens, cela
dans une comparaison générale fréquente. Au niveau local, les acteurs de
l’instruction publique organisent aussi un grand nombre de compétitions et
olympiades sur les savoirs scolaires, les performances artistiques, dans les
activités sportives, l’innovation technologique, etc. Parce que les activités
et processus de ce genre enrichissent la vie extracurriculaire des élèves et
renforcent le système d’enseignement public. Les élèves participent à des
évènements permettant de défendre leur sens de l’honneur et d’affirmer leur
appartenance collective à un établissement scolaire. La part la plus
déterminante dans la réputation d’un établissement demeure sa son rayonnement
créant de la réussite
académique et (X. Wu, 2013). La littérature scientifique alors confirme
qu’un système éducatif crédible ne peut jamais sous-estimer la culture du
rayonnement, de la concurrence et de l’excellence scolaire puis universitaire. La
surprise et le miracle stratégique de la Chine[1]
en un rien de temps historique, se comprennent par leur lien scientifiquement
prouvé avec le rayonnement éducatif volontairement choisi par l’Etat à travers
le fonctionnement de ses structures, infrastructures, superstructures et
résultats des institutions éducatives sachant bien manier la concurrence et
l’excellence auprès des élèves et étudiants.
3.2- Concurrence
et excellence académique, déterminantes de la production de la qualité du
capital humain
Arguant sur la
contribution de la concurrence et de l’excellence scolaire puis universitaire
dans la formation des ressources humaines raffinées, A. Branche-Seigeot (2013) reconstruit que de nombreux
travaux ont déjà démontré l’impact du niveau du capital humain sur la
croissance économique d’un pays. Néanmoins ces travaux se sont généralement
limités au nombre moyen d’années d’éducation. Or, utiliser cette variable comme
proxy des capacités individuelles suppose qu’une année d’éducation équivaut à une
augmentation identique du stock de savoirs et de compétences d’un pays à un
autre, indépendamment du système éducatif. Ce qui est loin d’être réaliste. D’après
lui, de nombreuses enquêtes nationales ou internationales développées demeurent
pertinentes pour mesurer, comparer la qualité des apprentissages et des
performances individuels, non plus seulement la quantité d'éducation acquise
par les individus. Alors la collaboration de S. Coulombe (2005), viendra en
renfort à A. Branche-Seigeot, en établissant clairement que pour « générer
de la croissance, les pays ont davantage intérêt à améliorer le niveau de
compétences de base des plus faibles que de générer des diplômés hautement
qualifiés ou encore d’investir dans le capital physique ». Dans une
autre parution, B. Pont (2002) alertent qu’avec les nouveaux modes d’organisation
du travail, qui entraînent des hiérarchies plus plates par exemple, il faut un
niveau moyen général homogène dans l’ensemble de l’entreprise et non plus
seulement des compétences de haut niveau dans la partie supérieure de la
hiérarchie. La loi éducative revient pour demander qu’il s’avère nécessaire de
procéder aujourd’hui partout, un élargissement des compétences. Et pour tout clore, l’OCDE,
dans son étude de l’année 2010, corrobore que :
Aujourd’hui, l’excellence n’est plus une option : elle est devenue une condition de survie et d’influence dans l’économie du savoir. La mondialisation de l’éducation, la mobilité croissante des étudiants et la normalisation des diplômes (LMD, ECTS, crédits transférables) imposent de nouvelles règles du jeu : attirer des talents au-delà de ses frontières, fidéliser les meilleurs étudiants, former pour un marché global, et rivaliser avec des hubs déjà établis à Istanbul, Singapour, Dubaï ou Shanghai (OCDE, 2010, p.47).
Conclusion
La concurrence et l’excellence scolaire puis universitaire représentent un mécanisme éducatif et social dans lequel les écoliers, élèves, étudiants et même les stagiaires sont incités à performer davantage en raison de la présence d'objectifs-cadres exprimés et hiérarchisés dans les écoles, collèges, lycées et universités au moyen de classement, de mentions, d’olympiades, de prix, d’examens d’entrée, etc. Douloureux de constater que dans plusieurs systèmes éducatifs africains comme celui du Togo, la culture de la concurrence et de l’excellence éducative ne se trouve pas stratégiquement prise au sérieux. Nombre de facteurs composent des pratiques éducatives empêchant le développement de l’agilité de la compétition et de l’excellence scolaire puis universitaire. Les investigations à partir des méthodes quantitative et qualitative triangulées édifient que le capital social de la concurrence et de l’excellence académique se trouvent être attaqué institutionnellement et par des pratiques éducatives à effets contre-productifs. Il s’agit du manque d’un programme officiel ambitieux pour la promotion de la concurrence scolaire puis universitaire, de l’absence de pratiques pédagogiques promouvant les rivalités positives entre les élèves puis les étudiants, de la corruption en généralisation dans le système éducatif, des conditions d’apprentissage défavorables aux apprenants et l’absence d’opportunités et de débouchés pour les diplômés ou produits du système. Les institutions éducatives se distinguent normalement par la valeur de concurrence et d’excellence éducative exercée d’ailleurs, depuis bien longtemps dans certaines régions du monde. Le Togo se retarde ainsi par son système éducatif national mettant la concurrence et l’excellence éducative en privatisation et en vente aux nantis puis en faisant institutionnellement perdre ces valeurs de compétition plus la performance didactique dans le fonctionnement officiel du système instructif du pays. Se mettre au travers des principes régissant les meilleurs systèmes éducatifs du monde ayant fait leur preuve dans l’émergence rapide de certains pays, cela comporte un grand prix à payer, à savoir l’inconfort de la crise perpétuelle.
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