L'impact des politiques éducatives sur les performances scolaires et universitaires au Togo, Partie 2
Résultats
partiels de l'étude sur la compétition
académique dans les établissements scolaires et universitaires
au Togo
( SUITE)
Photo : L'auteur dans son université d'attache
Source: Photo AKAKPO Komivi prise le jour de sa soutenance de thèse de Doctorat à l'Université de Lomé, le 30 juillet 2026.
Introduction
L'éducation préparant à la survie et au développement socio-économique, politique, culturel des pays se retrouve aujourd'hui confrontée à de nouveaux défis absolument à relever au risque de compromettre le futur de l’Humanité. Parmi les défis figure celui de l’effectivité des apprentissages, donc de la qualité de l’éducation. Au niveau des différents systèmes éducatifs des pays, la qualité se définit dans une certaine mesure par la recherche des performances et de l'excellence dans les établissements d’enseignement publics. Par définition mettant un accent particulier sur le caractère global et systémique du concept de l’excellence, elle « existe lorsque l'institution scolaire ou universitaire est capable d'amener chaque élève ou étudiant à atteindre les objectifs d'apprentissage du programme d'éducation à un niveau approprié et réaliste de réussite, mais aussi aux limites de ses capacités personnelles » (G. Éthier, 1989, p. 20). D’après P. Perrenoud (1987), la poursuite de l'objectif qualité de l'enseignement conduit à l’élaboration d’une politique de l'éducation articulée autour du rayonnement des établissements scolaires et universitaires, rayonnement qui cultiverait la performance individuelle et collective conduisant à la sélection des meilleurs pupilles de la nation. La logique de la compétition scolaire et universitaire vise avant tout à former une élite capable de mobiliser des compétences spécifiques indispensable à l’œuvre du développement dans tous les secteurs d’activités. Malheureusement, le système éducatif de la plupart des pays africains ne tient pas compte de l’excellence académique et scientifique. La question de l’excellence académique devient hautement pertinente au regard du déclin de la qualité de l’éducation formelle africaine avec ses taux sans cesse croissants d’échec, d’abandon, de sous-emploi et d’inemployabilité des diplômés sur le marché du travail.
Depuis plusieurs décennies sur le plan local, les acteurs publics du système éducatif togolais procèdent par déclaration ou d’adoption hâtives de politiques éducatives visant à améliorer l’accès à l’éducation, les performances scolaires, à lutter contre les redoublements, les échecs, les abandons scolaires et universitaires. Ces politiques éducatives se traduisent notamment par la gratuité partielle de l’enseignement, la multiplication du nombre d’établissements scolaires, etc. Malgré des politiques volontaristes, les résultats obtenus demeurent contrastés. En effet, si les taux de scolarisation et de scolarité ont connu une progression notable, les performances scolaires et universitaires continuent de susciter des appréhensions au regard des faiblesses constatées à l’angulaire des apprentissages réels, de l’esprit d’entreprenariat et de la valeur ajoutée de l’éducation relative à la contribution des diplômés à l’œuvre du développement économique. Ce tableau sombre soulève alors des interrogations sur l’efficacité réelle des politiques éducatives mises en œuvre au Togo. La baisse du niveau de compétence des ressources humaines en formation dans les écoles, collèges lycées et universités du Togo prend une ampleur vertigineuse dans un rythme annuel de décrochages massifs.
En effet, le taux de décrochage scolaire s’accroît dans les régions éducatives du pays. Partout le pays se vide de ses futures ressources humaines potentielles. Selon les renseignements de la direction régionale de l’éducation des Savanes par exemple, des milliers d’élèves troquent leur espoir contre la boue des sites d’orpaillage clandestins à travers les pays voisins. Depuis le début de l’année scolaire 2025-2026 pris au hasard, de plus en plus de voix s’élèvent parmi les cadres originaires des Savanes, pour dénoncer le phénomène du « Galamsey[1] » au lendemain d’une conférence sur la déperdition scolaire organisée par les mêmes cadres. Un lycée connu, celui de Biankouri dans la commune de Cinkassé 2 a perdu près de la moitié de son effectif en un an. De 1023 élèves l’an dernier, l’effectif passe à 562 à la rentrée scolaire 2025-2026. À Lolongue, dans la même commune, le collège d’enseignement général a enregistré 160 abandons, deux semaines après la rentrée. Pendant que plusieurs recherches scientifiques mettent en évidence l’impact positif d’une main-d’œuvre instruite sur la productivité et l’innovation, le capital humain en formation au Togo perd des repères et affiche un faible intérêt pour les études. En effet, d’après H. Louardy et ses collaborateurs (2021), le capital humain représente une précieuse richesse et nécessite une attention particulière de la part des acteurs publics. L’équipe tire la sonnette d’alarme en désignant la jeunesse comme capital humain potentiellement rentable, si elle est vraiment instruite. Dans la mesure où la richesse commence par le savoir et la connaissance, la jeunesse est à pousser vers son amélioration et son développement croissant et même sans limite. A l’autre versant du tableau, la majorité des apprenants manquent de s’engager dans une culture de l’excellence à la grande inquiétude des spécialistes de l’éducation. Au lieu que les élèves et étudiants s’inscrivent dans une concurrence académique constructive entrainant tous vers des meilleurs résultats scolaires et universitaires pour le bien des ménages et du pays, plusieurs se contentent des moyennes de catégorie passable pour passer en classe supérieure.
L’analyse des données éducatives disponibles suggère que la question de l’excellence scolaire et universitaire n’est pas traitée comme source de qualité d’un système éducatif offrant la base de formation efficace du capital humain compétent par lequel s’organise l’économie du développement d’un pays. Les chercheurs et spécialistes de l’éducation considèrent qu'il s'agit alors d'une problématique fondamentale méritant une réponse analytique forte. En effet, ils soupçonnent les politiques éducatives locales pas du tout ambitieuses dans le sens de constituer des facteurs d’élévation de l’excellence des apprenants et du rayonnement des établissements d’enseignement publics. Aujourd’hui, il s’annonce possible d’établir scientifiquement la corrélation entre effets de la politique éducative et décroissance des performances des écoliers, collégiens, lycéens et estudiantins. La finalité de l’exercice consiste à inspirer la création d’une nouvelle dynamique scolaire et universitaire incarnant les apprentissages, pour provoquer la refondation des institutions éducatives du pays désormais tournées vers les performances à attendre au bout des cursus de formation des élèves et étudiants.
1 - Méthodologie
de recherche
L’actuelle investigation portée sur « L’impact des politiques éducatives sur les performances scolaires et universitaires au Togo » se déroule principalement dans les deux préfectures du Grand-Lomé, notamment la préfecture du Golfe et celle d’Agoè-nyivé. La population-cible concerne les élèves, étudiants, enseignants des écoles, collèges et lycées publics plus privés, les proviseurs, enseignants-chercheurs des universités, les administrateurs de l’éducation, les parents d’élèves et d’étudiants, etc. Depuis quelques années, les responsables du système éducatif togolais se félicitant de l’adoption des politiques éducatives visant à améliorer l’efficacité du secteur, le chercheur s’intéresse aujourd’hui à un bloc de cinq politiques éducatives, qui passerait par fine loupe analytique rigoureuse dans l’objectif de mesurer son impact sur les performances scolaires et universitaires au Togo. Il s’agit de vérifier concrètement s’il existe un lien de cause à effet entre politiques éducatives initiées tout récemment et amélioration des performances des apprenants dans une atmosphère de rayonnement des établissements scolaires et universitaires. Alors pour résoudre l’équation sociale, mise à part l’approche documentaire, la méthode qualitative d’entretien avec personnes-ressources et d’observation empirique des faits éducatifs s’unissent pour recueillir des données pertinentes existantes à propos de l’impact des politiques éducatives sur l’efficacité interne et l’efficacité externe du système éducatif local. Sur la base donc d’une enquête de terrain, des entretiens individuels et des panels thématiques se sont organisés avec les étudiants, enseignants, administrateurs de l’éducation, agents sociaux comme les parents d’élèves et d’étudiants, etc. Dans un but d’engranger une diversité d’opinions en vue d’une meilleure lecture, triangulation et interprétation des données, trente-six (36) entretiens ont été réalisés dont vingt-cinq (25) individuels, puis onze (11) de groupe avec les différents responsables du domaine nous concernant. Le tableau 1 récapitule d'ailleurs la distribution des entretiens et panels à travers les institutions éducatives.
Tableau 1 : Entretiens individuels et discussion de groupe réalisés
|
Entretiens
individuels |
Discussion
de groupe |
|
|
Élèves du collège public |
2 |
1 |
|
Élèves du collège privé |
2 |
1 |
|
Élèves du lycée public |
2 |
1 |
|
Élèves du lycée privé |
2 |
1 |
|
Enseignants du collège |
2 |
1 |
|
Enseignants du lycée |
2 |
1 |
|
Étudiants |
3 |
2 |
|
Parents |
3 |
2 |
|
Administrateurs |
4 |
1 |
|
Enseignants d’université |
3 |
0 |
|
Total |
25 |
11 |
Source : Travaux de terrain, 2025.
Hormis la méthode qualitative d’interview, les techniques
d’observation ont servi de sources pertinentes de collecte des données. Au
moyen de la technique des grilles d’observation conçues, les visites de classes
et la participation à des activités pédagogiques ont permis une meilleure
description des pratiques éducatives en jeu pendant les activités et processus
d’apprentissage. Le traitement des données collectées est fait à partir du
procédé d’analyse de contenu et de sens profond des réponses aux questions des
enquêtés. Cela pour mesurer l’effet réel des politiques éducatives sur les
performances des élèves et étudiants togolais.
2 – Résultats : Politiques éducatives et régression des performances scolaires et universitaires
De l’analyse
documentaire en plus des avis générés par plusieurs
acteurs rencontrés sur le terrain d’enquête tout le monde s’accorde que l’éducation
formelle prépare aux emplois, catalyse la croissance économique et réalise
l’épanouissement des humains sur Terre. Elle demeure une condition préalable
essentielle au développement durable et à l’éradication de la pauvreté. Cependant
pour pouvoir répondre à cette mission, les politiques éducatives apparaissent
inséparables avec la culture de la concurrence académique pour permettre aux
diplômés d’être compétitifs sur le marché du travail local et global.
Malheureusement au Togo, l’analyse des politiques éducatives adoptées et ses
conséquences indique que celles-ci affaiblissent l’esprit de compétition entre
apprenants indispensable à tirer tous vers le haut. La
baisse du niveau général d’apprentissage, l’inefficacité interne et l’inefficacité externe du système
éducatif se trouvent paradoxalement corrélés aux initiatives des premiers
acteurs publics nationaux. Avant de passer à l’examen des effets de la
politique éducative sur les performances scolaires et universitaires, il
convient de rappeler que plusieurs travaux antérieurs ont défendu l’importance de
la concurrence académique comme soubassement de l’efficacité interne et externe
d’un système éducatif.
2.1 - Performances académiques
des élèves et étudiants comme raison d’être de l’investissement colossal dans
le système éducatif
La documentation patrouillée fait état de la concurrence éducative comme moyen d’adaptation des établissements d’enseignement publics aux différents changements nécessaires sur le marché de la production. Cette concurrence oblige les écoles, collèges, lycées et universités à s’ajuster aux innovations sources de progrès de tous à commencer par les apprenants. Dans une publication de référence, X. Dumay et ses collaborateurs en 2011 révèlent que la compétition éducative est d’ailleurs la voie choisie par certains pays pour améliorer la qualité et le rendement de leur système éducatif national. Ainsi, en Angleterre ou en Nouvelle Zélande par exemple, la compétition scolaire a été présentée comme un des moyens par lequel les équipes des établissements scolaires peuvent être poussées à améliorer leurs pratiques éducatives et leur attention aux besoins des usagers de l’éducation formelle. Pour X. Wauthy (2006), l’Europe se distingue par la diversité de ses systèmes éducatifs, marqués par la recherche d’un équilibre subtil entre compétition académique et équité sociale. La compétition inter-établissements, bien que présente, demeure généralement encouragée. Les données du rapport PISA[2] de l’année 2022 indiquent que la concurrence entre écoles pour attirer les élèves varie sensiblement selon les contextes nationaux et territoriaux. Dans les grandes zones urbaines ou dans les systèmes fondés sur le libre choix d’école comme au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas la compétition éducative s’avère plus marquée. La mise en concurrence des établissements stimule les chefs d’établissement à rechercher les meilleurs élèves (T. Laforgue, 2004). Les élèves d’un bon niveau scolaire, centrés sur l’objectif de succès, facilitent la gestion d’un établissement et rehaussent la réputation de celui-ci. Quand l’indifférence sociale dans le tri des élèves bien que valorisé institutionnellement demeure une source de difficultés éventuelle (P. Merle, 1998, p. 8). Contrairement aux modèles éducatifs asiatiques fortement axés sur la performance individuelle, les pays européens s’efforcent de concilier l’émulation intellectuelle avec une vision inclusive de l’éducation, où la réussite collective recherchée et le bien-être des apprenants occupent une place de choix. En Chine, le Gaokao[3], examen national d’entrée à l’université, illustre parfaitement la dynamique éducative. Véritable rite de passage, il impose une pression considérable sur les élèves et étudiants, dont l’avenir académique et professionnel dépend largement du succès à l’évaluation. Le nombre massif de candidats, les quotas provinciaux restrictifs et la hiérarchie des établissements d’enseignement supérieur exacerbent la concurrence, transformant l’examen en un enjeu social majeur. En Corée du Sud, la compétition s’instaure dès le plus jeune âge à travers la généralisation du tutorat privé. De nombreux enfants, parfois dès la maternelle, suivent des cours complémentaires dans les célèbres hagwons[4] afin d’accroître leurs chances de réussite aux examens nationaux très sélectifs. Le phénomène de formation des élites révèle une culture éducative où l’effort, la discipline et la performance constituent des normes sociales intériorisées, souvent au détriment du bien-être psychologique des apprenants. Cette orientation culturelle trouve ses racines, selon plusieurs auteurs dans les valeurs religieuses confucéennes de mérite, de travail assidu et de respect de la hiérarchie de distribution du savoir. L’État renforce la logique compétitive par des politiques publiques ambitieuses à travers des investissements massifs dans la qualité de l’éducation, l’internationalisation des universités et la promotion de l’excellence académique comme moteur du développement économique et technologique du pays. Il ressort de la littérature explorée que l’efficacité interne et externe d’un système éducatif dépend en grande partie des performances des élèves et étudiants. Malheureusement, la culture de l’excellence scolaire et universitaire se trouve ignorée au Togo avec pour effets les relents d’obscurantisme des institutions éducatives locales.
2.2. Politiques éducatives locales en dissonance avec les performances
scolaires et universitaires
À partir de l’année scolaire 2008-2009, plusieurs mesures
éducatives ont été prises par les pouvoirs publics. Certaines, loin de
contribuer à l’efficacité interne et externe du système, dégradent non
seulement les conditions d’apprentissage et de compétencialisation des
apprenants, mais privent les écoles, collèges, lycées et universités le rythme
classique de la concurrence académique. Parmi de telles mesures figurent :
la politique de promotion par sous-cycle encore dénommée « mesure de passage
automatique » à l’école primaire ; la politique de gratuité des
frais scolaires dans les établissements scolaires publics ; la
proscription des punitions disciplinaires dans l’enseignement primaire,
secondaire sans oublier la mesure d’encouragement à l’évaluation par
questionnaire à choix multiple (QCM) dans l’enseignement supérieur.
2.2.1. Politique de succès automatique à l’école primaire et faible
investissement didactique des élèves
Connue sous le vocable « passage automatique », la politique
de la promotion par sous-cycle vise à limiter le redoublement à l’école
primaire. Elle consiste à améliorer mécaniquement l’efficacité interne du
système éducatif national. Avant et bien après la grande réforme éducative de 1975,
les établissements scolaires et universitaires s’imposaient très sélectifs face
aux écoliers, élèves et étudiants. Pendant de longues années le système éducatif
togolais était une agence de sélection pure et dure, car les redoublements sont fatals. Succès fatale Le passage en classe supérieure s’obtenait par effort
assidu et soutenu de l’apprenant ; les redoublements et abandons le système
d’instruction publique. Par exemple, le passage du CM2, dernière année de
l’école primaire en sixième (6ème),
première année du collège, était conditionné par deux examens nationaux, à
savoir le Certificat d’Études Primaires (CEP) et le concours national d’entrée en sixième (A.
Lange, 1989). Le rendement éducatif du système éducatif togolais semblait
compromis. La situation éducative n’avantageait ni l’État ni les ménages à
cause du taux élevé de la déperdition scolaire. A la suite des recommandations
de la Conférence internationale d’Addis-Abeba (1961), l’État togolais a réformé
son système éducatif en 1975. L’engagement du gouvernement dans la réduction
des taux de redoublement s’est manifesté à partir de la réforme de l’année
1975. L’un des objectifs convoitait à améliorer le rendement du système
éducatif en mettant en place des mécanismes visant à réduire les déperditions
scolaires en vue d’accroître mécaniquement l’efficacité interne du système
d’enseignement public. L’Etat progressivement s’obligeât à réduire les forts
taux de redoublement, et de nos jours bannir presque les décrochages scolaires en
stipulant dans ses règlements qu’« au sein du système scolaire même, les
redoublements doivent être limités au strict minimum » (République
togolaise, 1975, p. 8). En dépit de la directive de la réforme éducative, les
redoublements des apprenants beaucoup plus faibles ont persisté dans le système
éducatif du pays. C’est alors que l’arrêté N° 080/MEPSA/CAB/SG du 10 octobre
2012 vient institutionnaliser le passage automatique dans les sous-cycles du
primaire (CP, CE, CM) au Togo. Par simple arrêté ministériel, l’Etat bannit les
redoublements là où bon lui semble à l’école primaire :
Le
cycle primaire est organisé pour compter de la rentrée scolaire 2012-2013, en
trois sous cycles correspondant chacun à des blocs de compétences bien
identifiés, conformément au
découpage ci-après : - Sous-cycle 1 pour les 1ère et 2ème années
(CP1 et CP2) ; - sous-cycle 2 pour les 3ème et 4ème années (CE1 et
CE2) ; - sous-cycle 3 pour les 5ème et 6ème années (CM1 et CM2). […] Le passage est automatique de la première à la deuxième
année de chaque sous cycle. Les redoublements n’interviennent qu’en fin de
sous-cycle.
D’après A. A. Nabi, l’initiative réglementaire gonfle l’efficacité interne du système éducatif. Alors « le postulat selon
lequel tout apprenant, quelles que soient ses potentialités, peut avoir accès à
la connaissance de base, a favorisé la mise en œuvre de la promotion
automatique, quitte à prendre des dispositions pour remédier les insuffisances
» (A. A. Nabi, 2021, p. 250). Cela va sans dire, que le passage automatique en
classe supérieure au primaire a poussé à la modification mécanique de
l’efficacité interne du système éducatif, de laquelle B. Bloom relativise en
disant :
La
plupart des élèves est capable de réaliser des apprentissages de niveau élevé, si l’enseignement est adéquat et les élèves sont aidés quand et
là où ils rencontrent des difficultés, si on leur donne suffisamment de temps
pour atteindre la maîtrise et s’il existe des critères clairs de ce qu’est
cette maîtrise (B. Bloom ,1988, pp.15-16).
Bien que les avantages de la politique de sous-cycles soient largement vantés par plusieurs chercheurs, celle-ci a beaucoup affaibli l’évolution de l’investissement intellectuel des apprenants à travers les établissements primaires et même secondaires et par ricochet supérieur, conformément à l’avis des principaux acteurs et partenaires de l’éducation nationale enquêtés. En effet, la résistance des acteurs s’explique sur le fondement selon lequel le redoublement est utile pour les élèves qui ont de mauvais résultats scolaires. Plus d’une décennie de mise en œuvre de la politique de réduction des redoublements, les observations empiriques montrent non seulement des difficultés liées à la transition des élèves entre les cycles d’enseignement primaire, mais une baisse implacable du niveau général des élèves et aujourd’hui des étudiants. La publication de E. K. Sénayah (2024) sur la perception des acteurs pédagogiques concernant la mise en œuvre de la mesure de réduction des redoublements à l’école primaire par simple arrêté ministériel, les directeurs et enseignants désapprouvent cette mesure parce qu’elle change négativement la dynamique de l’émulation entre élèves et plus loin les futurs étudiants de l’offre éducative togolaise. Les enquêtes de terrain précédentes prouvent que la majorité des acteurs directs de l’école (74,1% des directeurs, 90,8% des enseignants) n’a pas une bonne appréciation de la politique éducative favorables aux passages automatiques entre sous-cycles. Le tableau 2 annonce en détail les différentes perceptions des acteurs directs, notamment les chefs d’établissement scolaires et enseignants de l’enseignement primaire à propos de la mesure éducative bannissant les redoublements à l’école primaire.
Tableau 2 : Perceptions de la politique de sous-cycle par les acteurs de l’éducation
|
Perceptions
des acteurs |
Directeurs |
Enseignants |
|
Le
passage automatique permet de rendre l’éducation efficace |
48% |
20% |
|
Le
passage automatique permet de réduire les redoublements |
49% |
30% |
|
Le
passage automatique est une mesure pour lutter contre les abandons scolaires |
41% |
37% |
|
Le
passage automatique n’est pas une bonne chose |
85% |
91% |
|
Le
passage automatique est un casse-tête |
22% |
80% |
|
Le
passage automatique n’aide pas l’enfant |
77% |
88% |
|
Le
passage automatique rend les élèves paresseux |
80% |
92% |
|
Le
passage automatique a réduit l’investissement des élèves dans l’apprentissage |
85% |
94% |
|
Le
passage automatique a diminué le niveau d’investissement pédagogique des
enseignants du premier niveau des sous cycles |
87% |
65% |
|
Le
passage automatique a diminué le niveau d’engagement parental dans
l’encadrement des élèves |
89% |
92% |
|
Le
redoublement est mieux |
27% |
63% |
|
Le
passage automatique n’est pas adapté à nos conditions d’enseignement |
59% |
89% |
|
Les
autorités ont importé une politique qui n’arrange pas nos élèves |
53% |
67% |
Source : E. K. Sénayah,
2024, p. 122-123.
L’analyse des données collectées par l’auteur du tableau significatif auprès des chefs d’établissement et des enseignants fait ressortir que la politique de promotion par sous-cycle comporte plus d’inconvénients que d’avantages sur toute la chaîne du système éducatif local. Des conséquences se ressentiront structurellement sur la production des savoirs et valeurs selon E. K. Sénayah qui a retenu trois effets majeurs sur l’éducation nationale :
-
Réduction du degré d’investissement des
élèves dans l’apprentissage ;
- Insuffisance de travail chez de nombreux élèves ;
- Faible niveau d’acquisition des élèves en français et en
calcul.
Les conclusions des acteurs sur la politique éducative en
question paraissent globalement contre-productives. Les données qualitatives venant de plusieurs autres chefs
d’établissement, enseignants, administrateurs de l’éducation, parents d’élèves
et d’étudiants dans le cadre de la présente investigation s’unissent pour
avancer que la politique de promotion automatique des élèves à l’école primaire
non seulement ternit les pratiques éducatives rationnelles susceptibles de
développer l’excellence et les performances des élèves, mais entame le
rayonnement de tout le système éducatif national. L’agile déclaration d’un
parent d’élève au cours de notre enquête mérite d’être retranscrite ici :
La
politique des sous-cycles est un casse-tête pour les acteurs des écoles
primaires publiques. Certains pensent que cette politique a réduit le degré
d’investissement des apprenants dans l’apprentissage, ce qui agit sur leur
niveau d’acquisition. Sachant que leur réussite est garantie à la fin de
l’année scolaire, les élèves des classes « du passage automatique »
n’apprennent plus leurs leçons (Propos d’un parent d’élève).
Dans la même veine, un chef d’établissement dénonce carrément
les effets de la mesure du passage automatique sur l’excellence et les
performances en milieu scolaire :
À
cause de la politique de passage automatique, les enfants désapprennent. Ils ne
font pas leurs exercices de maison, car ils savent qu’à la fin de l’année, ils
ne vont pas échouer. Les élèves ne font plus aucun effort. Ils ne prennent plus
au sérieux le travail. Ils n’ont plus peur de leurs enseignants. Avec cette
mesure, il serait très compliqué pour certains élèves d’être excellents dans
leur parcours scolaire et plus tard universitaire.
Certains enseignants des classes de CP2, CE2 et CM2 pensent
que la politique du succès scolaire automatique à certains niveaux de l’école
primaire diminue le degré d’investissement pédagogique des enseignants. Ainsi,
au lieu que les enseignants au premier niveau des cycles d’enseignement du
primaire développent des méthodes pédagogiques pour motiver les élèves à
travailler, la plupart s’engagent très peu dans l’exercice de leur métier.
L’absentéisme et les retards s’observent fréquemment dans le corps enseignant
de l’enseignement primaire. Alors réagit un directeur d’école en ces
termes : « Certains enseignants profitent de la mesure du passage
automatique pour s’investir moins dans leur activité. Ils n’encouragent même
pas les élèves de leur classe à faire plus d’efforts » (Propos d’un directeur
d’école).
Adoptée dans l’enseignement primaire togolais depuis 2012 en vue de forcer l’efficacité interne du système éducatif, la politique de passage automatique dégrade la culture de performance et de l’excellence éducative surtout dans l’enseignement primaire public. Si les élèves connaissent une évolution graduelle dans leur scolarité, leur niveau général d’apprentissage et d’acquis ne reflète pas leur passage en classes supérieures. Plusieurs parents d’élèves et même les enseignants affirment clairement que certains élèves de la classe de CM1 ne savent pas écrire leurs propres noms et prénoms. Le passage automatique contribue à la réduction des taux de redoublements et de décrochages scolaires, cependant désorganise en vitesse le système de reproduction normale et générationnelle des ressources humaines attendues à l’angulaire de l’économie du développement du pays.
2.2.2. Politique de gratuité des frais de scolarité dans l’enseignement public :
l’excellence académique sacrifiée
En général, ce qui revient gratuit dans l’espace et le temps,
les humains n’accordent pas d’importance et ne font pas d’effort pour meilleur
usage du gracieux ; cela se vérifie aussi dans le secteur de l’éducation.
Là où l’éduction revient gratuite, souvent les individus, les ménages, les
familles et l’Etat lui-même s’investissent moins surtout en capital moral. Cela
va transparaître dans nos observations des phénomènes éducatifs locaux. Après la
politique du passage automatique à l’école primaire, L’Etat a
instauré la gratuité des frais de scolarité et d’études toujours à l’école
primaire dès 2008, puis étendu la mesure aux collèges et aux lycées
d’enseignement public à partir 2021. Les frais d’inscription et d’études dans
les universités publiques frôlent également la gratuité. Peu comprend que seule
la douleur demeure le maître de l’Homme.
La mesure de gratuité des frais de scolarité dans l’enseignement primaire
public inaugure un long schéma de spirale descendante tenant les causes
favorisant la baisse des performances scolaires et universitaires au Togo.
Recherchant à comprendre le raisonnement des partisans de la
gratuité, là où il ne faut pas, je me suis rapproché de A. Amouzou-Glikpa qui rappelle
le contexte de relations internationales exigeant que les actions en éducation
rentrent dans le canevas des programmes mondiaux de l’éducation déclinés dans
les objectifs de l’Éducation Pour Tous (EPT), les Objectifs du Millénaire pour
le Développement (OMD) et récemment les Objectifs du Développement Durable
(ODD). Tout comme plusieurs pays en développement, le Togo a souscrit aux
normes du droit international souvent ayant l’allure d’injonction pour faire. La
mise en œuvre de mesures éducatives correspondent souvent aux « modèles voyageurs »
(A. Amouzou-Glikpa,
2018). C’est à cet effet que la mesure de la
gratuité des frais de scolarité dans l’enseignement public prend sa source. La
gratuité de l’éducation au Togo reste beaucoup plus impulsée de l’extérieur que
de l’intérieur. Pourquoi c’est ainsi ? La question s’abandonne entre les
mains des géostratèges.
La mesure sociale
de gratuité des frais de scolarité dans l’enseignement primaire public bien que
salutaire pour les ménages et familles se retourne contre la production des performances
éducatives au Togo. Au lieu qu’elle soit un levier de progression du système
éducatif national, la méthode de subvention des programmes d’éducation formelle
des filles et fils du pays étrangle l’élan de la motivation intrinsèque et de
la motivation extrinsèque des forces vives de la nation tout autour de son
projet éducatif. D’autant plus que les acteurs publics ont initiés des
politiques éducatives favorables à la gratuité de l’éducation sans avoir exiger
des ménages un retour sur gratuité, par exemple l’obligation d’achat des livres
et manuels scolaires au programme d’études des élèves et étudiants.
En administration de l’éducation, l’observation des faits éducatifs empiriques indique que la politique de la gratuité des frais scolaires a radicalement changé le visage de l’offre éducative publique au Togo. L’éducation sans souffrance sociale et psychologique, donc à vil prix n’est pas un modèle d’éducation. Soutenue par les bailleurs de fond comme le PNUD, l’UNICEF, la Banque Mondiale, l’Agence Française de Développement, etc… ceux-ci avancent l’hypothèse selon laquelle la gratuité de l’éducation permet d’atteinte de la scolarisation primaire universelle et plus de rétention des apprenants dans les circuits de formation. Toutefois, l’analyse des conditions de sa mise en œuvre permet de relever des effets immédiats (J.-P. Olivier de Sardan, 2008). Sans avoir réalisé une étude préalable pertinente pour évaluer les contours de la gratuité de l’offre publique éducative, l’État togolais a fini par sacrifier la recherche de l’excellence académique et des performances scolaires au bénéfice de la formation d’un grand nombre d’enfants dans des conditions d’apprentissage précaires. Selon les directeurs d’écoles primaires, la mesure sociale a fait augmenter considérablement les effectifs des classes, notamment au primaire et dans le collège. D’après eux, les effectifs moyens qui tournaient autour de soixante élèves par classe au primaire sont passés jusqu’à cent (100) voire cent vingt (120) élèves par instituteur alors que les ressources humaines et infrastructurelles restent stagnées. Un enseignant dans un panel sur la question réagit à la situation : « Comment nos élèves peuvent être performants si le nombre des salles de classe et des enseignants n’est pas proportionnel aux effectifs des élèves ? » (Propos d’un enseignant).
Introduite
au Togo par le décret n°2008-/29/PR du 02 octobre 2008, le règlement de la
gratuité des frais de scolarité dans l’enseignement primaire public au Togo et
généralisé dans les collèges et lycées à partir de 2021 n’a pas obtenu à partir
de nos enquêtes actuelles le consentement de la majorité des différents acteurs
du partenariat du système éducatif national. Les pratiques éducatives induites
dans le fonctionnement des écoles, collèges, lycées compromettent sévèrement la
qualité des activités et apprentissages dans les institutions éducatives. Si les
familles inscrivent de plus en plus d’enfants à l’école, cela n’étant pas mal
en soi, pour gonfler considérablement les effectifs des classes, les intrants
éducatifs et autres ressources n’accompagnent guère l’élan et les enchaînements
sociaux de la gratuité de l’éducation au Togo. Certains partenaires surtout
internationaux du ministère en charge des enseignements primaires et
secondaires félicitent le gouvernement d’avoir adopté la politique de gratuité
de l’instruction publique, toutefois gardent silence sur les problèmes
engendrés par les décisions prématurées et hâtives sur le système éducatif
national. Tout le monde le sait, les effectifs élevés dans les salles de classe
lèsent l’encadrement pédagogique de chaque apprenant. Certaines écoles
primaires visitées pendant l’actuelle enquête, ont des effectifs pléthoriques
d’élèves dans les salles de classe « pleines à craquer », selon
l’expression d’un instituteur. Les informations venant d’un autre enseignant
étalent clairement l’impact de la gratuité des frais de scolarité sur les
performances scolaires au Togo :
Dans
presque toutes nos salles, les effectifs de nos élèves sont au-delà de cent par
classe. Les élèves s’asseyent à 4 par banc qui est prévu pour deux élèves. Mon
souhait est que tous réussissent brillamment, mais je ne peux pas faire au-delà
de mes capacités. Vu l’effectif et la disposition des bancs, certains élèves
dorment dans la salle sans que je m’en rende compte. Tous ces problèmes
affectent la qualité des apprentissages et des résultats de nos apprenants (propos
d’un enseignant à l’EPP Kitidjan, Lomé).
L’analyse de la déclaration de l’enseignant panéliste de
l’enquête prouve que la mesure de gratuité des frais de scolarité dans
l’enseignement public sert un intérêt sociétal illusoire. Sans intrants et sans
infrastructures d’apprentissage pour une organisation rationnelle d’un système
éducatif national, les performances des résultats à poursuivre par les élèves
resteraient abstraites, impossibles à réaliser. Pour qu’un élève « soit performant aujourd’hui à l’école
publique en effectifs pléthoriques, il lui faut forcément des cours
particuliers de soutien appelés répétitions, car la surdemande éducative
actuelle de la population, décourage à offrir un meilleur suivi des
apprenants à l’école », conclut un enseignant.
2.2.3. Interdiction des
punitions disciplinaires à l’école : une mesure non alignée sur les
réalités des processus éducatifs locaux
La finalité de toute entreprise de formation de l’enfance et
de la jeunesse consiste à atteindre des objectifs éducatifs clairs de
développement personnel, scientifique, bref cognitif par l’apprentissage plus
la création. Si l’Etat premier partenaire du secteur a en tête l’efficacité
interne et l’efficacité externe du système éducatif national. Peut-on éduquer
sans punir ? La proscription des punitions des élèves paresseux, en
particulier par l’usage proportionné du bâton scolaire omniprésent dans le
paysage de l’éducation traditionnel encore régissant les pans entiers des
régions ethniques du pays complique la mission publique des enseignants de plus
en plus dominés par l’indiscipline en généralisation dans les établissements
d’enseignement publics. Le seul maître de l’humain étant la douleur, on ne peut
bannir celle-ci dans les activités et processus éducatifs sans conséquences. Au
Togo l’usage du bâton scolaire et des châtiments corporels est formellement
interdit dans le système éducatif depuis la Réforme de l’enseignement de 1975.
Si cette interdiction était théorique par le passé, elle est régulièrement
rappelée à coups de circulaires ministériels par les premiers acteurs publics pour lutter contre les
violences scolaires. L’origine du regain d’intérêt pour bannir les punitions en
milieu scolaire remonte à la Convention des droits de l’enfant de l’ONU du 20
novembre 1989 et à la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfance
(CADBE) du 11 juillet 1990. L’usage de la violence pendant les processus
éducatifs dans les établissements publics d’enseignement et même à la maison par
l’emploi du bâton scolaire est désormais prohibé.
Par « usage du bâton scolaire », il s’agit de toutes
les formes de sévices corporelles pour contraindre les élèves au travail
éducatif. Des actes comme : fesser les élèves, leur tirer les oreilles,
leur faire casser les pompes, professer les injures, tout cela est désormais
proscrit dans les écoles publiques togolaises bien qu’en pratique dans les familles et ménages. Les punitions sont à écarter aujourd’hui dans les processus
éducatifs des établissements publics d’enseignement. La mesure soulève
premièrement plusieurs interrogations. Pourquoi attendre maintenant pour rendre
applicable la disposition d’interdiction du bâton scolaire dans les écoles togolaises
alors que le pays vivait en fait l’administration proportionnée des peines
disciplinaires dans les établissements scolaires depuis l’indépendance du
pays ? Combien
d’élèves ont-ils quitté les bancs de l’école juste à cause des
punitions ? La plupart des ministres, hauts fonctionnaires de l’Administration publique de l’éducation elle-même ne sont-ils pas des produits de l’ancien système
éducatif très coercitif sur les élèves ? La majorité des professeurs
d’universités ayant obtenu les diplômes d’excellence universitaires sur le plan
national et international, ne sont-ils pas des produits de l’ancien système
éducatif propre à punir les élèves indisciplinés et paresseux ?
L’analyse des données obtenues sur le terrain à propos du bannissement
du bâton scolaire dans le système éducatif local démonte la décision qui relève
de la démagogie, de la diversion politique de l’hypocrisie et de la
manipulation selon plusieurs voix de panélistes qui se sont exprimés sur la
problématiques des sanctions à infliger aux apprenants récalcitrants en milieu
scolaire. Les panélistes du sujet souhaitent que les sanctions soient
proportionnelles aux fautes commises par les élèves. Se conformer aux normes
internationales de manière à géométrie variable s’inscrit
dans la lignée de ce que certains auteurs appellent les politiques de « modèles
voyageurs ». En effet, la notion de
« modèles voyageurs » renvoie aux réformes
« prêt-à-porter » de politiques publiques conçues et testées dans une
partie du monde et que l’on tente de reproduire localement, parce qu’elles ont
réussi à donner un résultat de succès ailleurs. Seulement, ces modèles
voyageurs ne parviennent pas à fonctionner partout à cause de la diversité
culturelle en contextes locaux.
Au Togo, la proscription de l’usage du bâton scolaire dans l’enseignement
s’apparente à une réforme de « prêt-à-porter dans la mesure où cette proscription ne s’est substituée d’aucune pratique
pédagogique innovante permettant aux enseignants d’administrer un meilleur encadrement
des élèves. Dans les écoles, collèges et lycées publics, les enseignants
éprouvent d’énormes difficultés à inventer des moyens de punition des élèves
fautifs n’acceptant pas les activités d’apprentissage. Au lieu qu’une mesure
réglementaire améliore l’efficacité interne et externe du système éducatif, elle
déraille les moyens de rayonnement et d’excellenciation des établissements
scolaires du pays. Un directeur d’un CEG rougit visiblement en condamnant
l’interdiction du bâton scolaire, gendarme de la productivité et du rendement
de l’apprenant : « Interdire le bâton à l’école est la mauvaise
chose qui puisse arriver aux enfants africains en général et togolais en
particulier. Il suffit que le plus paresseux des élèves se rappelle du bâton
pour adopter les bonnes habitudes studieuses ». Un autre enseignant
d’un collège privé à Lomé de déplorer la proscription des peines disciplinaires
en ses termes :
Je
reconnais aussi que certains enseignants ont la main démesurément lourde et
blessent à tout vent, les élèves. Mais il faut reconnaitre que c’est toujours
dans l’intention de faire travailler ces derniers. Si les autorités estiment
que le bâton est trop agressif, sa suppression du système de l’éducation ne me
parait pas la meilleure solution.
Il revient à former les enseignants à l’usage proportionnel
du bâton scolaire, car « il est interdit d’interdire »,
remarque un administrateur de l’éducation qui complète : « l’interdiction
du bâton s’accompagne aujourd’hui de la baisse du niveau général des élèves et
de la montée de la délinquance au sein des établissements scolaires. En effet,
des pratiques que les élèves ne pouvaient ne serait-ce qu’imaginer par le
passé, sont devenus actuellement, leur sport matinal » (Propos d’un
administrateur de l’éducation).
Suivant plusieurs parents d’élèves et
enseignants, si les écoles d’enseignement privées continuent par enregistrer
les meilleurs taux de réussite aux examens nationaux, c’est justement à cause
de la rigueur et de l’usage de bâton scolaire comme instrument indispensable de
punition. La tendance « à
vouloir tout copier de l’Occident fout en l’air nos valeurs cardinales de bonne
éducation, déstructure nos fondamentaux traditionnels, bafoue nos mœurs et
conduit notre société à sa ruine », laisse entendre cet
administrateur de l’éducation.
Plusieurs d’autres parents d’élèves et d’étudiants chrétiens
ou musulmans ou adeptes de la religion traditionnelle ne comprennent toujours
pas le bien-fondé de la mesure anti-bâton scolaire. Au point où les parents
chrétiens ou musulmans se demandent : « est-ce que punir un élève
avec le bâton est-il un péché ? Le bon Dieu, le Miséricordieux n’a-t-il
pas instruit de punir les enfants avec la verge ? ». Suivant
plusieurs panélistes, si l’éducation religieuse considère les châtiments
corporels comme une partie essentielle de l’éducation, il ne revient pas à l’être
humain et encore moins à un Africain de proscrire son usage dans l’enseignement
public dans la mesure où le niveau de discipline des élèves reste encore à
développer partout. D’ailleurs rien, jusqu’à ce jour, ne confirme que le
développement social, économique, politique et technologique des pays
occidentaux vient du fait que le bâton scolaire ne s’utilise pas dans leurs
écoles. Au contraire plusieurs témoignages concordent pour indiquer que la
polyvalence du peuple chinois dans les secteurs clés du développement
économique, tire sa source de la rigueur instaurée dans son système éducatif
national très formel.
Le
système éducatif chinois est très strict et très sévère y compris
vis-à-vis des parents qui reçoivent des
punitions à la place de leurs enfants si d’aventure ceux-ci fautaient. Car le
monde de l’éducation accuse les parents de laxisme, de ne pouvoir « éduquer » leurs enfants. Et les élèves chinois sont parmi les
meilleurs au monde dépassant de loin les élèves du monde occidental surtout
européen » (https://icilome.com/2023/01/togo-leleve-a-le-plus-besoin-de-baton).
L’examen des différentes données qualitatives collectées
indique que les enseignants et chefs d’établissements scolaires publics
observent la recommandation anti-bâton scolaire par peur d’être radiés de la
fonction publique. Tous sont conscients de l’impact négatif de la proscription
de l’usage du bâton scolaire sur les stratégies de booster les performances
académiques des élèves. Depuis l’interdiction des peines disciplinaires dans
l’enseignement public, aucune source n’indique la progression de l’efficacité
interne et de l’efficacité externe du système éducatif. Le système éducatif
local se corrompt de tout côte par défaut de sanction aux contrevenants en
milieu éducatif, situation à son tour qui éloigne l’institution scolaire des
principes à partager des performances et du rayonnement des écoles, collèges,
lycées et plus loin l’université. Les actes répréhensibles se multiplient dans
le secteur éducatif. Les élèves du secondaire se permettent de nos jours, de monter
sur leurs téléphones portables les vidéos obscènes et se partager entre eux dans les salles de classes en présence de l’enseignant (https://full-news.tg/togo-exclusion-interdiction-dun-eleve-video-tournee-plein-cours). Dans la Région éducative des plateaux,
le niveau immoral et d’indiscipline atteint, fait état des élèves-garçons ayant
enceinté leurs camarades élèves filles[5]. Les conséquences néfastes de l’interdiction du bâton
scolaire dans l’éducation nationale peuvent encore être multipliés. Par
ailleurs, la proscription des peines disciplinaire proportionnées dans le
système éducatif s’interprète par les chefs d’établissements scolaires,
enseignants et administrateurs de l’éducation comme un moyen subtil de
reproduction des inégalités sociales et du maintien des populations dans leurs
classes sociales originelles. Les enfants issus des clans sociaux défavorisés,
sans soutiens ni suivis nécessaires à la nouvelle école sans régulations, manqueront
continuellement des stratégies adéquates pour réussir leurs études, compétir à chance égale sur le marché du travail et dans la
sphère de la confrontation politique comme les enfants des catégories
socio-économiques historiquement plus favorisés. Une proportion significative
des enquêtés, interprète que les enfants des acteurs publics ayant pris les
décisions anti-punition des élèves ne se trouvent pas dans le pays pour
fréquenter les établissements scolaires sans réglementations disciplinaires.
Les enfants dont les parents fabriquent les lois et règlements iniques sont
inscrits dans les meilleures écoles en Occident où les valeurs, normes de
rigueur, la discipline, la promotion de l’excellence académique et les
performances éducatives se trouvent extrêmement priorisées.
2.2.4. Echec des performances éducatives par banalisation avancée de la concurrence
scolaire et universitaire
Depuis quelques années, le système éducatif local semble
basculer de l’approche par objectif (APO) à l’approche par compétence (APC). Comme
si l’une ou l’autre méthode n’a pas de prix de l’inconfort intellectuel à payer
avant tout gain d’acquis cognitif. Le problème de l’éducation nationale ne se
pose pas là pour attiser une querelle de chapelle entre théoriciens
pédagogiques importés ou du pays. Il est plus profond que cela. Toutefois les
chefs d’établissement d’enseignement public se voient obliger d’appliquer la
nouvelle approche dans l’enseignement primaire et secondaire. Elle contraint
les enseignants à revoir leurs pratiques pédagogiques et leur manière d’évaluer
les élèves. Contrairement à l’ancienne pédagogie basée sur la mémorisation
suivant ses détracteurs, les partisans pense que l’APC privilégie le
développement de compétences pratiques et impactantes. Ainsi elle a pour
objectif de ne plus limiter les élèves à réciter, mais qu’ils sachent utiliser
leurs connaissances pour résoudre les problèmes concrets. L’objectif est de
former des apprenants capables de s’adapter aisément à toutes situations de la
vie et du marché du travail. Dans le nouveau système, les évaluations ne se
réduisent plus à des questions purement théoriques, mais doivent mesurer la
capacité des élèves à analyser, appliquer, créer et interagir.
Si la majorité des directeurs d’écoles, collèges et proviseurs des lycées trouvent l’approche par compétence très efficace, les enseignants estiment que cette dernière réduit la capacité de mémorisation des élèves. D’après alors le corps enseignant, les conditions d’évaluation des apprenants dans la nouvelle approche ne développe pas la capacité analytique, critique et d’interprétation de l’élève. Les épreuves d’examen « ne sont plus ce qu’on connaissait il y a 10 ans ou 15 ans. Avec l’APC, les épreuves de composition sont à moitié corrigées de fait », réagit un enseignant au cours de l’enquête. Plusieurs parents interrogés doutent des résultats scolaires de leurs enfants. Pour certains, les modes d’évaluation instaurés par la nouvelle approche pédagogique n’exigent plus assez d’efforts intellectuels de la part des apprenants. De nos jours, lance un panéliste de l’enquête « beaucoup d’élèves n’apprennent pas sérieusement leurs leçons, mais ils réussissent à la fin d’année scolaire. Parce que les épreuves sont faciles à traiter ». Les comparaisons de pratiques éducatives d’un parent d’élève mettent en lumière la faiblesse du mode d’évaluation dans le contexte de l’APC : « Avant, pour réussir à l’examen du Baccalauréat deuxième partie, il faut être quelqu’un de studieux. Ce sont les meilleurs élèves qui arrivent à décrocher d’emblée l’examen du BAC. Maintenant, même les élèves qui ne savent pas formuler une phrase correcte aussi réussissent facilement au Bac » qui représente quand même le premier diplôme universitaire. Nombreux sont des enseignants et parents d’élèves qui s’étonnent de la progression rapide et remarquable des résultats au Baccalauréat deuxième partie, pour eux à cause de la mollesse des épreuves. Les taux de réussite au Baccalauréat deuxième partie au Togo, qui étaient en bas de 20% sur décennie 1980-1990, grimpe progressivement entre 2015 à 2026 à 49,11% en 2015 ; 62,93% en 2017 ; 69,59% en 2021 ; 74,34% en 2022 ; 79,43% en 2023 et à 81,29% en 2026 avec un taux record jamais obtenu dans le pays. Au lieu de se féliciter de la progression exceptionnelle, les parents d’élèves et enseignants eux-mêmes se moquent éperdument de ces résultats. L’un des panélistes sur le sujet à pu dire sans détour : « Je ne connais pas le miracle qui s’est opéré. Même des élèves ayant moins de sept sur vingt (7/20) comme moyenne au premier semestre, admettent à l’examen du Bac » (Propos d’un enseignant de lycée). Il apparaît clairement que l’approche par compétence vise plus à rehausser les taux de réussite qu’à offrir aux apprenants les conditions d’évaluation rigoureuses en poussant chaque élève à se transcender avant de passer en classe supérieure ou entrer à l’université.
À l’instar de l’enseignement primaire et secondaire, les
modes d’évaluation adoptés dans les universités publiques du pays ne promeuvent
pas véritablement l’excellence universitaire. Dans plusieurs unités d’enseignement,
les épreuves d’examen sont composées en questionnaire à choix multiple (QCM).
L’objectif de ces modes d’évaluation presqu’à la loterie, vise plus à élever
les taux de réussite universitaires. En effet, pour réduire le taux d’échec
universitaire, les dirigeants du sous-secteur éducatif instaurent les modes
d’évaluation par QCM. Il s’agit d’une technique dévaluation où l’enseignant-chercheur
pose des questions comportant en même temps des éléments de réponses à choisir
par le candidat ou l’étudiant. La méthode d’évaluation semble être largement
appréciée par les étudiants enquêtés pour la simple raison que « sans
même apprendre les cours, on peut choisir les bonnes réponses même par hasard
et valider ainsi la matière ». Les critiques des nouvelles techniques
d’évaluation fusent de certains enseignant-chercheurs fidèles aux « modes
d’évaluation traditionnels »[6]. Les administrateurs
de l’éducation enquêtés déclarent que les évaluations par QCM n’encouragent pas
l’excellence universitaire dans la mesure où elles n’offrent pas la possibilité
aux étudiants de réfléchir, d’analyser, d’interpréter, de raisonner, de faire
les critiques, d’argumenter, etc… et enfin construire ses réponses. Tous les
pénalistes de la question affirment en conclusion que « évaluer les
apprenants par QCM, c’est vouloir leur transmettre la culture de la facilité et
du raccourcis » En faisant croire comme si dans le monde réel, les problèmes
se posent à droite d’une personne et les réponses à choisir, se trouvent
suggérées à sa gauche, donc à côté des problèmes.
Alors conscients de l’impact du mode d’évaluation
universitaire sur la qualité des ressources humaines en formation, certains
enseignants fidèles à l’ancien système d’évaluation, remettent en cause avec
virulence la pertinence en Afrique où presque tout est à concevoir, la nouvelle
forme d’évaluation des étudiants. D’après S. Aléza (2021), à considérer la
tendance du système actuel qui pousse les enseignants-chercheurs en lettres,
sciences humaines et sociales à évaluer les étudiants par QCM- questionnaire à
choix multiples- alors que ces filières de formation de la main-d’œuvre
pensante, analytique et écrivaine ne s’y prêtent pas réellement. Selon
l’auteur, l’on comprend qu’il s’agit d’ouvrir les vannes d’une catégorie de
diplômés sous-qualifiée en lettres, sciences humaines et sociales. Les spécialistes
des sciences de l’éducation persuadent réellement que la méthode d’évaluation
en promotion dans les facultés, écoles et instituts peut baisser l’aptitude des
étudiants à l’apprentissage, à la mémorisation, aux raisonnements, à la
conception, au cérébralisme, à l’effort intellectuel et à la capacité de
recherche, une fois les QCM généralisés à l’université. Mal formés et évalués,
mais diplômés quand même, les étudiants auront peu d’impact sur le marché de la
compétition aux emplois, professions, titres, postes et luttes de pouvoir.
Comment peut-on évaluer ainsi les étudiants en lettres, sciences humaines et
sociales quand on sait que tout dans la vie publique et même privée se
construit, se crée, se négocie, se projette, se prouve, se programme, se gagne
non par loterie, mais par l’effort humain sans limites. En plus, dans le
concret des rapports culturels, sociaux, économiques, juridiques,
scientifiques, etc… il n’y a que des problèmes de nature soit locale soit
globale ou infiniment petite ou infiniment ou encore infiniment complexe à
résoudre. Les solutions ne sont jamais déposées à côté des problèmes, à l’air
libre, et à choisir comme semblent le suggérer indirectement les auteurs et
complices de la technique d’évaluation QCM, loin du fond. D’autres partisans
naïfs de la technique d’évaluation tentent de réaliser une révolution
évaluative pour booster le succès des étudiants avec des diplômes vides. Au
lieu de la rigueur, d’aucuns insufflent ainsi du ludisme et de la passivité
intellectuelle dans les activités et processus universitaires. Ainsi les
méthodes d’évaluation classiques en lettres, sciences humaines et sociales sont
à défendre farouchement conformément à la tradition universitaire dans le
domaine, à défaut la fin du raisonnement scientifique à développer chez les
étudiants arrive au galop pour annoncer les ruines des universités publiques.
Que ce soit dans l’enseignement primaire, secondaire ou
universitaire, il apparaît clair que les conditions d’évaluation des apprenants
ne promeuvent pas véritablement la compétition académique permettant la
formation d’un capital humain hautement qualifié pour s’investir dans tous les
secteurs clés du développement du pays. Seul une politique de l’excellence
scolaire et universitaire rendra autosuffisant les pays en développement dans
l’agriculture, l’élevage, l’industrie appropriée, les services,
l’environnement, l’éducation, la santé, la démocratie, l’État de droit, etc.
Parce que l’émergence d’un pays par le processus de développement durable des
populations passe inévitablement par la conduite d’un système de reproduction
efficace et efficient du capital humain véritablement compétent. À défaut de la compétition académique, le
système éducatif devient un instrument de reproduction des hiérarchies
sociales. Les enfants des classes aisées poursuivent des trajectoires
d’excellence, tandis que ceux des milieux défavorisés restent marginalisés. Et
par conséquent, l’éducation tend à reproduire les inégalités sociales plutôt
que de les corriger.
2.2.5. Proclamation non publique et solennelle des résultats scolaires et universitaires : obstacle au développement de la performance éducative.
Outre, les modes d’évaluation au rabais très critiqués par
les partenaires du système éducatif local, la stratégie en biais de la publication
des résultats éducatifs s’ajoute à la chaîne de facteurs défavorables à la performance
des élèves et étudiants au moyen de la concurrence académique. L’université de
Lomé depuis sa création jusqu’à l’année universitaire 2015-2016, proclamait
publiquement et par ordre de mérite les résultats du travail des étudiants,
soit par affichage soit par consultation sur le site de l’institution
accessible à tout le monde[7]. De multiples témoignages de panélistes sur la question
applaudissent ce mode de proclamer les résultats universitaires parce que aiguise
une certaine rivalité positive entre les étudiants de l’amont en aval de
l’évolution des années d’études. Dans
l’intention « de ne pas se faire dépasser par ses camarades de
promotion à la fin de chaque semestre, chacun des étudiants se concentrait pour
se dépasser soi-même avant de vouloir dépasser les autres », renseigne un administrateur de l’éducation. Les observateurs avérés des faits
éducatifs comme les enseignants et agents de l’administration confirment que la
proclamation publique des résultats éducatifs par affichage ou sur le site
Internet de l’institution ouvert à tous, a contribué à la concurrence
universitaire et à l’évolution positive de la communauté étudiante. Certains
étudiants avouent maintenant que s’ils ont pu valider les matières enseignées,
puis obtenir leurs diplômes dans un délai raisonnable, c’est
grâce à la proclamation des résultats toujours rendue publique. Ce qui force
les ajournés à se venger à la prochaine session d’examen.
A partir de l’année universitaire 2016-2017, l’université a
doté chaque étudiant inscrit d’un code personnel lui permettant de consulter confidentiellement
ses propres résultats universitaires à la fin de chaque semestre. Ainsi aucun
étudiant n’a plus la possibilité de connaître les notes et moyennes de ses camarades
à moins qu’il ait accès à leur mot de passe numérique. Les notes obtenues par
les étudiants dans les unités d’enseignement sont déposées alors en catimini,
bien cachées, en secret, à l’insu de tous, non par ordre de mérite, donc sans gloire
ni honneur pour les meilleurs et performants étudiants, ou à l’inverse sans honte au milieu des camarades pour les
étudiants médiocres ou contre-performants. Les exploits étudiants paraissent
inséparables de l’édification des meilleurs systèmes universitaires du monde
qui savent reproduire à la fin les ressources humaines les plus talentueuses
pour l’Etat, l’œuvre du développement, la Défense et la protection de la
nation. D’après plusieurs participants à l’enquête, notamment les enseignants,
administrateurs et certains parents d’étudiants instruits, la nouvelle
stratégie de proclamation des résultats universitaires n’encouragent pas les
étudiants à se transcender dans le but de valider brillamment les unités
d’enseignement de leur parcours d’études. Les moqueries et la honte qui
transformaient les étudiants médiocres en meilleurs en temps de proclamation
publique des résultats éducatifs par affichage, se retrouvent camouflés par le nouveau
mode de publication des résultats universitaires. La réaction d’un étudiant
panéliste sur le thème a eu le courage de dire : « Je peux obtenir
une mauvaise note. C’est moi seul qui le sait » (Propos d’un étudiant
en deuxième année de géographie). Avec la nouvelle méthode secrète de proclamation
des résultats d’études à l’université, les étudiants n’ont plus peur d’obtenir
des notes médiocres. La compétition universitaire qui obligeait la communauté
estudiantine à travailler jusqu’à l’épuisement pour survivre et mériter sa
place parmi la nation s’est complètement effacée. Par conséquent, la paresse
pèse lourdement sur plusieurs étudiants avec pour effet : récurrence des mauvaises
notes lors des examens semestriels[8] ; obtention tardive du diplôme de Licence ; non
éligibilité pour les études du grade Master ; enfin consommation générale
de l’inefficacité interne et externe de l’enseignement supérieur. Les étudiants
n’étudient plus pour acquérir les connaissances et les compétences, mais juste
pour valider les matières souvent avec juste
10 sur 20, les examens pour obtenir le diplôme.
Les observations empiriques couplées aux déclarations des
enseignants, étudiants et élèves attestent que le nouveau style de proclamation
des résultats universitaires se généralise subtilement dans l’ensemble du
système éducatif national. En effet, dans les collèges et lycées du pays, l’annonce
des résultats aujourd’hui passe par le partage des bulletins scolaires
simplement dans les salles de classe, sans égard à l’ordre de mérite. Cependant,
avant la distribution des bulletins dans les classes, les cinq (5) premiers de
la classe sont proclamés publiquement. Pourquoi une proclamation publique des
résultats scolaires extrêmement partielle et limitée ? D’après les enseignants, c’est l’administration
de l’école qui ordonne les responsables de classe de communiquer aux élèves
seulement la moyenne obtenue par le 1er de la classe et celle du
dernier de la classe, cela sans désignation des élèves par leurs noms et prénoms.
Passée l’étape, le responsable de la classe procède à la distribution silencieuse
des bulletins de résultats scolaires soit par ordre alphabétique suivant la liste
de classe ou soit par élève ayant régularisé leur situation de cotisation
financière de soutien au fonctionnement
de l’établissement, communément appelée cotisations parallèles[9]. Le contexte d’annonce des résultats éducatifs dans un niveau
scolaire ne présente publiquement ni le premier ni le dernier de la classe. Il
revient aux élèves de jouer aux détectives privées pour identifier les élèves
les plus brillants et ceux les moins méritants.
Tout comme dans les lycées et collèges, depuis quelques années l’anonymat entoure les délibérations et les proclamations de résultats des élèves de l’enseignement primaire. Ici encore les résultats scolaires, à la fin de chaque trimestre, ne sont plus rendus publics devant tout le monde comme jadis. Par le passé, la proclamation des résultats des élèves du primaire réunissait tous les élèves, leurs parents et enseignants sur la cour de l’établissement scolaire. Le responsable de chaque classe détenait la liste de tous les admis classés par ordre de mérite, du premier jusqu’au dernier élève. Au cours de l’annonce des résultats scolaires, les cinq premiers de chaque classe avaient souvent droit aux ovations de la foule rassemblée solennellement pour la circonstance. A part les acclamations de la foule, le comité des parents d’élèves adressait ses félicitations et encouragements parfois avec distribution de prix aux élèves excellents des différentes classes de l’école primaire. La stratégie de reconnaissance des meilleurs élèves encourageait la concurrence scolaire positive aujourd’hui négligée, qui se révélait comme éléments motivateurs des forces adolescentes et juvéniles. Les observations faites dans plusieurs établissements de l’enseignement primaire lors de rendre compte des résultats des élèves, pointent du doigt une discrétion anormale, voire pathétique entourant désormais la proclamation des résultats scolaires. Après les compositions de fin de trimestre, l’administration de l’école demande à chaque apprenant d’apporter son livret scolaire dans lequel les notes de l’apprenant et le rang occupé se consignent subtilement. Au moment de livrer les résultats éducatifs, alors les responsables de classe se contentent de remettre passivement les livrets scolaires aux élèves. En conséquence, les élèves ne connaissent leur moyenne, le rang occupé et la décision finale de succès ou d’échec ou encore de renvoi de l’établissement qu’après avoir ouvert leurs carnets scolaires. Alors que l’enseignement de base constitue le niveau crucial où la concurrence éducative devrait démarrer pour se maintenir tout au long du parcours en direction de l’université en passant par le collège et le lycée. Aujourd’hui, le secret enfermant l’annonce des résultats scolaires et universitaires dans le système éducatif togolais comporte une sorte de complot sournois, mais stratégique consistant à affaiblir le potentiel des populations par le terrassement de la loi naturelle de sélection sociale par le mérite au travail. L’éducation formel est un marché, comme tout autre. Elle fonctionne très bien que sur les principes de concurrence académique dont les règles du jeu de sélection sont connues d’avance par les usagers du service public et privé de l’éducation nationale.
3 – Discussions :
Le système éducatif national, loin d’une agence normale de sélection
Alors que les
systèmes éducatifs nationaux de plusieurs pays tirent leur excellence
académique et rayonnement par la mise en
concurrence des personnes physiques et morales à l’intérieur des institutions
d’enseignement publiques et privées, l’éducation formelle au Togo s’organise de
manière étrange. En tournant dos aux valeurs simples, mais déterminantes dans
la mobilisation individuelle, sociale et plus loin politique faisant de
l’éducation nationale une question pas de confort ou de luxe ou encore de
reconduction du passé, mais de survie personnelle et collective.
3.1- Performances académiques
comme rameau de la concurrence éducative
L’excellence scolaire et universitaire des apprenants détermine l’efficacité interne du système éducatif en réduisant les taux de redoublement et d’abandon par les méthodes d’apprentissage universellement reconnues pour booster les taux de succès des élèves et étudiants. Les apprenants performants, centrés sur l’objectif d’apprentissage et d’acquis cognitifs, facilitent la gestion de groupe dans un établissement pour rehausser finalement sa réputation. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs établissements scolaires priorisent la culture de l’excellence depuis les travaux de C. Lessard et de son équipe (2015). D’après ces auteurs, l’évolution historique des politiques éducatives dans de nombreux pays industrialisés témoigne de la transition d’un référentiel fondé sur la démocratisation de l’accès à un système public intégré, vers un nouveau paradigme centré sur l’efficacité interne de l’éducation. Les politiques dans le domaine visaient initialement à garantir un accès équitable à une éducation de qualité, indépendamment des conditions sociales ou géographiques. Toutefois la massification scolaire, accompagnée de faiblesses inhérentes à toute quantité, et faisant l’objet de critiques à l’encontre de tels systèmes éducatifs pléthoriques, a conduit à accorder une attention plus nette à la recherche de performances des élèves et étudiants. Alors que ces performances ne s’exercent que dans le cadre de la dynamique de la concurrence entre usagers du marché de l’éducation (E. Combe, 2020). Depuis la contribution de l’auteur, l’excellence académique et la concurrence font bon ménage. Quand bon nombre d’acteurs dans le paysage éducatif considéraient les deux concepts comme antinomiques. Qui n'a pas entendu que le sanctuaire du savoir et des apprentissages se devait à tout prix d'être préservé de toute compétition ? Interroge E. Combe. Pour lui, la concurrence existe en réalité depuis fort longtemps dans le système éducatif et même sous sa forme la plus redoutable. La concurrence entre élèves et entre étudiants engendre performances ; celles-ci servent de fondement à l’efficacité interne, donc aux résultats éducatifs meilleurs. Les analyses de E. Combe confirment la place des performances éducatives comme produits de l’efficacité interne de l’enseignement et prenant sa source dans la compétition académique. L’excellence scolaire et universitaire performe alors les résultats éducatifs bien plus favorables à l’efficacité externe des établissements publics d’enseignement.
3.2- Performances académiques comme rameau de la
qualité d’un système éducatif
Les
performances éducatives ne s’obtiennent pas pour le confort, mais pour la cause
de l’insertion sur le marché de la production des valeurs et actifs. L’efficacité
externe du système éducatif renvoie simplement à l’employabilité de ses
produits, en l’occurrence les diplômés sur le marché du travail privé ou
public, local ou international. Les performances académiques acquises par les
apprenants préparent à leur l’insertion socio-professionnelle. Une étude de
l’OCDE confirme l’état de fait qui considère l’excellence éducative comme
levier essentiel
et un enjeu fondamental dotant de capacités les sociétés de développement (OCDE,
2001 p. 47). Quant à M. Azizoun et pair, ils établissent que les performances
scolaires et universitaires s’associent à la qualité de l’éducation dont la
raison d’être consiste à favoriser l’insertion de ses produits, donc des
diplômés sur le marché de la production. Les politiques éducatives dès les
années soixante implantaient pléthore de mesures visant à atteindre le but de
l’excellence des établissements d’enseignement publics. Les différenciations
pédagogiques instauraient des filières de formation scientifique et technique
destinées aux apprenants les plus performants.
L’éducation n’est pas un agent communiste ou socialiste ou encore conservateur en vue de l’égalisation des conditions humaines favorisant les transhumances d'hommes et de femmes dans la même direction. Elle demeure un vecteur de sélection local et global patronnant l’évolution. Forcer l’éducation à devenir égalitaire revient à détruire la société, l’Etat et l’Humanité. L’observation froide des sociétés qui avancent permet de détecter leur secret : la concurrence éducative au cœur du système, rendue très dure pour la sélection des meilleurs. Un aperçu d’un observateur des faits éducatifs, côté évolution des effectifs des élèves et étudiants dans un pays, considère l’efficacité d’un système éducatif, ainsi « étroitement liée à l’excellence scolaire, à sa capacité à générer un large vivier d’apprenants talentueux pouvant s’adapter aisément dans un contexte caractérisé par une concurrence accrue pour accéder aux meilleures positions tant au niveau national que mondial » (M. Azizoun et al, 2022, p. 23). Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas corriger les inégalités éducatives qui jonchent l’évolution des effectifs scolaires et universitaires, inégalités faites de défaut d’apprentissages, de redoublements, d’abandons, etc. Là intervient le rôle de la planification de l’éducation par projets pour s’occuper des écoliers, élèves et étudiants en difficultés, projets en éducation commençant par l’observation scientifique des bassins d’emplois, puis un bon programme d’orientation scolaire, universitaire et professionnel. Si par exemple l’agriculture constitue au Togo un bassin d’emplois, alors au lieu de continuer par créer des établissements d’enseignement généraux, techniques, scientifiques et autres, au passage initiatives dynamisantes, on crée parallèlement dans le pays un nombre raisonnable d’écoles, de collèges, de lycées et d’universités d’agriculture, d’élevage, de pêche, d’aquaculture pour orienter les élèves valides, mais en difficultés d’apprentissage théorique. Le bassin d’emplois agricoles au départ virtuel et potentiel devient réel dans l’économie du développement nationale. Pour gommer non pas seulement les inégalités en éducation, mais toutes les inégalités sociales multipliantes dans la nation.
Conclusion
La concurrence scolaire et universitaire représente ici seulement l’ensemble des dynamiques par lesquelles les élèves ou étudiants se confrontent, se bravent et se mettent en rivalité positive pour obtenir des notes, des places, des rangs, des bourses, du prestige social au moyen de leurs meilleurs résultats éducatifs. La compétition éducative véhicule une certaine émulation et motivation débouchant sur des performances académiques acquises par les élève et étudiants. Si l’ensemble des données quantitatives et qualitatives justifie l’excellence scolaire et universitaire comme essence recherchée par les systèmes éducatifs performants, au Togo les constats laissent observer que cette vision tend à disparaître pour faire place au doute. Quant à la capacité du pays de redresser le système éducatif national pour qu’il répondent réellement à sa mission, pour le moment, les traits culturels favorables à l’esprit éducation-mission, tendent à disparaître au profit des politiques éducatives régressant les performances des élèves et étudiants aujourd’hui jetés en pâture à la malveillance générale. Dans plusieurs écoles, collèges, lycées et universités du pays, les motivations éducatives pour provoquer des performances scolaires et universitaires disparaissent du fait de l’affaiblissement de la concurrence éducative causé par des mesures politiques irrationnelles dans le secteur de l’instruction publique.
Les investigations au moyen de la méthode qualitative soutenue par la fouille documentaire, l’observation empirique, les entretiens individuels et de groupe, découvrent par l’analyse des données recueillies que les faibles résultats scolaires et universitaires dérivent de l’impact des politiques éducatives locales qualifiées par certains auteurs de « modèles voyageurs ». La politique de la gratuité des frais de scolarité dans l’enseignement public, la politique de succès automatique entre sous-cycle à l’école primaire, la proscription de l’usage du bâton scolaire dans l’enseignement public, les modes d’évaluation en biais de la qualité de l’éducation et de ses produits, les modes de proclamation non publics des résultats éducatifs, tendent à détruire l’investissement intellectuel des élèves et étudiants dans leur métier qui est celui de l’apprentissage jusqu’à l’épuisement pour pouvoir survivre. Les mesures éducatives publiques se découvrent aujourd’hui en dissonance avec les objectifs du développement national. Les conditions d’apprentissage froides, inertes, non motivantes ainsi instaurées par des mesures éducatives en discordance avec les réalités locales, la production de l’excellence et des performances éducatives. Les élèves et étudiants appartenant à des familles populaires et ayant fréquenté dans les écoles à effectif pléthorique, souvent dans des conditions infrastructurelles, d’équipements modestes et d’encadrement sévère, se sont démarqués par leurs résultats scolaires et universitaires. Ce qui leur a valu des prix d’olympiades, diplômes d’excellence, tableaux d’honneur, bourses d’études etc. Mais la question à se poser concerne : combien d’élèves et d’étudiants des classes populaires arrivent-ils à accomplir aujourd’hui l’exploit comme jadis leurs aînés ? Certains étudiants donnent la réponse de très peu. D’où la nécessité de faire des études préalables avant l’adoption de certaines politiques éducatives pour éviter de détruire un système qui fonctionne avec peu de moyens. La concurrence, la douleur et la motivation apparaissent comme les meilleures déterminantes des plus grandes armées du monde, à commencer par celle de la masse dans les institutions éducatives que les naïfs oublient de considérer comme la première armée d’une nation. Les cinq politiques éducatives passées par fine loupe analytique dans l’actuel travail servent de politique de la terre brûlée qui n’encouragent guère la majorité des élèves et étudiants à développer une culture sophistiquée de l’excellence et de la performance éducative. Afin de contribuer à édifier l’efficacité interne, externe et globale du système éducatif national. Le rayonnement des institutions éducatives détermine les apprenants à se valoriser forcément pour échapper à leur destin social voulu par les autres, auteurs de politiques désastreuses qui privent fondamentalement le pays des ressources humaines hautement à qualifier pour l’œuvre du développement.
Références bibliographiques
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perspectives de la vie économique, Tome XL, Vol.2, 31-38. https://doi.org/10.3917/rpve.452.38.
[1] Terme ashanti désignant l’orpaillage
clandestin.
[2] Programme International
pour le Suivi des Acquis est un programme mené tous les trois ans par l’OCDE
-Organisation de Coopération et de Développement Economique - en vue de mesurer
les compétences des élèves ayant terminé la scolarité obligatoire, cela en mathématiques,
en sciences et littérature pour comparer l’efficacité des systèmes éducatifs à
travers le monde. Les Etats africains pourraient s’inspirer de ce modèle de
qualification des systèmes éducatifs nationaux.
[3] Le Gaokao est l'examen national d'entrée à
l'université, considéré comme l'un des plus difficiles au monde et l'équivalent
du baccalauréat français, mais avec un poids beaucoup plus déterminant pour
l'avenir des étudiants.
[4] Les hagwons sont des établissements
d'enseignement privé à but lucratif en Corée du Sud, qui fonctionnent comme des
écoles de soutien scolaire ou des académies privées.
[5] Dans une décision N° 0036/2025/DRE-PLO/KP du 11 mars 2025,
le Directeur Régional de l’éducation de plateaux-ouest a exclu quarante-trois
(43) élèves coupables de cas de grossesse sur des élèves-filles.
[6] Mode d’évaluation où l’étudiant réfléchit par lui-même,
analyse, fait des critiques puis dresse les réponses par une argumentation
soutenue d’exemples concrets.
[7] En année universitaire 2015-2016, chaque étudiant a la
possibilité de connaître les moyennes de ses collègues de promotion ou ceux
ayant composé dans les mêmes unités d’enseignement que lui.
[8] Pendant la correction des copies d’examen des étudiants de
la Licence2 en 2025-2026, option Education, il est rare de dénombrer trente
(30) copies d’étudiants ayant obtenu une moyenne de seize sur vingt (16/20)
dans une masse de cinq cent (500) copies au total.
[9] Contribution exigée auprès des parents d’élèves pour faire
fonctionner les établissements scolaires après la mesure de gratuité des frais
de scolarité.
ALEZA Sohou, Université de Lomé

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