Les principes de l’administration de l’éducation nationale

 

Photo 1 : L'auteur à l'Université de Lomé 

 



Source
: Ressources personnelles.


L’architecture d’un système éducatif national, domaine des ministères en charge de l’éducation, de la formation technique et professionnelle d’un pays, commence par résoudre la question de base de la nature d’une « bonne société » à édifier. La gouvernance de l’éducation porte ensuite sur le comment les politiques éducatives peuvent modifier le présent et l’avenir d'une société. Tout plan d’éducation nationale à court, moyen et long termes prépare l’Etat et ses démembrements publics plus privés à mieux organiser les possibilités qu’ont les populations, les citoyens et les citoyennes à apprendre les lettres, les chiffres, la lecture, l’écriture, les mathématiques, la géométrie, les sciences de la nature, les sciences sociales, les sciences humaines, les arts, les métiers, les professions, les fonctions, etc… pour faire passer le niveau socio-économique de ce qu’il est maintenant à un futur souhaité et mesurable. L’administration de l’éducation touchent alors les problèmes de fond. Elle porte sur certaines questions fondamentales que les pays développés et sophistiqués se sont d’abord, avant le succès économique, posés au cours de leur histoire. Les ministres de l’éducation en charge de l’éducation nationale, les hauts cadres, les cadres moyens, bref les responsables de l’organisation quotidienne des systèmes d’enseignement, grands ou petits, publics ou privés, ne peuvent éviter les questions fondamentales que posent les principes de l’administration de l’éducation :


-       Quoi enseigner,

-       À qui,

-       Comment,

-       Où,

-       Quand,

-       Par qui,

-       Pour quel but et

-       À quel coût ?

 

Les décisions portant sur des questions de fond et même de routine de l’éducation nationale, doivent être prises tous les jours, en utilisant les données fiables, l’information et la compétence disponibles en un moment et en lieu donnés, donc dans l’espace national et le temps. Les principes de l’administration de l’éducation constituent une tentative pour modeler l’avenir de l’éducation d’un pays. La matière a une dimension patriotique et reste extrêmement politique en elle-même. Plusieurs modèles de l’administration de l’éducation orientent la pratique des premiers responsables d’un système éducatif national.

 

1 – L’administration de l’éducation par l’approche au moyen des besoins nationaux en main d’œuvre

 

Le premier modèle ayant pris de l’importance après la Seconde Guerre mondiale fut l’approche par les besoins en main d’œuvre, ou approche « main d’œuvre ». L’application de l’approche commence par estimer les besoins de l’économie et de la société en ressources humaines qualifiées à différents niveaux d’éducation formelle et en un ensemble spécifique de qualifications et de connaissances techniques ou professionnelles. Puis les estimations en capital humain général permettent de réguler et d’ajuster les offres et parcours de formation suivant les niveaux et les types appropriés, afin d’adapter au mieux les produits du système éducatif et les besoins de l’économie. Les écoles, collèges lycées et universités ne s’ouvrent pas n’importe comment. Un but économique à l’institution scolaire et universitaire doit préfigurer. Le modèle s’est diffusé rapidement parmi les pays industrialisés. Une étude de l’UNESCO a révélé que plusieurs pays ont commencé par disposer des plans nationaux d’éducation en se fondant sur des prévisions de la main d’œuvre savante, technique, professionnelle, pensante, etc… avant que la libéralisation du marché de l’éducation vienne bouleverser la planification de l’éducation dans les pays en voie de développement. Le modèle fondé sur les besoins en main d’œuvre a été ainsi critiqué. On lui a reproché de se fonder sur des hypothèses n’étant pas réalistes ; qu’il n’était pas possible de faire des prévisions à long terme, comme l’exige la planification de l’éducation sur les modes de développement de l’économie et sur les besoins en main d’œuvre particuliers qui en découlaient dans les économies de marché. Le modèle des besoins en main d’œuvre a également été accusé de ne tenir aucun compte du coût de la formation de la main d’œuvre.

 

2 – L’administration de l’éducation par le modèle de la demande sociale

 

La planification et la prise de décision fondées sur des réponses aux demandes politiques d’éducation nationale sont souvent intitulées « modèle de la demande sociale ». Il est bien entendu commun de noter que dans un pays normal les systèmes politiques tendent à répondre aux besoins et aux désirs exprimés par leurs citoyens, quels que soient les mécanismes formels ou les canaux informels par lesquels ils se manifestent. Certaines variantes de l’approche par la demande sociale se concentrent sur les décisions politiques prises en réponses aux demandes de politiques éducatives de la part de classes ou de groupes de pression puissants (par exemple, autoriser l’ouverture des établissements privés d’enseignement, des universités privées, parce que les élites en place le demandent pour leurs enfants). D’autre voient la demande comme émanant des communautés de base (par exemple, lorsqu’il s’agit de passer aussi rapidement que possible à l’enseignement primaire obligatoire, en réponse à une large demande des plus défavorisés pour que leurs enfants reçoivent au moins un minimum d’éducation).

 

D’autres versions de l’approche par la demande sociale se réfèrent aux finalités éducatives non étroitement économiques. Suivant une opinion ayant commencé à prendre de l’importance dans certains pays, la demande sociale pour l’éducation émane souvent du gouvernement même. Afin d’acquérir une légitimité, les gouvernements doivent faire quelque chose pour répondre aux demandes de politiques éducatives de leurs citoyens, ou au moins, être perçus comme tels. Même si le système éducatif instauré par le gouvernement n’est pas de qualité, l’important est l’impression qu’il y a une réponse politique de massification de l’offre éducative, plutôt que la mise en œuvre ou l’efficacité d’une politique éducative. Certains considèrent que le modèle par la demande sociale apparaît tout à fait hors du cadre des besoins de l’économie, du marché du travail et de la société de développement. Parce qu’une variance de sa tendance comporte des finalités plus politiques qu’économiques dans la compréhension de la valeur ajoutée de l’éducation formelle. D’où l’irruption dans le paysage de l’administration de l’éducation de l’analyse coût/efficacité souvent appliquées dans les sociétés sophistiquées maîtrisant l’éducation formelle comme meilleur investissement.

 

3 - L’analyse coût-avantage

 

Parmi ceux qui critiquent l’approche par les besoins en main d’œuvre, nombreux préfèrent l’alternative coût-avantage. Elle permet d’évaluer les coûts et les avantages de politiques alternatives, afin de déterminer la politique publique la plus efficiente. C’est une application directe à l’administration de l’éducation de la théorie économique traditionnelle. Les dépenses éducatives se considèrent comme des investissements produisant un taux de rendement privé pour l’individu et social pour l’Etat et l’ensemble de la société. Normalement, on le calcule en projetant et en comparant les prévisions de revenus des individus pendant leur vie entière avec différents niveaux et types d’éducation à relier aux coûts publics et privés de l’éducation nationale. Lorsque les revenus économiques ne sont pas les seuls indicateurs de résultats des politiques éducatives, l’analyse coût-efficacité se recommande, afin de déterminer les politiques éducatives répondant de la manière la plus efficace aux objectifs non quantifiables. L’analyse coût-avantage exige généralement des projets de recherche complexes et à long terme impliquant les universitaires, les organismes de recherche privés et publics, les organisations internationales, etc. Les résumés des analyses antécédentes suggèrent que le taux de rendement social reste plus élevé pour l’enseignement primaire que l’enseignement supérieur. C’est pourquoi cela a entraîné des propositions de la Banque mondiale incitant les pays africains à investir plus fortement dans l’enseignement primaire. Résultats : les universités publiques des pays en voie de développement tombent en ruine. Les études fondant les analyses coût-avantage en administration de l’éducation sont très instables et parfois trompeuses.

 

 

Il y a lieu en conclusion exécutive que les principes d’administration de l’éducation vraiment de transformations des systèmes éducatifs nationaux constituent une entreprise bien plus difficile et bien plus aventureuse que ne l’avaient imaginé certains gouvernements. La mission publique de l’éducation nationale à réaliser s’apparente à l’introduction de la transformation économique, sociale et politique. Dans un pareil processus, on peut apprendre autant des échecs que des réussites et il n’est jamais trop tard pour révolutionner l’éducation nationale comme providence des filles et fils d’un même pays. La leçon essentielle à exhumer demeure celle de l’intrépide Machiavel qui avait nettement raison lorsqu’il écrivait il y a plus de quatre siècles : « Et il faut se rappeler que rien n’est plus difficile à prendre en main, plus périlleux à mener à bien, ou moins sûr de réussir, que de prendre la responsabilité de l’introduction d’un nouvel ordre des choses ». La nouvelle administration de l’éducation, agent abstrait du changement socio-économique trouve d’un côté, des ennemis assurés parmi « tous ceux qui travaillent dans les conditions anciennes » et qui voient une menace évidente et immédiate à leurs privilèges, parce que les avantages possibles apparaissent incertains dans un futur vaguement perçu et généralement. On ne croit à l’espérance que lorsqu’on en a une quantité suffisante et une qualité d’expériences.

 

 

ALEZA Sohou, Université de Lomé  


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