La réforme de la gestion, du développement et de l’approvisionnement des livres, manuels scolaires pour le Togo
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La fourniture en quantité
suffisante de matériel éducatif, pédagogique, adéquat et de bonne qualité aux établissements scolaires est un objectif prioritaire de tous les pays du monde. La recherche
internationale a démontré à plusieurs reprises que les manuels scolaires et
autres matériels éducatifs sont des instruments clés du processus éducatif et
pédagogique revêtant une importance particulière surtout dans les pays en voie
de développement. Cependant d’après P. Askerud « la question de
l’approvisionnement en livres scolaires ne peut être traitée isolément. On ne
doit pas, pour la résoudre, se borner à fournir des matériels d’apprentissage
aux écoles ; il faut intégrer à la démarche un mécanisme de nature à
générer une gamme étendue de textes imprimés propres à satisfaire les besoins
d’une société de lecteurs ». L’approche intégrée de la question des manuels scolaires mérite
d’abord des commentaires appropriés suivis des éléments clés pour mettre au
point une stratégie d’approvisionnement durable des livres scolaires et culturels pour tous.
Avant d’aborder ces préoccupations, il est utile de répondre à la question
suivante : pourquoi les manuels scolaires apparaissent placés au cœur du
processus pédagogique ?
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– Disponibilité des manuels scolaires et résultats éducatifs des élèves
La qualité de l'éducation
dépend, en grande partie, de la disponibilité des livres scolaires. Les
résultats sur les facteurs influençant les résultats scolaires des élèves
remontent au moins aux années 60. En 1978, Heyneman a réalisé la synthèse d’un
certain nombre d’études dans différents pays et a tiré la conclusion
suivante : « d’après les données dont nous disposons jusqu’ici la
disponibilité de livres semble être le seul facteur positif revenant le plus
régulièrement pour prédire le succès éducatif. Ce facteur était cité comme
positif dans 15 études sur 18, ce qui est bien meilleur score que la formation
des enseignants citée dans 13 études sur 24 seulement ». La
disponibilité suffisante des manuels scolaires constitue l’apport éducatif le
plus régulièrement associé aux progrès d’apprentissage des élèves. Dès lors,
le redoublement massif observé surtout dans les pays en voie de développement
peut être lié au manque de manuels scolaires au profit des élèves. Au Togo par
exemple, concernant le « manuel lecture », seuls 50% des élèves au
primaire ont un livre de lecture. Les taux de redoublement au premier, deuxième
et troisième degrés d’enseignement sont respectivement de 27%, 18,4% et 31,1%
dans ce pays. Alors qu’on considère généralement qu’un taux de redoublement de
10% constitue un maximum dans un système éducatif efficace. La source de
gaspillage des ressources éducatives réside dans le redoublement chronique aboutissant par ricochet aux abandons précoces. Si beaucoup de projets d’élaboration
de manuels et de programmes scolaires ont tenté de résoudre le problème de
redoublement, ils n’ont pas pour autant réussi à établir des systèmes pour
l’approvisionnement durables en manuels scolaires ni du point de vue de
l’économie ni du point de vue de la mise en place des diverses ressources dont
un tel système a besoin.
2 – L’approvisionnement en livres scolaires : une question à intégrer dans une politique globale du livre et de la lecture pour tous
D’après l’auteur P. Askerud,
la question de la disponibilité des manuels scolaires pour les élèves ne peut
être traitée isolement hors de l’économie de la culture. Donc l’absence de
politique d’édition et de politique de lecture dans beaucoup de pays surtout en
voie de développement est un obstacle majeur à la mise en place durable de
système national d’accès aux livres. Par ailleurs, il ne suffit pas de fournir
aux écoles des matériels d’apprentissage de qualité pour que puisse être
atteint le but de l’éducation de qualité pour tous qui est entre autre le développement
de société alphabétisée dans le monde en reconstruction. A cet effet, une vraie
politique d’édition favorisant la conception et la production, des livres, des magazines,
des journaux, bref une gamme étendue de texte imprimé, en appelle une seconde
politique, à savoir celle de la lecture. Le programme d’accès aux livres ne doit pas se borner à soulever la question
restreinte de savoir si l’Etat s’oblige ou non à subventionner le matériel
pédagogique ; il doit aussi aborder des problèmes comme ceux de la distribution,
de l’utilisation et surtout de moyens de générer un besoin général de lecture, de susciter un intérêt commun pour le livre et les textes imprimés, de faire en sorte que les citoyens ordinaires comme les
pouvoirs publics soient disposés à dépenser de l’argent pour acheter des livres
et les exploiter. La création d’une société alphabète et la création d’une
société de l’écriture, de lecture et du calcul aménagent la question de
l’approvisionnement efficace en livres scolaires. Sans l’application d’une
telle politique porteuse, les programmes « manuels scolaires » ne
peuvent avoir qu’une porté limitée et aucun changement véritable n’en sortira.
Les programmes dans l’approvisionnement en manuels scolaires dans
les pays en développement n’ont pas attaqué la racine du mal, qui est
l’absence d’un secteur d’édition florissante dans un environnement de demande
de lecture, et se sont bornés à traiter les symptôme, à savoir le manque de
livres à l’usage des établissements d’enseignement. Les manuels scolaires s’inscrivent normalement dans un
contexte de développement de l’infrastructure éditoriale et de l’environnement
nécessaire à l’utilisation du livre. En effet, dans une société où l’analphabétisme semble très répandu, il n’est pas possible de s’appuyer sur une industrie d’édition fonctionnelle pour organiser la provision en manuels scolaires et
autres matériels d’apprentissage. Par ailleurs, le rôle que joue une industrie
nationale du livre dans le développement économique et social reste en
conséquence sous-estimé dans les pays en voie de développement à cause de la complexité de la question qui appelle
aussi à une contribution pour la mise au point d’une stratégie
d’approvisionnement durable des livres scolaires pour tous.
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– Stratégie d’approvisionnement durable en livres scolaires pour tous
les apprenants
Les différentes stratégies pour développer, éditer et distribuer les manuels scolaires, les livres et autres matériels pédagogiques devraient s’adapter aux contextes nationaux locaux. Les meilleures stratégies à mettre en œuvre vont de la maîtrise de l’analyse des informations sur la question du livre par les ministères en charge de l’éducation nationale et les services de planification de l’éducation jusqu’à l’implication de tous les partenaires en passant par le développement des capacités nationales dans le domaine de l’édition dans une société ayant l’intérêt socio-économique et culturel pour le livre.
- Mise en place d’un
système d’information sur le livre et les manuels scolaires : la
planification de l’approvisionnement en livres et autres matériels pédagogiques
nécessite une collecte minutieuse des données, une analyse systématique de
l’information. Or pour persuader les décideurs de la nécessité de mobiliser les ressources suffisantes pour satisfaire
à tous les aspects de la provision en livres, il faut leur présenter une
analyse éclairante décrivant chaque étape du processus d’élaboration de
conception, de production de distribution et d’utilisation des manuels
d’apprentissage à l’intérieur d’un cadre technique plus large.
- Développement de la
chaîne du livre : on ne peut considérer les livres et les matériels
scolaires isolément, mais seulement comme faisant partie d’un processus impliquant de nombreux acteurs et de nombreuses questions politiques. Des
dispositions protégeant d’abord les écrivains de tout genre sur une base
d’adhésion des pays à des instruments internationaux de protection des auteurs
(Convention universelle de Berne) apparaissent d’une importance capitale. D’autres
mesures comme une exonération fiscale des auteurs, l’organisation des concours
et prix de valeur, etc… valorisent ce secteur socio-culturel. L’éditeur qui
coordonne l’action de l’auteur, de l’imprimeur et le distributeur devrait être
bien formé et bénéficier d’une Loi sur le livre (exonération fiscale, accès au
crédit, mesures incitatives aux exportations et importations, droit de l’éditeur, etc.) Les foires
nationales et internationales du livre restent à encourager dans ce plan
stratégique réunissant tous les partenaires du livre. L’imprimeur devrait
bénéficier lui aussi d’un traitement douanier incitatif dans l’importation des
machines et les matières premières destinées à la fabrication des manuels
scolaires et des livres. La formation et le recyclage continu des ressources
humaines dans le domaine s’avèrent indispensable. Des éléments de stratégies au
profit d’un autre type de partenaire dans la chaîne du livre demeure le
libraire ; ces éléments visent à favoriser la circulation du livre aussi
bien en milieu urbain que rural, la formation et le recyclage régulier des
libraires en plus de l’accès au crédit, la facilitation des modalités de
l’importation des livres par des mesures d’incitation fiscales. Pour le lecteur, il devient nécessaire l’organisation des services bibliothécaires décentralisés couvrant les milieux urbains et ruraux (implantation des bibliothèques
publiques, scolaires universitaires et spécialisées). Les campagnes de promotion
de la lecture en milieu urbain que rural, la recherche sur les habitudes, les
attitudes, les besoins, les niveaux de lecture paraissent de nature à protéger
l’émergence d’une véritable société de
lecteurs.
- La collaboration entre le secteur public et le privé : l’Etat et les entrepreneurs privés peuvent travailler en synergie étroite pour fournir de manière efficace et réglementée les livres et les manuels scolaires. Toutefois l’égalité d’accès aux manuels, la définition des curricula, le contrôle de la conformité des manuels aux programmes, le contrôle de l’utilisation, l’évaluation des manuels scolaires et l’efficacité du développement des livres devraient être pilotés par les ministères en charge de l’éducation nationale, c’est-à-dire l’Etat lui-même.
- Des reformes rationnelles des programmes : la fourniture économique de manuels scolaires et de matériel pédagogique exige qu’on parvienne à un équilibre dans l’élaboration des programmes entre reformes souhaitables d’un point de vue pédagogique et stabilité d’un point de vue financier.
- Remédier aux inégalités sociales pour atteindre tous les utilisateurs et consommateurs de livres : l’Etat peut agir pour modérer les inégalités de classes et faire en sorte que les livres et les matériels pédagogiques soient fournis gratuitement ou dans le cadre d’un système de couverture de dépenses publiques pour l’achat et la distribution des livres. S’il le faut, des initiatives sont nécessaires pour corriger les inégalités au moyen d’un financement orienté vers la demande et les subventions ciblées. Il s’agit aussi de prêter une attention constante à l’égalité entre sexe, aux besoins des minorités et aux langues locales.
- La formation initiale des enseignants : elle apparaît essentielle pour un meilleur usage des manuels scolaires et les livres par les élèves.
- Une volonté politique de créer une société alphabétisée : il est important de voir plus loin que la salle de classe et prendre en considération le développement d’une société alphabétisée qui soutiendra l’éducation continue, car les enseignements scolaires dispensés dans les établissements s’évaporeront si rien ne les soutient en dehors de la classe. Un accès durable aux livres et aux manuels scolaires suppose l’existence d’une société alphabétisée, qui elle-même permettra aux individus de continuer à apprendre. L’alphabétisation des adultes, s’il le faut dans leurs langues maternelles ou dans la langue officielle du pays participe à cet effort pour développer la culture de la lecture dans le sens où les parents alphabétisés reproduiront toujours des enfants alphabétisés (Cours de I. Da Costa de l’IIPE, 2004).
- Enfin développer une
coopération éditoriale régionale et internationale : une industrie durable du
livre et des manuels scolaires ne se développera jamais sans efforts
synergiques alliant la solidarité régionale et internationale. L’industrie du
livre non seulement devrait recevoir un soutien du gouvernement, mais bénéficier
d’un climat régional et international favorable. De la conception à
l’usage du livre en passant par la production, la distribution, il
apparaît nécessaire de développer une forme de coopération susceptible de
contribuer à satisfaire les besoins d’une société moderne de lecteurs.
La question de l’approvisionnement en livres et manuels scolaires pour relever la qualité de l’éducation nationale surtout dans les pays en développement. Elle dépend alors d’une politique nationale du livre, c’est-à-dire une volonté politique de considérer le livre comme part d’un secteur culturel et social économiquement stratégique. Une conception globale du secteur du livre constitue en soi une chaîne articulée sur une base de consensus entre l’État et le secteur privé en vue de stimuler la création scientifique, de s’engager dans la formation des ressources humaines pour tous les métiers du livre et les manuels scolaires, de créer un environnement fiscal et financier favorable à l’éditeur et à l’industrie graphique, de favoriser le commerce et la distribution du livre au moyen de tarifs préférentiels, et de l’élimination des taxes douanières ou autres à l’importation. Le renforcement des mécanismes de distribution de livres et des manuels éducatifs, la modernisation des librairies, le soutien à la librairie générale et de proximité, les réseaux nationaux de bibliothèques et la mise en place des campagnes de lecture sont propres à promouvoir une société moderne de lecteurs. Chaque pays étant différent, a besoin de s’adapter à son propre contexte tout en demeurant ouvert aux réalités internationales.
Le XXIème siècle se démarque par
l’apparition et le développement des NTIC et de l’IA. Derrière ces termes se
profilent de multiples réalités nouvelles : d’abord les produits, comme
le CD-Rom, et de nouveaux services disponibles tels l’Internet et l’IA dont
les caractéristiques consistent à résoudre les problèmes en rapprochant l’image, le cinéma, le texte et le son. Les évolutions considérables dans les comportements pédagogiques des
individus, des organisations éducatives, dans le rapprochement des humains avec les écrans définissent de formes nouvelles d’interactivité dans
la résolution des problèmes d’apprentissage. Ces
transformations induisent d’ores et déjà des mutations importantes dont celle
de la numérisation qui devient le vecteur essentiel de la circulation des
informations, des contenus d’enseignement, d’éducation, etc. Ce bouleversement,
crée une nouvelle donne pour le livre, les manuels scolaires, bref
les industries éducatives, et interroge les pouvoirs publics, en particulier
quant à leurs politiques, programmes, projets scolaires, universitaires et
culturels à mener.

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