Le développement d’un système éducatif national passe par la constitution de l’Education comme discipline scientifique
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Auguste Comte définissait la sociologie comme « l’étude positive de l’ensemble des lois fondamentales propres aux phénomènes sociaux ». Les phénomènes sociaux, écrit encore Comte, sont assujettis à de véritables lois naturelles tout aussi susceptibles de prévision scientifique que les autres phénomènes. Pour Durkheim qui se situait dans la lignée du positivisme de Comte, « les phénomènes sociaux sont des choses et doivent être traités comme les choses ; est chose tout ce qui s’impose à l’observation ». Parmi les choses ou mieux les phénomènes sociaux frappant l’observation, il est noté les faits scolaires représentés sous le vocable « éducation ».
Si Emile Durkheim reste
une référence fondamentale en sociologie, il l’est aussi en sociologie de
l’éducation. Durkheim commence par définir l’éducation comme « l’action
exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres
pour la vie sociale. Elle a pour objectif de susciter et de développer chez
l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et moraux que
réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieux
spécial auquel il est particulièrement destiné ». Certains observent que
la position de l’auteur est conservatrice car faisant de l’individu un être
véritablement libre uniquement lorsque la société lui impose ses normes, ses
valeurs et ses contraintes. Aujourd’hui le contenu de l’éducation semble être
revu et élargi. Mais, le champ éducatif vital relatif au nécessaire
développement des facultés morales, éthiques, de la bonne conduite et caractère
chez l’individu s’étiole au profit de l’acquisition pure des connaissances.
L’éducation telle qu’elle est programmée, planifiée, gérée er administrée
officiellement par son premier partenaire, à savoir l’Etat parait être synonyme
de l’instruction c’est-à-dire « l’action de communiquer à quelqu’un des
connaissances ou ensemble de connaissances acquises par l’étude ou
l’enseignement. » Aujourd’hui l’éducation se rapporte beaucoup plus à
l’école qui est devenu une véritable institution se manifestant à travers des
degrés d’enseignement général ou technique organisé du primaire au supérieur en
passant par le secondaire.
L’enseignement de la
sociologie de l’éducation ou tout court « éducation », comme
discipline scientifique, ne satisfait pas les conditions académiques,
rationnelles, générales et spécifiques pour former les spécialistes de l’éducation,
spécialistes censés s’occuper du système éducatif avec dextérité scientifique.
Ce système, parallèlement aux autres entités l’entourant, fonctionne, comme un
être vivant ayant ses propres organes, ressources, activités, règles, etc. Ce
système dispose d’un ensemble d’appareils morphologiques, différents des uns
des autres, indispensables et à but socio-physiologique, c’est-à-dire
fonctionnel bien précis. Le système éducatif a pour mission de stimuler et de
développer chez les citoyens les fonctions psychologiques, sociales,
économiques, politiques, environnementales par l’étude des mathématiques, des
sciences exactes, sociales et humaines, des arts, des métiers, etc. L’immersion
de l’entité scolaire et universitaire dans l’ensemble de l’environnement reste
indiscutable. Comme discipline scientifique, le champ de l’éducation
comprendra : les ressources humaines, flux des apprenants, structures,
infrastructures, superstructures, programmes, temps nécessaire aux études,
activités d’enseignement et processus d’apprentissage, faits scolaires,
universitaires, internes et externes, intrants, extrants, résultats éducatifs,
etc. Celle-ci ne doit plus se restreindre au périmètre strictement scolaire, au
risque de ne pouvoir expliquer scientifiquement les phénomènes éducatifs, qui
ont eux aussi une dimension totale à l’image des autres phénomènes sociaux,
caractérisés de totaux par le père de la sociologie et de l’éducation modernes,
Emile Durkheim. L’éducation revêt l’influence contraignante de l’Etat et vice-versa.
Le développement de l’éducation viendrait de l’Etat ; le développement de
l’Etat dans ses diverses composantes, à savoir populations, territoires,
gouvernement démocratique, institutions, séparation des pouvoirs, rotation des
pouvoirs par les élections, économie florissante, autosuffisance des citoyens,
etc…, proviendraient de l’efficacité interne et externe d’un bon système
éducatif. Toutes ces activités humaines feront partie intégrante de l’étude des
faits éducatifs.
Certains experts
localisent les problèmes de l’éducation au niveau de ses acteurs immédiats en
appliquant le principe de subsidiarité. Ils pensent qu’« un organisme
n’intervient dans un problème que lorsque les organismes ou structures de
niveau inférieur ne peuvent pas y faire face seuls » Dans ce contexte, la
décentralisation des pouvoirs en confluence avec les services de l’éducation,
figure dans l’approche des phénomènes éducatifs. D’autres globalisent la
question éducative qui résulte de l’effet de toute la civilisation mondiale,
elle-même façonnée par l’activité éducative. Les sciences de l’éducation
resteront attentives pour « associer globalisation… et éducation » Le
défi de la connaissance scientifique des enjeux éducatifs devenus systémiques,
appelle à l’investissement institutionnel beaucoup plus approprié pour mettre
la communauté académique au travail en vue de la formation d’une nouvelle
génération d’étudiants et de chercheurs en éducation.
La spécialité
« éducation » se consacre à l’étude des faits éducatifs, non pas unidimensionnels
en relation avec l’objet traditionnel qui est l’institution scolaire, mais
pluridimensionnels relatifs aux interactions entre les institutions éducatives
et publiques. La connaissance des éléments internes à l’éducation et ceux
externes, favoriserait l’efficacité globale des ministères chargés de
l’enseignement primaire, secondaire, supérieur, de la formation technique et
professionnelle. Comme champ aussi de recherche en éducation, ces ministères
sont à analyser, auditer pour découvrir la légalité, la légitimité et
l’efficacité des décisions avant toute réforme éducative. L’actuelle semblante
priorité mise sur l’éducation apparaît évidente, lorsque toutes les études sur
les facteurs du développement local et global, identifient le capital humain
comme le plus précieux dans lequel il faudrait investir. L’investissement
public et privé, sans cesse croissant dans l’éducation, n’a pas pour unique
résultat visé, la réussite scolaire, mais l’efficacité externe touchant l’Etat,
l’économie, la discipline, chers à Durkheim dans sa définition de la finalité
poursuivie par l’instruction publique. La nouvelle génération des spécialistes
de l’éducation à former, s’apparente à un travail encyclopédique à développer
chez les étudiants en éducation pour qu’ils s’éloignent de la conception morale
de la discipline plus réservée aux spécialités littéraires et philosophiques.
L’évolution du monde
contemporain n’a plus l’air de faire abstraction de la valeur suprême de
l’éducation formelle, désormais défendue non seulement par l’UNESCO, à travers
ses nombreux travaux d’experts ayant produit des milliards de données sur
l’éducation, mais par l’action des Etats, des institutions privées, etc.
L’éducation côtoie aujourd’hui toutes les sciences sociales dans la mesure où
son domaine touche l’ensemble des activités humaines. Dès lors, l’attente des
résultats de l’investigation des faits éducatifs, loin d’être moraux, ils
doivent être scientifiquement prouvés, par des éléments quantitatifs et
qualitatifs. Ce qui suppose la fin de l’objet traditionnel, prôné par
l’ancienne doctrine qui limitait la recherche en éducation à ce qui
s’entreprend dans l’institution scolaire et universitaire, en ignorant les
interférences de l’environnement social. Enfin, l’ouverture de la discipline
« sociologie de l’éducation » ou tout court « éducation »,
la protège de l’isolement disciplinaire comme facteur d’appauvrissement
scientifique. La fécondité d’une discipline réside dans la responsabilité de sa
nécessaire évolution dans l’approche des problèmes de l’Humanité qui se
multidimensionnent. Par définition, la spécialité scientifique
« éducation » reste a priori interdisciplinaire du fait de la nature
de son objet qui part des phénomènes scolaires et universitaires pour aboutir
aux faits de l’Etat et vice-versa. La nouvelle contenance épistémologique de la
discipline aiderait à constituer de meilleurs spécialistes de l’éducation
aguerris pour inspirer des politiques et programmes de développement de
l’éducation.
ALEZA Sohou, Université de Lomé

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